mardi 3 janvier 2012

L'abolitionnisme et la politique des petits pas.

L’approche abolitionniste des droits des animaux établit que l’éducation végane créative et non-violente est le moyen le plus efficace si on souhaite un jour supprimer le statut de propriété des animaux.

Le message dominant transmis actuellement au public est qu’on peut être un omnivore plus consciencieux si on consomme certains produits provenant d’animaux traités « humainement », c’est le message classique transmis par les welfaristes et les grandes associations des « droits » des animaux.

Un autre message que l’on retrouve souvent est qu’il faut viser le véganisme mais qu’en attendant, ou si on pense qu’on aura pas la force d’y arriver, il est préférable de consommer des produits plus humains. Ou qu’être végétarien aide les animaux. Le véganisme est présenté comme un moyen supplémentaire de réduire la souffrance animale et peut-être même optionnel. Comme une sorte d’étape ultime, comme une pureté, qu’il serait difficile d’atteindre et réservé aux gens forts d’esprit. Je trouve personnellement ce point très problématique et c’est ce qui différencie radicalement l’éducation végane abolitionniste du neo-welfarisme.

De là existe une grande incompréhension par rapport à ce qu’est réellement l’éducation végane abolitionniste.

Le point central présenté dans le message abolitionniste est que le véganisme est la norme minimale de décence à adopter si on est pour les droits des animaux et que tous les produits soi-disant « heureux » ne sont qu’une illusion et non seulement n’apportent significativement rien du tout au bien-être animal que les gens s’imaginent mais ne sont en plus pas justifiables moralement si on est pour leurs droits. Il n’y a également pas de promotion du végétarisme car il n’y a aucune distinction morale entre la viande et les produits laitiers/œufs : cela reste de l'exploitation.

Si les gens sont intéressés par le message, ils iront vers le véganisme. Qu’ils veuillent d’abord commencer par supprimer la viande, puis le poisson, puis le lait, ou qu’ils décident plutôt de passer par des produits soi-disant "humains" en attendant (je leur ferai remarquer que tout cela reste de l'exploitation) : cela ne change rien au niveau du message à faire passer. Peut-être qu’ils n’y arriveront pas du jour au lendemain. Peut-être qu’ils n’y arriveront même pas du tout, pour x raisons et excuses invoquées. Ils peuvent adopter la politique des petits pas qu’ils veulent (et les groupes welfaristes et neo-welfaristes encouragement malheureusement cela, en présentant le véganisme comme quelque chose d'optionnel), mais au moins le message principal est passé : l’utilisation des animaux est le problème, le traitement n’en est qu’un symptôme, l’omnivore consciencieux est un mythe, le végétarisme n’est pas moralement justifiable.

Qu’ils deviennent végétariens après 1 mois, abandonnent le fromage après 1 an, pour être au final vegan dans 5 ans, ou font au contraire la transition en 1 semaine, cela ne change rien au point de vue du message à faire passer. Je ne peux pas dire que je suis devenu vegan "du jour au lendemain" mais à partir du moment où j’ai reçu ce message clair, que toute utilisation des animaux ne peut être justifiée moralement et que les produits « heureux », le traitement, sont une illusion si on est pour leurs droits, je m’y suis dirigé à mon rythme (et ça m'a pris au final une semaine le temps de remplacer les produits animaux chez moi, c'est très facile quand on se concentre sur les victimes et non sur soi-même). Et il est tout à fait possible de faire passer ce message de manière créative et non-violente. Ce n’est pas un message agressif.

Un stand de nourriture végane est par exemple une excellente forme d’activisme, permettant aux gens de voir qu’il existe bel et bien des alternatives, qu’on peut manger de bonnes choses en se passant de produits animaux, en les informant par exemple sur la nutrition végane pour démonter le mythe qu’on ne peut pas se passer de produits animaux pour être en bonne santé. Il y a beaucoup de manières de faire passer ce message.

Et l’éducation végane aide les gens dans ce sens, en leur proposant des alternatives aux produits animaux. Et non des produits « heureux » en attendant.

