vendredi 9 décembre 2011

[Traduction] Education vegan: un contexte (1ère partie)

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Vegan Education: A Background (Part 1 of 2) ")

 

Education vegan: un contexte (1ère partie) 

 


Ceci est le premier essai d’une série en deux parties à propos de l’éducation vegan. Cet essai fournira un contexte sur l’éducation vegan et expliquera plus particulièrement certaines différences entre l’éducation welfariste (bien-être animal) et l’éducation abolitionniste, grâce à quelques bons exemples d’éducation vegan à la fin de l’essai. Le deuxième essai se penchera plus en détail sur l’approche abolitionniste incrémentale.

L’approche abolitionniste  envisage l’abolition du statut de propriété des êtres sentients nonhumains. Mais avant de se pencher sur l’abolition du statut de propriété des nonhumains, nous devons nous débarrasser de la perspective économique qui ne voit les nonhumains comme rien de plus que des marchandises de consommation, au même niveau de considération morale que des choses comme les pommes, les oranges, le raisin, les brocolis ou les noix de coco. Mais avant de pouvoir éliminer ce statut de ‘matière première consommable’ des nonhumains, nous devons être vegan. Donc, l’éducation vegan est au cœur, ainsi que le premier palier, de l’approche abolitionniste.

Nous serions tentés d’arguer qu’il y a des lois sur le bien-être animal protégeant les animaux « de consommation », et donc que les animaux vivants sont mieux perçus, au niveau de la considération morale, que des fruits et légumes insensibles. Aussi tentant qu’il soit de percevoir les lois de « bien-être » en agriculture animale comme créées « pour les animaux », cette vision est incorrecte. Il y a seulement 4 objectifs aux lois de bien-être animal en vigueur, et aucun d’entre eux ont quoi que ce soit à voir avec les véritables intérêts des animaux :

  • Pour protéger la propriété animale, en tant que propriété économique, de l’entreprise qui possède les animaux
  •  Pour protéger les employés d’abattoir dans le cas où de grands animaux se débattraient dangereusement si ils ne sont pas manipulés « correctement » 
  • Pour protéger les consommateurs des maladies comme celle de la vache folle, pour les vaches « infirmes » 
  • Pour donner au consommateur le prétexte que les animaux sont « bien traités » pendant les opérations de nourrissage, pendant le transport et pendant leur abattage.

La réalité est que, littéralement, des milliards d’animaux sont traités annuellement de façons qui choqueraient la majorité des consommateurs de produits animaux. Les lois de bien-être animal, vu qu’elles concernent l’agriculture animale, n’ont aucun rapport avec la conception classique que le public se fait du « bien-être animal », telle que pour les chiens ou chats. A la place, les lois de bien-être concernant les animaux exploités pour la nourriture, l’expérimentation et le loisir sont conçues intentionnellement pour soutenir les « pratiques coutumières et acceptées » via des exemptions catégoriques de traitement, la plupart d’entre elles seraient considérées comme de un crime de cruauté si on les infligeait à, disons un labrador.

Nous pourrions alors être tentés, comme le font les organismes de bien-être animal comme HSUS et l’Animal Legal Defense Fund, de suggérer que l’on renforce et fasse respecter ces lois de bien-être pour « réellement » protéger les animaux. Il y a un bon nombre de raisons pour lesquelles le renforcement des lois de bien-être ne peut pas fonctionner. La plus grande raison pour laquelle de telles lois ne peuvent fonctionner est l’importante demande économique des consommateurs combinée avec le fait qu’il soit économiquement, pratiquement, et logistiquement impossible de mettre au monde, élever, nourrir, transporter et abattre 10 milliards d’animaux annuellement sans confiner ses animaux à vivre dans leurs déjections ; sans débecquer les poulets ; sans écorner et castrer les taureaux (sans anesthésiant couteux) ; sans utiliser l’outils électriques sur de grands animaux ; sans utiliser la force brute sur les poulets ; sans transporter les animaux dans des conditions climatiques extrêmes , qui non seulement sont source de misère, mais sont suffisantes pour tuer les animaux avant qu’ils arrivent à l’abattoir ; sans diriger des abattoirs à une cadence élevée résultant en des millions de poulets ratant la lame égorgante et finissant ébouillantés vivants et beaucoup de vaches arrivant en vie à la machine dépeceuse. Eliminer ces « pratiques coutumières et acceptées » cruelles couterait tellement cher que les prix des produits animaux augmenteraient forcément multiplicativement, et seuls les riches pourraient se permettre ces produits. Combinez l’impossibilité économique de telles réformes majeures avec l’effet balayant et dévastateur que de telles réformes auraient sur l’un des plus grands, plus riches, et plus puissants collectif d’industries dans le monde (Big Food : ConAgra, Tyson Foods, McDonald’s, Taco Bell, KFC, et chaines de restaurants, juste pour citer quelques-unes des douzaines de grandes entreprises), et il apparait clairement que tenter de légiférer de telles réformes via des lois de bien-être est franchement absurde.

Alors il est vrai, la situation pour les animaux, particulièrement toute amélioration significative des lois de bien-être, est aussi sombre qu’on l’on puisse imaginer. Cependant, la seule force motrice de cette puissance économique et politique virtuellement absolue que l’agriculture animale et Big Food détienne sur les animaux est le consommateur, individuellement et collectivement, qui cautionne, demande, pousse et est en fin de compte responsable de l’existence de l’industrie de l’agriculture animale et de toute sa puissance. Si nous devons nous attaquer au problème de la torture institutionnelle des animaux, nous devons directement éduquer les consommateurs de produits animaux et remettre en cause l’acceptation culturelle de la consommation de produits animaux. Les personnes décentes auront de sérieux scrupules moraux à propos de ces « pratiques coutumières et acceptées » et des exemptions catégoriques dans l’agriculture animale si ces pratiques leur sont présentées. Un obstacle important pour présenter ces pratiques au public général est l’attitude culturellement acceptée du « Ne demandez pas, n’en parlez pas » et le refus de beaucoup de personnes elles-mêmes par rapport à ce qu’on leur présente, alors que les reportages sur les horribles traitements sont facilement trouvables. Combinez cela avec le droit légal de l’industrie d’empêcher les gens, ce qui inclut les médias (qui sont en faveur de l’industrie en premier lieu), de s’approcher de leur propriété – un droit qu’ils se réservent et appliquent au moins jusqu’aux limites de la loi – et vous pouvez constater qu’éduquer les consommateurs prend du temps et est une tâche difficile. Cependant, éduquer les consommateurs est la SEULE manière concevable pour affaiblir l’immense puissance de l’industrie et le seul espoir de soulagement des animaux d’avoir eu la malchance de naître dans une existence d’un enfer inimaginable.

Avec cette préface, penchons-nous sur un aperçu de l’éducation vegan, autant de la manière dont elle est généralement appliquée de nos jours (ex : l’éducation vegan welfariste  pratiquée par les grandes organisations de bien-être) que de la manière dont elle devrait être mise en pratique si on veut que les animaux aient une quelconque chance dans les années ou dizaines d’années à venir (par ex : l’éducation vegan abolitionniste).