Chaque personne aura son propre parcours vers le véganisme. Certains ne le feront pas et ricaneront, certains s’arrêteront au végétarisme en pensant bien faire et continueront à exploiter les animaux, certains continueront à manger du fromage et participeront également à leur exploitation, là n’est pas la question. Mais le message sera clair : le véganisme sera présenté comme la norme minimale de décence à adopter et non comme un moyen optionnel pour aider les animaux et ne sera plus vu au final comme quelque chose d’extrême mais bien comme la norme si on est pour les droits des animaux.



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(31/03/2015 J'ai édité cet article pour plus de clarté) 

6 commentaires:

  1. J'ai l'impression que c'est une réponse à mes réflexions sur le blog de l'elfe alors je vais répondre à mon tour, au cas où nous ne nous serions pas bien compris.

    Mon avis rejoint entièrement le tien sur la notion que le véganisme est la seule attitude morale acceptable. Aucun compromis n'est moralement acceptable, absolument aucun. C'est clair et net. L'abolition est la seule solution morale.

    Mais ensuite tu dis que si les gens sont d'accord avec cette notion, alors ils iront naturellement vers le véganisme, d'eux-mêmes, à leur rythme, quel que soit ce rythme, plus ou moins lent. Mon quotidien avec mon entourage me montre que non, pas forcément. La majeure partie de mon entourage n'arrive pas à devenir végan, à entamer un processus de "conversion" vers le véganisme. Or l'intégralité de mon entourage, quand je l'explique correctement, est d'accord, dans le principe, avec la notion morale de véganisme, qui rend l'utilisation de n'importe quel produit animal immorale. On me dit "tu as raison, j'aimerais vivre dans un monde où les animaux ne sont pas exploités, ce serait un monde idéal". Mais sur le coup, ces gens qui sont pourtant d'accord, ne se rendent pas compte par eux-mêmes qu'il existe un chemin progressif vers le véganisme. Selon eux et eux seuls, cette notion morale, prise au pied de la lettre (comme elle doit l'être) leur demande d'abandonner d'une seconde à l'autre toute utilisation de produits animaux. C'est ce qu'ils se disent sur le coup, moi je n'y peux rien, et du coup c'est trop pour eux. C'est presque la force de la conviction morale qui joue contre elle-même. Les gens de mon entourage ne se font pas par eux-mêmes la réflexion qu'ils pourraient y aller progressivement. Je n'y peux rien, c'est ce que je constate, c'est ce qu'ils se disent.

    Alors ensuite il y a deux solutions. Soit, du coup, ils ne font rien et ils oublient le véganisme parce qu'ils l'ont sur le coup perçu comme trop dur pour eux. Soit, à force d'y penser, à force que je leur en parle, ces gens finissent au bout d'un certain temps par se dire "mais pourtant c'est tellement juste comme idée, il faut vraiment que je fasse quelque chose". Et alors ils engagent d'eux-mêmes un processus de conversion avec réduction de l'utilisation des produits animaux. Ils le font, mais ils se sentent mal, car ils ont le sentiment qu'ils continuent à faire mal par rapport à leur nouvelle conviction morale, mais ils n'ont pas la force pour le moment de faire plus. Et à côté de ça, ils voient des personnes bien plus véganes qu'eux, et se sentent nuls par rapport à ces personnes (alors même que ces personnes ont auparavant été commes eux !). On pourrait dire que ce n'est pas un problème, qu'ils se sentent mal, qu'ils se sentent nuls, du moment qu'ils le font. Mais je ne suis pas vraiment d'accord. Je pense qu'il y a un moyen très simple de les soulager de ce malaise : affirmer nous-mêmes clairement qu'une conversion progressive est possible et que nous l'avons tous fait.

    [Je coupe car c'est trop long, la suite après]

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  2. [Suite]

    Or je ne vois quasiment jamais les véganes parler de cette conversion progressive lorsqu'ils tentent, sur des supports divers, de convaincre les autres. Comme s'ils en avaient honte. Pourtant, en parler ne peut pas jouer contre le véganisme, puisque le véganisme en soi, bien expliqué, est apte à convaincre moralement de manière quasiment absolue. Et je suis persuadée que si j'avais moi-même parlé plus rapidemment de conversion progressive à mon entourage, ils auraient d'emblée commencé à s'y mettre, au lieu d'attendre plusieurs mois que leur conviction intérieure devienne trop forte pour qu'ils continuent à ne rien faire.