L’éducation« vegan » welfariste

Toutes les éducations « vegan » ne peuvent pas être considérées comme « le noyau et la première étape de l’approche abolitionniste » mentionné à la dernière phrase du premier paragraphe de cet essai. L’éducation « vegan » welfariste – c'est-à-dire, l’éducation « vegan » fournie par les organisations prédominantes de « protection animale » -- est anti-éthique en ce qui concerne l’approche abolitionniste. Examinons la différence, en commençant avec l’éducation « vegan » welfariste :

Les personnes auxquelles on présente l’éducation vegan welfariste peuvent décider de devenir vegan, mais les raisons pour lesquelles elles deviennent vegan sont fragiles et conditionnelles. Les vegans welfaristes pensent et disent des choses du genre « le veganisme est juste un moyen de réduire la souffrance » ; ou « même si vous mangez de la viande, vous pouvez quand-même aider les animaux en réduisant votre consommation de viande », ou « c’est un pas dans la bonne direction », et « le véganisme est le boycott de la cruauté ». Ces affirmations voient le véganisme simplement comme un « moyen » de « réduire » la souffrance et peut-être aussi pour persuader l’agrobusiness de mieux traiter les animaux et de suivre les tentatives welfaristes vers les réformes législatives. Parce que l’approche abolitionniste perçoit la sottise qu’est la tentative de réforme de l’industrie, et perçoit l’utilisation et l’abattage des animaux comme problème fondamental et le mauvais traitement simplement comme un symptôme inévitable du problème fondamental de l’utilisation, chacune de ces affirmations est anti-éthique vis-à-vis de l’authentique plaidoyer pour les droits des animaux et de l’approche abolitionniste. Encore une fois, toutes ces affirmations perçoivent le traitement des animaux comme le noyau du problème, pas l’exploitation ou l’abattage en soi. En effet, le philosophe principal du camp welfariste, Peter Singer – connu comme le « père du mouvement des droits des animaux » -- a déclaré que nous pouvons « être des omnivores consciencieux ». Mais si 300 millions d’entre nous en Amérique peuvent être des « omnivores consciencieux »,  est-ce que les animaux peuvent avoir quelque droit ou protection selon quelque définition cohérente du mot « droit » ou « protection » ? Bien sûr que non. Non seulement c’est quasi ridicule d’un point de vue welfariste d’une vague réclamation pour un « traitement décent » dans l’abattage, mais d’un point de vue authentique du plaidoyer pour les droits des animaux, ça n’a aucun sens de parler d’un droit à quoi que ce soit si on a même pas le droit de vivre.

Pour les welfaristes,  il n’y a rien de mal à être un « omnivore consciencieux » ou un « demi-végétarien » (comme le sont beaucoup de welfaristes) et à se permettre le « luxe » d’un petit bout de viande ou fromage de temps en temps. C’est parfaitement en accord avec la philosophie welfariste et c’est la raison pour laquelle le veganisme est vu par les welfaristes comme une sorte d’action héroïque ou ascétique plutôt que comme une base morale. Si vous êtes welfariste, il n’y a vraiment aucune raison contraignante de devenir vegan ; le veganisme n’est rien de plus qu’un « moyen optionnel pour réduire la souffrance ». Depuis le début de l’approche welfariste dans le milieu des années 70, la consommation de viande par personne a augmenté de façon constante et le traitement des animaux a progressivement empiré. En outre, d’importantes populations dans d’autres parties du monde qui avaient jusque-là principalement suivi un régime végétarien sont maintenant exposées à des quantités moyennes, voir grandes, de produits animaux par la gigantesque industrie de l’agriculture animale, et on prévoit que la consommation de produits animaux par personne à travers le monde double au moins dans les quelques dizaines d’années. Après 30 ans d’approche welfariste, l’industrie de la viande est plus puissante que jamais et il n’y a aucun espoir à l’horizon que quoi que soit change à ce sujet. Encore une fois, la situation et le pronostique pour les animaux ne pourrait être pire, mais s'il doit y avoir un quelconque espoir, c’est seulement via l’approche abolitionniste.

Education abolitionniste vegan : Considérations morales

En plus des considérations pratiques du véganisme en tant que seule manière d’éliminer la cruauté animale non-nécessaire, il y a des différences morales significatives entre l’approche abolitionniste et l’approche welfariste. Quand on considère la signification et  les implications authentique des droits des animaux, comme décrit dans « Introduction to Animal Rights » de Gary L Francione, la base morale du véganisme devient étonnamment claire. Les êtres nonhumains ont une valeur intrinsèque dérivée des caractéristiques moralement pertinentes de leur sentience et de là méritent l’égale considération.[1] En reconnaissant leur sentience, leur valeur intrinsèque, et considération égale, nous réalisons que c’est un impératif moral de ne pas les consommer ou de les exploiter en les utilisant seulement comme moyens à nos fins. Les animaux ont des intérêts importants au-delà de simplement éviter la douleur et la souffrance. Etre vegan n’est plus seulement un « moyen de réduire la souffrance » ou un « boycott de la cruauté », cela devient une question morale intériorisée au même niveau que la prohibition de tuer intentionnellement des humains innocents ou de les exploiter seulement comme moyens à nos fins. C’est pourquoi la question de ‘quel message nous envoyons dans l’éducation vegan’ n’est pas seulement une question de « tactique » ; elle a des racines morales et philosophiques bien plus profondes que des considérations pratiques et des blablas sur la tactique.

L’éducation vegan abolitionniste : considérations pratiques.

Considérons l’esclavagisme il y a 150 ans : si le bien-être des esclaves – qui était principalement concerné par le traitement des esclaves plutôt que par leur utilisation – était la philosophie dominante dans notre société jusqu’à aujourd’hui, quasiment rien n’aurait changé car le statut moral, économique, et de propriété des esclaves n’aurait pas changé de manière significative. Cependant, parce que l’abolition de l’esclavagisme était la philosophie dominante dans notre société après la guerre civile, et l’est toujours, beaucoup de choses ont changé et les descendants des esclaves sont libérés de leurs chaines et de leur statut de propriété. La même chose est valable au niveau de la situation ‘bien-être contre abolition’ quand on parle des êtres nonhumains. La philosophie prédominante, le welfarisme ou l’abolitionnisme, déterminera entièrement si nous vivrons dans une société vegane dans les années ou dizaines d’années à venir ou si la consommation de chair par personne au niveau mondial sera à son plus haut point dans les années ou dizaines d’années à venir.

C’est en partie pourquoi les raisons pour lesquelles les gens sont vegan sont aussi importantes, et pas juste que les gens soient vegan comme des raisons de « moyen ». De manière pratique, le veganisme welfariste est n’est nullement nécessaire dans la philosophie welfariste et donc fragile. Le veganisme abolitionniste est un impératif moral dans la philosophie des droits des animaux et donc inébranlable.

Dans le prochain essai de ce sujet en deux parties, nous examinerons l’approche incrémentale abolitionniste aux droits des animaux et l’éducation vegan, en nous penchant en particulier sur les 5 critères de Gary L. Francione pour une approche incrémentale visant à faire avancer les droits des animaux dans la société.

Entre temps, les liens suivants fournissent de bons exemples de matériel d’éducation abolitionniste :

mardi 6 décembre 2011

[Traduction] A propos de l’endoctrinement et éducation (2ième partie)

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "On Indoctrination and Education (Part 2 of 2) ")

 

La première partie de cet essai définissait l’endoctrinement, en contraste avec l’éducation et décrivait brièvement le processus d’endoctrinement depuis la jeune enfance jusqu’à l’adolescence. La deuxième partie continue avec l’endoctrinement que nous recevons en tant qu’adultes et conclut cet essai avec l’éducation vegan en tant qu’antidote à cet endoctrinement, et ce à tout âge.

L’endoctrinement en tant qu’adultes.

Lorsque nous entrons dans l’âge adulte, l’endoctrinement et la pression de se conformer continueront sans relâche durant notre vie. Que ça soit au niveau de notre travail et relations commerciales ou au niveau de nos connaissances, de notre famille et de nos relations amoureuses, la plupart d’entre nous auront bien plus de contact avec des personnes qui n’ont jamais remis en question l’endoctrinement spéciste, considérant les animaux comme des choses, qu’avec des personnes qui ont rejeté le spécisme, considérant les animaux comme des personnes [1] à respecter. Non seulement la plupart des gens ne l’ont pas remis en question, mais l’endoctrinement est tellement profond qu’il y ait de grandes chances qu’elles estiment notre rejet du spécisme bizarre ou même personnellement menaçant. De là, selon la relation, nous rencontrerons généralement des réactions par rapport à notre vision saine et nonviolente, réactions allant de l’évasif, au défensif, à l’agressivité passive ou jusqu’à l’hostilité.

L’endoctrinement continue également fortement via les divertissements, les médias, et la publicité. Quasiment n’importe où nous posons le regard dans notre société commerciale, nous sommes constamment bombardés avec le discours spéciste déclarant que les animaux sont des choses avec seulement une valeur instrumentale, et pas plus de valeur intrinsèque que de la poussière.

L’endoctrinement est même présent dans des groupes religieux et autres groupes connus pour leur promotion de la nonviolence, de la justice et de la compassion « pour tous les êtres sentients », comme les bouddhistes. L’exploitation animale, la consommation de produits animaux et la défense « catégorique » de ces pratiques est presque aussi commune parmi de tels groupes que parmi le public général.

Est-ce qu’on peut se tourner vers les grands groupes de « protection » animale, tels que PETA ou HSUS, pour remettre en question notre endoctrinement d’une quelconque manière significative ? Non. A la place, ils nous envoient un double message : « les animaux ne sont pas là pour qu’on les mange, pour qu’on porte leur peau, pour nos expériences ou pour notre divertissement » mélangé avec « les animaux sont là pour être mangés, pour qu’on porte leur peau, pour nos expériences et pour notre divertissement, si nous gagnons cette campagne de bien-être ou cette campagne ciblée. Alors envoyez nous votre argent aujourd’hui et ça sera réglé. »

L’endoctrinement spéciste est un cercle vicieux régénérant, semblable à la manière dont l’abus sur enfant continue d’exister à travers les générations, où des parents abusés étant enfants deviennent eux-mêmes abuseurs d’enfants, perpétuant le cycle indéfiniment jusqu’à ce qu’un fort agent d’éducation brise le cycle d’une ou deux générations.

En tant qu’individus, pouvons-nous surmonter un tel endoctrinement ? Beaucoup d’entre nous qui ont surmonté cet endoctrinement fournissent la preuve concluante que c’est possible, par l’éducation vegan.

Education vegan.

L’éducation vegan cherche à informer les gens sur les raisons d’éviter, autant que raisonnablement possible, les produits animaux et leur utilisation et comment les éviter, et le fait sans utilisation d’une influence injustifiée, de pouvoir, de contrainte ou d’incitation à l’autorité ou à la tradition. Elle se fait généralement de manière unilatérale parce que l’autre partie est déjà extrêmement présente dans l’endoctrinement spéciste. C’est « unilatéral » tout comme l’est l’éducation à la tolérance raciale ; l’éducation à la tolérance raciale ne promeut pas le racisme ou l’abattage et la torture injustifié et non-nécessaire de personnes d’autres races, ou ça ne serait pas de l’éducation à la tolérance raciale.

Les raisons d’éviter la consommation et l’utilisation de produits animaux incluent le fait que plus de 99,999% des animaux non-humains que nous exploitons ont les mêmes caractéristiques morales pertinentes que nous lorsqu’il s’agit d’une évaluation équitable de la valeur intrinsèque, contrairement à la valeur instrumentale. Tout comme certaines capacités – tel que le raisonnement abstrait – ne comptent pas lorsqu’il s’agit d’évaluer la valeur intrinsèque d’un être humain, de telles capacités ne comptent pas lorsqu’on évalue la valeur intrinsèque d’un être non-humain sentient. Une autre manière de l’expliquer : si les non-humains sentients n’ont pas de valeur intrinsèque, alors les humains non plus. Penser le contraire est un pure préjudice : ça n’a aucune différence avec le fait de refuser à un humain une éducation universitaire ou le droit de vote sur base de son sexe ou de sa race. Le spécisme est la même injustice rampante consistant à favoriser des caractéristiques moralement non pertinentes aux caractéristiques moralement pertinentes, que l’on trouve dans le sexisme, le racisme et l’hétéro-sexisme.

La manière d’éviter les produits animaux et leurs utilisations est de se renseigner autant que possible sur les ingrédients animaux et sur les alternatives vegan à votre nourriture, boisson, habits, produits esthétiques et à vos divertissements et d’agir en fonction.

Un régime alimentaire libre de tout produit animal, bien planifié, est très bon pour la santé. Comme tout autre de régime alimentaire, la planification devrait inclure aussi bien le profil nutritionnel des divers aliments que les besoins particuliers de chacun. Heureusement, il y a plein de recettes, pâtisseries et ressources nutritionnelles vegan disponibles dans des livres ou sur internet. Envisagez également d’entrer en contact avec d’autres vegans, soit sur Internet (via les réseaux sociaux ou forums) et/ou, si vous vivez dans un environnement urbain, des groupes sociaux vegan. Il est bien plus facile, surtout en tant que nouveau vegan, de s’identifier socialement avec les autres personnes qui ont rejeté la violence et l’injustice du spécisme.

Finalement, en tant que nouveau vegan, rappelez-vous constamment la raison pour laquelle vous êtes vegan, pour rejeter le spécisme incessant que vous rencontrerez tous les jours dans votre vie. Rappelez-vous qu’en tant que vegan, vous faites partie des personnes indépendantes d’esprit qui ont fait leur propre choix – quand bien même l’endoctrinement subi pendant des années voir dizaines d’années – de rejeter l’injustice flagrante et la violence non-nécessaire du spécisme et de l’exploitation animale, et de choisir le veganisme comme norme minimale de décence.
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Note:

[1] Beaucoup de personnes sont troublées quand elles entendent ou lisent qu’on se réfère aux animaux en tant que « personnes ». Cette confusion provient de deux incompréhensions. Premièrement, dans une société spéciste, les animaux sont définis, référencés et pensés, littéralement en tant que choses, aussi bien légalement que dans le langage courant. Deuxièmement, les gens font l’amalgame entre les mots « personnes » et « gens », qui ont des significations très différentes. « Gens » est un synonyme pour « humains », aussi simple que ça. Les animaux ne sont pas des gens. « Personne » a une signification beaucoup plus large, autant du point de vue légal que dans le langage courant, mais surtout du point de vue de la loi. Une personne est une entité de par sa considération morale ou légale, et peut être un humain, une entité légale, telle qu’une corporation, une fondation, ou fiducie ; ou un animal nonhumain. Les animaux sont des personnes.