    Donc je dis simplement qu'un végane qui parle de la conversion progressive à ceux qu'il a convaincus que le véganisme est une règle morale juste a des chances de leur faire entamer leur processus de conversion à l'instant même, dans la sérennité, plutôt que plus tard, dans le désespoir moral face à sa propre schyzophrénie morale.

    Le message doit être absolument clair (véganisme, abolition), mais il relève aussi de notre devoir de donner aux gens les moyens de le mettre en pratique sereinement. Un de ces moyens est de parler de la conversion progressive (en plus de leur faire découvrir la nourriture végétale etc.).

    Mais tout ceci n'est bien sûr valable QUE si la personne semble convaincue AU MOINS par l'idée morale du véganisme. Bien sûr c'est ce à quoi il faut d'abord travailler en étant intransigeant dans notre discours. La conversion progressive n'est acceptable que si elle a pour objectif clair l'abolition. Si la personne s'arrête en chemin, alors les véganes doivent être là pour lui rappeler que ce n'est pas moralement acceptable.

    Je dis tout cela car lors de mes conversations sur le véganisme, on m'a déjà dit clairement "c'est trop dur, tu arriverais à convaincre plus de gens, y compris moi, si tu disais qu'on peut commencer par seulement réduire notre consommation". C'est comme si la personne me suppliait de cautionner ses premiers efforts, bien qu'imparfaits, vers le véganisme, parce qu'elle avait besoin de mon soutien moral. Or, dans l'enthousiasme de mes débuts en tant que végane, j'ai répondu que non, je ne pourrais jamais dire aux gens que des compromis sont acceptables. Maintenant je regrette cette réponse trop tranchée. Si à cet instant, j'avais parlé à cette personne de la conversion progressive, elle s'y serait mis déjà à l'époque, et pas seulement des mois plus tard.

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  3. Je n'avais pas vu tes commentaires sur le post de l'elfe, j'ai écrit cet article suite à son dernier post en fait.

    Je suis d'accord avec ce que tu dis. Je n'ai moi-même aucun problème à expliquer aux gens que je n'ai pas abandonné les produits animaux du jour au lendemain et que j'ai fait ça progressivement, en cherchant par quoi remplacer mes aliments habituels.

    Mais donner les moyens aux gens (c'est là où je ne suis pas d'accord avec le neo-welfarisme) ce n'est pas leur dire qu'il y a une différence morale entre des oeufs en batterie et des oeufs plein-air, mais plutôt voir avec eux sur quoi ils calent, avec quoi ils ont des difficultés, les encourager à diminuer leur consommation toute entière de produits animaux pour la supprimer au final et non la remplacer par d'autres produits animaux soi-disant plus éthiques.

    Je pense qu'on est d'accord et j'aurai en effet pu préciser cela dans mon article. On peut très bien avoir un message abolitionniste clair et expliquer aux gens que cela peut se faire progressivement, que c'est normal et comment le faire.

    Et les rassurer en leur disant que pour nous non plus ça ne s'est pas fait comme ça.

    Même Francione est d'accord avec cela, il me semble avoir lu un de ses articles où il expliquait qu'on peut très bien encourager les gens, si ils voient le véganisme comme quelque chose d'insurmontable, à suivre une méthode en 3 points, en faisant par exemple un déjeuner vegan pendant toute la semaine (ou mois, peu importe) et s'y tenir. Puis le repas de midi pendant 1 semaine et enfin le souper.

    C'est un exemple. Mais je voulais surtout mettre l'accent sur l'importance d'un message clair du véganisme comme base morale qui n'est malheureusement que très rarement appliqué.

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  4. J'ai retrouvé l'article:

    http://fr.abolitionistapproach.com/2010/01/04/des-lundis-vegans/

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  5. Oui c'est sûr que le message doit en toutes circonstances être présent et très clair. Intéresser créativement, expliquer clairement puis si nécessaire proposer des méthodes comme celles présentées dans l'article de Francione.