[Traduction] A propos de l’endoctrinement et éducation (1ere partie)

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "On Indoctrination and Education (Part 1 of 2) ")


Introduction

L’endoctrinement et l’éducation sont des procédés semblables, excepté deux différences : une différence conditionnelle, et une différence cruciale. La différence conditionnelle est que l’endoctrinement est à sens-unique et non critique, alors que l’éducation est à multiples facettes, ce qui permet une évaluation libre et critique d’au moins deux perspectives, soit intentionnellement soit par défaut. Cette différence est « conditionnelle » (une différence selon les circonstances) car l’éducation peut être entièrement à sens-unique dans un environnement d’endoctrinement et quand-même être de l’éducation, puisque l’endoctrinement existant sert de solide présentation de l’autre partie du problème.

La différence cruciale est que l’endoctrinement implique nécessairement une sorte d’influence, de pouvoir, de contrainte, ou d’incitation à l’autorité ou à la tradition pour maintenir un monopole ou contrôle similaire de l’information, et de là un accord contrôlé ou un consensus ; alors que l’éducation balaye l’influence, le pouvoir, la contrainte, et l’incitation à l’autorité ou à la tradition de n’importe quel type, comme méthode de contrôle de l’accord ou du consensus. C’est cette différence qui distingue essentiellement l’endoctrinement de l’éducation.

L’influence, le pouvoir, la contrainte ou l’incitation à l’autorité ou tradition qui définissent l’endoctrinement peuvent recouvrir plusieurs formes, et n’utilisent pas forcément quelque sorte de violence ou menace pour maintenir un accord ou un consensus. Par exemple, le pouvoir intrinsèque, en contrôle économique ou financier, par rapport aux médias de masse et au type d’information que les médias présentent, est le type de pouvoir qui n’implique pas de violence ou menace envers le public, mais est néanmoins extrêmement efficace pour le maintien du contrôle de l’opinion publique. De même, la mise à l’écart des enfants par les parents par rapport à l’information et au raisonnement qui encourage la nonviolence ou le veganisme peut être entièrement dénuée de toute violence ou menace de violence. Même la dynamique des économies de marché de masse et le préjudice culturel largement répandu sont une forme de domination, influence excessive, et pouvoir par rapport à des convictions qui la définit en tant que mécanisme puissant – si pas même le plus puissant – d’endoctrinement.

Notre endoctrinement spéciste.

Nous vivons dans une société qui nous endoctrine fortement, pendant toute notre vie, pour nous faire accepter le dogme partagé et largement répandu que les animaux sont des choses, propriétés, et ressources qui sont là pour qu’on les exploite de virtuellement n’importe quelle manière qui nous plairait, tant qu’on le fait « humainement ». (« Humainement », tel qu’utilisé dans ce contexte, est tellement inexact et trompeur d’un point de vue pratique qu’il se rapproche, en signification, de son antonyme. Voir note [1] en bas de cet essai pour une élaboration importante sur ce point.)

Le restant de cet essai en deux parties se concentrera sur la manière dont on est endoctriné et à quel point, en espérant qu’en ouvrant les yeux par rapport à cette endoctrinement à sens-unique, basé sur le pouvoir, et de nature non-critique, ainsi qu’avec une éducation vegane comme antidote de cet endoctrinement, cela vous aidera à le surmonter.

L’endoctrinement durant la petite enfance.

Notre endoctrinement commence lorsque, enfants, on nous nourrit avec certains aliments avant qu’on ait une quelconque idée de ce que l’on mange (ou qui on mange). Quand, enfants, on découvre qu’on dévore les corps d’animaux morts, beaucoup d’entre nous se sentent mal à l’aise par rapport à cette découverte. Nos parents ou gardiens, eux-mêmes fortement endoctrinés depuis des dizaines d’années, tentent de nous assurer que certains animaux sont « faits » pour qu’on les mange et qu’on « doit » manger des animaux pour être en bonne santé. Beaucoup d’entre nous continuent à questionner de telles affirmations, mais même le plus précoce d’entre nous ne recevra pas de « raison » valable des adultes, excepté une sorte de « c’est comme ça » (par ex : c’est dans la bible ; dieu les a mis sur terre pour nous ; ils avaient un mauvais karma dans leurs vies précédentes ; ils ne sont pas rationnels comme nous) ou recevra un mensonge pour apaiser notre conscience (par ex : ça ne les dérange pas d’être mangés ; ils n’aurait pas pu avoir de vie agréable si on les mangeait pas, etc). De toute manière, la grande majorité d’entre nous sont forcés – soit via des menaces ou des punitions de ne pas avoir fini notre viande, ou par contrainte en voulant faire plaisir à nos parents et frères et sœurs – d’accepter que les produits animaux seront ce qu’on mangera, peu importe si ça nous plait ou pas. Remarquez l’influence et la différence de pouvoir impliquée dans, ainsi que la nature non critique de, notre « apprentissage » par rapport aux animaux – en tant que nourriture – et la manière dont nos préoccupations sont presque toujours balayées par la grande majorité des parents non-vegan.

L’endoctrinement durant notre jeunesse et à l’école.

Depuis la maternelle jusqu’aux primaires, les croyances endoctrinées formées durant notre petite enfance sont encore plus renforcées par les profs, les autres élèves, le menu du repas de midi de l’école, la « pyramide alimentaire » et l’ « éducation » nutritionnelle (formée par un processus politique fortement influencé par les intérêts du business de l’agriculture animale), ainsi que par un bombardement constant de publicités de l’industrie à la télévision, radio, panneaux d’affichage et dans les journaux. Pour la grande majorité d’entre nous, il n’y a pas d’autres perspectives alternatives. Notre société et les institutions la formant ont un monopole extrêmement puissant de l’information et des perspectives que l’on reçoit. Et on ne s’arrête pas là car, presque sans aucune exception, les personnes d’influence dans ces institutions sont elles-mêmes fortement endoctrinées, peu importe si elles en sont conscientes ou non.

Nous nous devons d’accepter sans aucune critique l’affirmation que les produits laitiers, œufs et viande sont « nécessaires » pour notre santé. Nous nous devons d’accepter sans aucune critique qu’il n’y a aucune alternative viable aux produits animaux. Nous nous devons d’accepter sans aucune critique que l’abattage, l’esclavagisme, et l’exploitation est « humaine », nécessaire et moralement acceptable.

La plupart d’entre nous, si nous remettons en cause de manière critique ou rejetons les produits animaux de notre régime alimentaire et de notre vie durant notre vie à l’école, nagerons à contre-courant d’un flot écrasant de parents, professeurs, élèves, menus de midi de l’école et matraquage publicitaire. Les remises en question critiques du dogme de la société, par rapport à la consommation de produits animaux et à l’utilisation des animaux, déclenchent souvent l’hostilité ou même la tournure en ridicule. L’exception est lorsque nous avons des parents qui sont soit vegan soit soutiennent fortement notre décision de le devenir. Cependant, malgré cela, l’endoctrinement et l’hostilité des personnes en dehors du cadre familial sont importants, et notre sens de l’indépendance doit pouvoir suivre. Encore une fois, la différence de pouvoir est importante, et la nature du renforcement du paradigme des animaux -en tant que- choses est presque toujours aveugle et dénuée de sens critique.

L’endoctrinement durant notre adolescence.

Lorsque nous entrons dans l’adolescence, le même endoctrinement continue, venant des mêmes sources que durant notre enfance, mais il y a peut-être une transition des parents et profs vers les publicitaires et nos connaissances ayant le plus d’influence sur nous. La plupart d’entre nous commencent à tenter de se construire une identité, et nous choisissons souvent des modèles pour nous aider dans ce processus. Nos connaissances et modèles seront rarement, voir jamais, des vegans qui auront rejeté le préjugé culturel du spécisme. En fait, en tant que victimes elles-mêmes d’un lourd et puissant endoctrinement, il y a de fortes chances qu’elles aient de profonds préjugés par rapport à l’appartenance des espèces, comme toute autre personne.

Même si nous sommes exposés à un modèle vegan positif durant notre adolescence, l’endoctrinement d’autres personnes continuera, puissant et dénué de sens critique, et encore une fois, notre sens de l’indépendance doit être aussi fort.

Cela conclut la première partie de cet essai en deux parties. La deuxième partie continuera avec l’endoctrinement continu que nous recevrons en tant qu’adultes et terminera par l’éducation vegane comme antidote à cet endoctrinement et ce à tout âge.

(Suite)
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Note:

[1] « Humainement », selon la loi, signifie pas plus de douleur, souffrance, et torture qu’estimée approximativement « nécessaire » par le propriétaire de la marchandise afin d’atteindre l’objectif en question ; donc, l’asservissement, le confinement, la brûlure, la torture, les frappes, le viol, les coups de couteau, les tirs, la fracture d’os, l’électrocution, la provocation de psychose, d’addiction à la drogue, de maladies mentales, de tourment psychologique, les coups électriques et tout autant d’autres formes de tortures que vous pouvez imaginer sont parfaitement légales, du moment qu’elles permettent d’atteindre les objectifs instrumentaux légalement établis par les personnes faisant des expériences sur les animaux, par les chasseurs, par les piégeurs, par les fermes familiales, par les éleveurs ou par tout autre industrie ou personne adulte. Même lorsqu’on démontre que la torture infligée est « gratuite » ou « pas nécessaire » pour atteindre l’objectif ciblé, et viole la loi sur le bien-être, l’animal reste une propriété et de là, les conséquences judiciaires sont suffisamment ridicules pour être dissuasives. Songez à lire Animals, Property, and Law de Gary L. Francione (livre en anglais) pour plus de détails sur la question : pourquoi la législation sur le bien-être animal protège, et protègera toujours, presque toutes les formes de torture inimaginable.


lundi 5 décembre 2011

[Traduction] Préjugé culturel, sentience, rationalité et droits basiques.

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Cultural Prejudice, Sentience, Rationality, and Basic Rights ")

 

Dans mon essai, La sentience: la caractéristique moralement pertinente justifiant des droits fondamentaux , j’ai expliqué la pertinence morale de la sentience pour justifier le droit basique à la sécurité physique ; c’est-à-dire, le droit basique à ne pas être torturé, tué, ou à ne pas subir de tort physique ou psychologique. Bien que je pensais être suffisamment clair en formulant la pertinence de la sentience, l’essai restait malgré tout abstrait et théorique et beaucoup d’entre nous se rappellent mieux les arguments si un exemple concret est utilisé. Cet essai fournira un exemple concret sur la question –pourquoi la sentience, plutôt que le rationnel ou toute autre critère, est le critère moralement pertinent pour le droit à ne pas être exploité, torturé ou tué intentionnellement.

Un exemple de deux enfants [1]


Supposons deux enfants de 10 ans, sentients de la même manière, enfant A et enfant B. Enfant A est un prodige en mathématique et s’attaque déjà aux mathématiques de niveau universitaire ainsi qu’à la logique formelle avancée. Elle est le summum de la rationalité. Enfant B, au contraire, a des problèmes avec les calculs de base, ne sait pas lire malgré ses efforts, les efforts de ses parents et de ses professeurs. Il a également des problèmes d’émotion. Il pourrait avoir un certain degré de rationalité, mais c’est négligeable.

Les deux enfants sont en ballade ensemble dans leur quartier et sont enlevés par un dangereux psychopathe. Le psychopathe les emmène dans une cabane isolée et commence à les torturer et les tuer, violant donc leur droit morale basique à la sécurité physique.

Droits basiques sur base de la rationalité.

Selon la théorie que la rationalité est le critère pertinent pour les droits basiques, c’est l’enfant A qui a un bien plus grand intérêt à ne pas être tortué et tué car il est très rationnel. Si on suit ce mode de pensée, cel n’a pas tellement d’importance si l’enfant B est torturé et tué parce que, bien qu’il soit aussi sentient que l’enfant A et sa propre vie tout aussi importante, il n’est pas très rationnel. Donc selon la « justification rationnelle », nous devrions nous sentir moralement à l’aise que le psychopathe torture et tue l’enfant B quasi-rationnel, ou du moins ça ne serait pas aussi immoral que de torturer l’enfant A très rationnel, ce qui serait un grand mal à cause de ses capacités impressionnantes en géométrie analytique et logique moderne. Cela tombe sous le sens ? Les avocats anti-droits des animaux qui basent (malencontreusement) les droits sur la possession de rationalité sont, selon cette logique, forcés de conclure que ça tombe sous le sens de nier à l’enfant B un quelconque droit basique.

Droits basiques sur base du pouvoir.

(La « théorie des droits », revendiqués ou obtenus par la force, critiquée dans ce paragraphe ne vaut pas la peine d’être examinée si ce n’est pour la ridiculiser, mais puisque certains des avocats anti-droits des animaux les plus bornés, mais soi-disant armés jusqu’aux dents, la ressorte à l’occasion, je la mentionnerai ici. Si vous êtes d’une intelligence moyenne et zappez ce paragraphe, vous ne raterez rien de sérieux.)