    Je me disais juste que mettre un peu plus en avant ces méthodes dans un contexte abolitionniste très fort pourrait peut-être aider à ce que plus de gens se sentent capables de devenir véganes. Sans jamais leur laisser le temps d'oublier qu'aucune de ces méthodes n'est une fin en soi. Par exemple dans le cadre d'un discours du style "la production animale est immorale, vous y participez car vous êtes victimes d'un système spéciste, nous savons qu'il peut être difficile d'en sortir, nous avons des méthodes à vous proposer qui pourraient vous y aider". Je trouve que c'est beaucoup plus positif si on présente les choses comme ça d'emblée plutôt que si on donne l'impression de dire simplement "la production animale est immorale, point". Car après les gens peuvent s'imaginer tout un tas de choses si on ne précise pas plus (par exemple qu'on les accuse d'être des "monstres insensibles" etc.). D'ailleurs je ne t'accuse pas de ne pas le faire ou quoi, je squatte juste les commentaires de ton blog parce que ton article me fait penser à tout ça :p. Mais du coup je suis peut-être un peu hors-sujet, désolée.

    Par contre par rapport à l'article de Francione il y a quand même un détail avec lequel je crois ne pas être d'accord : il dit qu'il n'encouragerait jamais quelqu'un qui n'arrive pas à passer du jour au lendemain au véganisme à consommer des produits "moins contraires à l'éthique" en attendant d'y arriver. Si quelqu'un n'arrive pas à se passer de fromage du jour au lendemain, en quoi n'est-ce pas tout de même mieux qu'il fasse au moins l'effort de chercher un fromage "moins pire", tout en gardant en tête que même ce fromage-là il doit le consommer de moins en moins ? D'accord ça resterait dans l'absolu inacceptable moralement sur le plan de l'éthique animale végane, mais puisqu'il n'arrive pas à s'en passer pour le moment, je n'arrive pas à comprendre comment ça pourrait être exactement pareil de choisir le pire produit industriel qu'il soit plutôt qu'un fromage fermier et écolo (si ça existe). Il ne s'agirait pas de soutenir la filière soi-disant "éthique", mais de boycotter coûte que coûte la filière industrielle, ne serait-ce que pour des raisons environnementales, mais aussi dans la mesure où il doit vraiment exister des conditions de vie moins horribles pour les animaux dans certaines conditions très spécifiques (je pense à la permaculture ou à la poule du jardin familial, qui sont tout aussi moralement inacceptable dans l'optique végane, mais à moins que je me trompe pour moi c'est une évidence qu'il vaut mieux faire l'effort d'acheter ça plutôt que de l'industriel pur et dur, si on ne peut de toute façon pas se passer du produit pour l'instant).

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  6. Mmm, je peux comprendre la position de Francione.

    Faudrait sonder un peu la personne, si son discours est clair et qu'elle comprend bien que tous les produits sont immoraux en soi, qu'elle veut vraiment devenir vegan mais qu'en attendant, elle préfère acheter encore un peu ce fromage à 99% éthique avant d'arrêter totalement.. je me vois mal l'envoyer bouler.

    Faut voir son discours.

    Si la personne venait chez moi en me demandant plutôt "Tiens, j'ai trouvé ce fromage de permaculture, j'ai vu que les animaux sont vraiment bien traités. C'est pas ok ça comme fromage ? Je me vois bien continuer à manger celui-là." je ne l'encouragerai clairement pas à acheter ce produit, même si les conditions sont super et tout le tralala parce que c'est une porte d'entrée pour l'exploitation.

    Je ne lui dirai jamais : "oui je pense que ce produit est plus éthique." Moins pire peut-être, pour bien faire ressortir le côté négatif. Mais je ferai probablement aussi alors un parallèle avec un esclave qui a des conditions moins pires.

    C'est difficile de trouver cet équilibre entre une position non-négociable du véganisme en tant que norme minimale et l'encouragement de la personne vers le véganisme.

    Francione dit "Jamais je ne leur conseille de manger des œufs de poules « élevées en plein air » ou de la viande « heureuse ».". Je suis d'accord avec lui. Jamais, de moi-même, je ne leur conseillerai ces produits.

    Ce que je n'aime pas c'est quand le véganisme est présenté comme un moyen optionnel. Mais je ne pense pas que ça soit le cas dans l'exemple que tu aies pris :p

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