Selon la théorie que la capacité à revendiquer ou obtenir par la force des droits est le critère pertinent pour les droits basiques, si notre psychopathe ne parle pas la même langue que les enfants, les enfants ne revendiqueront pas grand-chose ou rien de son point de vue (en supposant dans ce cas que les enfants soient conscients qu’ils puissent revendiquer certains droits), et n’auraient alors aucun droit.. et rien d’immoral n’aurait été fait puisque les droits n’ont pas été correctement revendiqués. Si « revendiquer » des droits signifie « se battre pour » ou « défendre » ces droits, je suppose que cela dépendra de la manière dont les enfants pourront se battre contre le psychopathe. Si le psychopathe est un adulte normalement développé, de bonne taille et en bonne santé, les enfants n’auront aucun droit (puisque le psychopathe gagnera le combat), et le psychopathe n’a rien fait d’immoral en les torturant et en les tuant (puisqu’il a gagné le combat). Toute « théorie des droits » qui se basent sur la revendication ou l’obtention par la force ou la propre défense de ses propre droits réduit simplement la question à de l’égoïsme rationnel ou une sorte de contrat social à la Hobbes. Selon un tel réductionnisme, le faible meurt simplement aux mains des forts dans une guerre ouverte implicite. C’est le rejet de la morale en tant que guide de nos personnes, habitudes et comportements.

Droits basiques sur base de la sentience.

Selon la théorie que la sentience est le critère pertinent pour les droits basiques, les deux enfants, A et B, ont un intérêt identique à ne pas être torturé et tué parce que les deux sont identiquement sentients. Par rapport à la « justification par la sentience », leur rationalité et capacité de pensée abstraite en soi ne sont pas pertinentes, tout comme le sont celles de la puissance et de la force, et seulement à cause de leur sentience, il est immoral de torturer et/ou de tuer chacun d’entre eux.

Remettre en question notre préjugé culturel

Si nous souhaitons éviter le dogmatisme et être raisonnablement cohérents avec notre raisonnement moral, nous nous devons d’appliquer le même critère – la sentience – aux êtres nonhumains comme nous le faisons pour les êtres humains sentients quand se pose la question du droit à ne pas être exploité, torturé ou tué intentionnellement.

Le fait que les enfants soient humains est tout aussi non pertinent que le fait qu’ils soient d’un certain sexe ou d’un tel groupe ethnique. Le spécisme, le sexisme et le racisme sont à leur racine tous les mêmes « –isme » et les mêmes préjugés culturels. La seule différence est l’autre qui est injustement exclu de la question. Les bases de la discrimination arbitraire sont comme les différents gouts de glaces végétales -riz ou soja- (qui sont délicieuses soit dit en passant). Vanille, chocolat et fraise sont les différences métaphoriques de l’espèce, du sexe et de la race, et la glace végétale est l’injustice métaphorique et le préjugé culturel soulignant les différences superficielles que sont l’espèce, le sexe et la race. Quel gout de préjugé adoptons nous aujourd’hui ? Ou sommes-nous trop déterminés à éviter la question, en défense de nos habitudes existantes ou préférences triviales, au lieu de lui donner la sérieuse remise en question qu’elle mérite ?

Bien évidemment, comme le montre l’histoire, au plus profond est le préjugé culturel, au plus aveugle est la personne par rapport à l’inexactitude et l’injustice de ses préjugés. Les mêmes arguments utilisés pour défendre les préjugés culturels promouvant la propriété, l’exploitation, la torture et l’abus des esclaves au 19e siècle en Amérique ressortent aujourd’hui pour défendre le préjugé culturel actuel promouvant tout ce qui va de l’agrobusiness industriel des animaux jusqu’à l’élevage de cochons ou poulets dans son arrière-cour dans un environnement pittoresque et paisible simplement pour les envoyer injustement au massacre quand l’humain a décidé qu’il est temps pour eux de mourir. Même dans beaucoup de cultures aujourd’hui, les femmes sont vues en tant que propriétés ou servantes pour les hommes de la communauté. Et pourtant les personnes qui baignent dans le préjugé culturel – peu importe si c’est par rapport aux femmes, certains groupes ethniques, ou espèces – sont au moins très réticentes à le transcender, et plus souvent sont totalement incapables de ne serait-ce le voir comme un problème. Le préjugé culturel est même encore plus fort quand il est aussi répandu, comme l’est le spécisme de notre société aujourd’hui.

Nous devons reconnaître et admettre nos préjugés culturels et nos angles morts moraux, qui sont tous aussi injustes que les préjugés de cultures qui abusent horriblement des femmes et des esclaves à notre époque ou abusaient des esclaves il y a un ou deux siècles. Nous nous devons d’appliquer cette « rationalité »  -- pour laquelle on est apparemment si fier  -- à notre pensée par rapport à notre propre comportement envers les êtres nonhumains. Nous devons devenir vegan et encourager les autres personnes à en faire de même.
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Note:


[1] J’ai choisi des enfants plutôt que des adultes pour l’exemple à cause de l’innocence et de la vulnérabilité que les enfants ont en commun avec les êtres nonhumains typiques qu’on exploite et tue. Une telle innocence et vulnérabilité de n’importe quelle victime (qu’elle soit humaine ou nonhumaine) renforce l’immoralité de l’exploitation et de la mise à mort. Par « innocence », je veux dire un manque d’expérience dans le monde comme acteur moral, pas le fait qu’un animal sentient ou un enfant de 10 ans puisse causer des douleurs sérieuses à une personne ou pas. Les deux pourraient clairement causer des douleurs sérieuses dans certaines conditions, mais ils ne pourraient pas être coupables de telles douleurs puisqu’ils n’ont pas le libre arbitre moral.

vendredi 2 décembre 2011

[Traduction] Economie de base et 4 types de plaidoyers

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Basic Economics and Four Types of Advocacy ")

 

Plaidoyer côté offre contre côté demande
Nous vivons dans une économie de marché constituée de deux facteurs majeurs : l’offre et la demande. Ces 2 facteurs déterminent ce qui s’achète et ce qui se vend et pour combien. Qualitativement, la demande représente les désirs et besoins des consommateurs dans une économie. L’offre représente les efforts des firmes à réaliser du profit pour la demande existante. Au plus forte est la demande pour un produit, au plus fort sera le profit potentiel résultant en une compétition entre fournisseurs afin de satisfaire la demande pour le produit. Si il n’y a pas de demande pour un produit donné, il n’y aura pas d’offre car les firmes ne pourront pas réaliser de profit.
La conclusion la plus importante à tirer des simples faits économiques énoncés ci-dessus est que la demande crée l’offre. Les firmes de marketing peuvent aider un produit à réaliser sa demande potentielle, mais elles ne peuvent pas créer la demande.[1]
Puisque la demande crée l’offre, si nous nous concentrons au changement de la demande, nous pouvons changer l’offre. Mais l’inverse est faux : nous ne pouvons changer la demande en nous concentrant sur l’offre.
Par exemple, la mayonnaise Hellmann® a récemment annoncé qu’elle utiliserait désormais des œufs « au sol » dans sa mayonnaise light. Dans une discussion par rapport à ce changement avec des avocats de la cause animale, j’ai suggéré que si les grandes organisations de bien-être animal insistaient à s’engager dans des campagnes ciblées (car de telles compagnes sont un bon moyen de récolter des fonds), elles pourraient au moins s’engager dans un plaidoyer animal légitime pour faire campagne pour des alternatives vegan dans les restaurants et produits de marque.
Cependant, le problème avec ce genre de campagnes ciblées orientées vegan, c’est qu’elles sont un plaidoyer du côté de l’offre. Pour utiliser l’exemple ci-dessus, assumons que Hellmann® ait développé une mayonnaise vegan pour être en compétition avec Veganaise® et Nayonaise®. C’est seulement si il y a suffisamment de demande que ce sera rentable pour Hellmann® de maintenir ce produit sur le marché et de le développer par après. Si il n’y a pas assez de demande, le produit vegan ne sera pas suffisamment rentable et Hellmann® laissera tomber le produit vegan. Le marché, les dirigeants et les actionnaires s’en fichent de ce qui se vend (ex : produits animaux ou produits vegan), ca leur importe juste que le produit ou  service se vende, par exemple : qu’il y ait une demande pour ce produit.
Alors qu’est-ce que ça veut dire pour le plaidoyer animal ? Cela implique forcément que nous devons concentrer virtuellement 100% de notre temps et énergie à augmenter la demande pour les alternatives vegan pour remplacer les produits animaux. La seule manière de faire ça est par l’éducation vegan ; c’est-à-dire, informer les gens sur les raisons pour lesquelles elles devraient devenir vegan et comment le devenir. En créant plus de demande pour des produits vegan via l’éducation, les fournisseurs y répondront en s’adaptant à cette nouvelle demande.
Il ne peut jamais y avoir assez d’éducation vegan. Les nouveaux produits vegan peuvent être retirés des rayons à cause d’un manque de demande ; mais les gens, une fois solidement convaincus que les animaux sont des personnes qui doivent être inclus dans la communauté morale, et une fois éduqués sur la manière d’être vegan, resteront vegan toute leur vie et influenceront les autres, augmentant alors la demande.

Actions pour le bien-être animal contre plaidoyer vegan
Il est incorrect d’appeler « plaidoyer » les actions de réforme du bien-être animal parce qu’un tel paradigme ainsi que les actions en résultant encouragent les gens à continuer de consommer des produits animaux. Le paradigme du bien-être et ses actions sont non seulement neutres et inefficaces ; elles sont dangereuses et contreproductives. A première vue, les actions welfaristes semblent réduire la violence et la souffrance pendant leur mise en valeur temporaire des symptômes du spécisme. Mais sous la surface, le mode de pensée welfariste est lui-même le coeur du problème de l’exploitation. Tous les exploitants d’animaux, quasi sans exception, « prennent très sérieusement en compte le bien-être animal ». C’est parce que la philosophie du bien-être animal accepte, comme principe de base et fondamental, que les animaux non-humains sont là pour être exploités.
L’action welfariste, du à son inefficacité inhérente et son soutien envers l’exploitation animale et l’abattage, aussi bien théoriquement qu’en pratique, est la promotion active de la violence.
Le plaidoyer vegan rejette intrinsèquement toute exploitation animale et la promotion de la violence. Un tel rejet est le cœur du plaidoyer vegan, et est le seul plaidoyer pour les animaux nonhumains.

4 types d’actions

Ci-dessous se trouvent 4 types d’actions séparées selon le fait qu’elles concernent l’offre ou la demande, et si elles sont vegan ou welfaristes.



Les actions de Type 4 sont des actions welfaristes au niveau de l’offre. Elles génèrent la majorité des revenus des grands groupes welfaristes comme PETA et HSUS, ce qui est une des raisons pour laquelle elles sont si habituelles et populaires du point de vue des groupes welfaristes. Elles sont contreproductives car elles encouragent indirectement la consommation de produits animaux. Elles drainent également les ressources des actions vegan niveau demande.

Des exemples d’action de type 4 : ce sont les campagnes ciblées welfaristes, les campagnes de loi sur le bien-être, les campagnes de réforme du bien-être, les campagnes pour un abattage sous atmosphère contrôlée et pour les œufs « au sol », les campagnes pour les cages de grossesse, et les campagnes d’interdiction du foie gras.

Les actions de Type 3 sont des actions welfaristes au niveau de la demande. Elles sont contreproductives car elles encouragent directement la consommation de produits animaux, augmente la demande pour les produits animaux, diminue la demande pour les produits vegan et drainent les ressources des actions vegan niveau demande. 

Des exemples d’action de type 3 sont l’encouragement et le cautionnement de « viande heureuse » et la consommation d’œufs « au sol » ou « plein air ». Un exemple classique de déclaration de type 3 est : « Si vous voulez absolument en manger, au moins choisissez des œufs « au sol » ou « plein air ». Si nous ne dirions pas : « Si vous comptez quand-même tuer ou violer, au moins ne frappez pas la victime autant de fois que vous le feriez normalement », alors nous ne devrions pas dire ce genre de choses par rapport à la consommation de produits animaux. Le silence vaut mieux que des déclarations de type 3.

Les actions de Type 2 sont des actions vegan niveau offre. A part si vous êtes propriétaire d’une entreprise vegan, ces actions font peu ou rien pour diminuer la demande de produits animaux ou pour augmenter la demande de produits vegan. Etre gérant d’une entreprise vegan est une excellent action de plaidoyer. Toutes les autres actions vegan niveau offre, bien que pas nécessairement contreproductives, drainent des ressources des actions vegan niveau demande, et la plupart du temps (comme les campagnes anti-fourrure), sont contreproductives car elles encouragent le spécisme à cause de leur exposition limitée du problème.

Des exemples d’action de Type 2 sont : demander des produits vegan chez les grossistes et dans les restaurants (comme outil de plaidoyer ; pas parce que vous souhaitez simplement un certain produit) ; les campagnes pour des produits vegan (par ex : faire campagne pour Hellmann® pour qu’il développe et mette sur le marché une mayonnaise vegan) ; être propriétaire et diriger un restaurant vegan (encore une fois, très bonne forme de plaidoyer, en grande partie car il inclut les actions de Type 1) ; développement de produits vegan ; campagnes ciblées d’élimination (spécistes et complètement inutiles à moins qu’on ait éliminé la demande).

Les actions de Type 1 sont des actions vegan niveau demande. Elles diminuent la demande de produits animaux tout en augmentent simultanément la demande de produits vegan. Grâce à leur travail sur la demande et l’éducation vegan, les actions vegan niveau demande sont les seules actions capables d’éventuellement abolir l’exploitation animale. 

Des exemples d’action de Type 1 sont : l’éducation vegan (expliquer pourquoi et comment devenir vegan à l’aide de divers médias et opportunités) ; l’éducation abolitionniste (expliquer les similitudes juridiques ainsi que les nombreuses autres entre l’esclavagisme humain pur et simple et l’esclavagisme moderne des nonhumains) ; blogs de cuisine vegan et cours de cuisine ; éduquer les collègues défenseurs et autres par rapport aux problèmes avec le welfarisme et les campagnes ciblées.

Important: A moins de diriger un commerce vegan (qui est principalement une action niveau offre), nous devrions passer entre 97% et 100% de notre temps consacré au plaidoyer animal à des actions de Type 1, actions vegan niveau demande et le reste du temps, si on en a, à des actions vegan niveau offre, de type 2. Nous devrions toujours rester totalement à l’écart des actions néfastes welfaristes de Type 3 et 4.
Les actions welfaristes sont populaires car elles acceptent la croyance violente et spéciste de notre société que les animaux nonhumains sont là pour qu’on les exploite et qu’on les tue, mais elles sont contreproductives car en acceptant cela, elles promeuvent et renforcent cette croyance. Les actions welfaristes font partie d’un cercle vicieux.
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Note:

[1] Les entreprises de marketing sont dans le business de la réalisation de la demande potentielle de produits, mais les réalisations qu’elles sont capables de générer consistent à rendre le consommateur attentif à un certain produit ou service à l’aide de méthodes psychologiques variées de stimulation de l’intérêt potentiel du consommateur pour ce produit. La commercialisation d’un produit peut seulement remplir la demande potentielle d’un produit ; elle ne peut créer la demande. Nous pouvons commercialiser un produit ou service fortement indésirable de la manière que l’on veut, mais si le produit n’a pas de demande à la base, il ne se vendra pas.

jeudi 1 décembre 2011

[Traduction] Cueillir le fruit à portée de main : Qu’est-ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées ?

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Picking the Low-Hanging Fruit: What Is Wrong with Single Issue Campaigns? ")

 

Introduction


Une campagne ciblée (ici référencée en tant que « CC » ou « campagne ») peut être de 2 types différents : les campagnes orientées bien-être animal (welfarisme) et les campagnes orientées élimination. Les CC peuvent également être de courte durée ou être la mission entière d’une organisation durant toute sa durée de vie. La différence principale entre les deux est que les CC orientées bien-être se concentrent sur la simple réforme d’une industrie d’exploitation, alors que les CC orientées élimination se concentrent sur l’élimination entière d’une industrie d’exploitation. Puisque certaines industries ne sont que de simples filiales d’industries plus larges (par exemple l’industrie du foie-gras est une filiale de l’industrie de l’agriculture animale), certaines CC peuvent être des CC orientées élimination contre une filiale, tout en étant une sorte de CC orientée bien-être en regard de l’industrie principale.

Les campagnes ciblées orientées bien-être animal.

Les CC orientées bien-être sont le noyau dur du business et le cycle de revenus de presque tous les grands groupes de bien-être animal (welfaristes). Les grands groupes welfaristes, comme PETA, anticipent et sélectionnent ce qu’ils considèrent comme une cible gagnable – souvent dans un domaine pour lequel l’industrie est de toute façon prête à passer au changement ciblé pour des raisons de profit – et génèrent des campagnes de donation et de relations publiques pour « encourager » l’industrie à effectuer ce changement quelques mois ou quelques années plus tôt que ce qu’ils auraient effectué sans l’insistance du groupe welfariste.

Bien entendu, lorsque les CC sont présentées aux donateurs, les groupes welfariste dramatisent la résistance de l’industrie aux changements proposés pour justifier un appel aux armes immédiat sous la forme d’un « envoyez-nous MAINTENANT votre argent ou nous perdrons cette campagne !! ». Ce que les groupes welfaristes soit minimisent, soit ne mentionnent pas aux donateurs, sont les négociations avec l’exploitant animal ciblé, qui soulignent généralement à l’exploitant la manière dont la campagne peut être une situation « win-win » pour le groupe welfariste et l’exploitant si l’exploitant laissera finalement la « victoire » au groupe welfariste. Donc le décor est planté, les volontaires (qui sont également généralement dans le brouillard par rapport aux gains engrangés et au partenariat industrie-groupe welfariste) sont mobilisés, et l’argent coule à flot pour l’organisation welfariste et dans les poches de ses responsables sous forme de jolis salaires et bonus.

Après des semaines ou des mois de campagne, la plupart du temps effectuée par des membres du staff moins payés et un petit régiment de volontaires, la compagnie exploitante ciblée : 1) a affiché une « résistance » adéquate 2) a couté aux donateurs du groupe welfariste pas mal d’argent et a couté pas mal d’énergie et de temps aux volontaires et 3) calcule que ce serait le moment profitable optimal pour « céder face à la pression » et marquer son accord face aux demandes du groupe welfariste pour le win-win auquel aspire le partenariat welfariste-industrie. Le groupe welfariste (par ex PETA) a reçu son lot de donations, peut crier « VICTOIRE !!! » à ses donateurs et au public aussi fort que possible, et obtient un futur statut de « chien de garde » de l’industrie aux yeux de ses donateurs. L’exploitant visé obtient une pub gratuite et une promo par le groupe welfariste dans un « tout est bien qui finit bien ». Pendant ce temps, n’importe quel coût subi par l’exploitant ciblé est plus que compensé par la bonne volonté publique générée par le groupe welfariste et le fait que le changement ciblé est presque toujours un avantage stratégique à long-terme pour l’exploitant, qui se serait de toute façon produit, peu importe les campagnes le pressant de le faire.

Les campagnes ciblées orientées élimination.


Comme décrit ci-dessus, les CC orientées élimination diffèrent principalement des CC de bien-être dans le sens où elles ciblent une industrie plutôt qu’une pratique dans cette industrie. Généralement, l’industrie ciblée est une filiale d’une grande industrie principale. Par exemple, la course de chiens, la course de chevaux, les combats de chiens et combats de coqs sont des filiales de l’industrie principale des animaux de divertissement. L’industrie du foie-gras est une filiale de l’industrie principale de l'agriculture animale. L’industrie du phoque est aussi bien une filiale de l’industrie de la chasse et de la pêche que de l’industrie de l’agriculture animale.

Beaucoup des mêmes groupes welfaristes qui se spécialisent dans les CC de bien-être s’engagent également dans des CC d’élimination. Bien que les CC d’élimination peuvent être très rentables pour la plupart des groupes qui s’y engagent, elles ne sont pas aussi rentables que les campagnes de bien-être car la plupart du temps l’opportunité « win-win » avec l’industrie ciblée est diminuée ou entièrement perdue. Dans les campagnes d’élimination – avec une grosse exception expliquée dans le paragraphe suivant --, il n’y a pas de négociation avec l’exploitant ciblé. Néanmoins, des organisations entières fonctionnent financièrement grâce aux campagnes d’élimination et de telles campagnes peuvent être très lucratives sans forcément changer l’attitude morale de la société vis-à-vis des animaux, si pas du tout. La fourrure va et vient niveau mode, le massacre des phoques est plus ou moins banal, mais en général les attitudes morales envers les animaux changent très peu. En fait, lorsque ces industries subsidiaires ont un « regain », elles l’ont souvent avec énormément de succès, tel que l’industrie de la  fourrure, du veau et des phoques en ont eu dans la première partie du 21e siècle.

La grosse exception mentionnée dans le paragraphe précédent est la pseudo-campagne d’élimination qu’on présente au public en tant que « campagne d’élimination », mais qui est en réalité une législation proposée, négociée avec l’exploitant ciblé et les lobbyistes de l’exploitant et les politiciens pour « interdire » une certaine pratique avec une période de grâce de quelques années qui permettront à l’exploitant de continuer l’abus en question et d’inventer des pratiques alternatives (par ex : des réformes de bien-être) pour garder en vie l’industrie. L’exemple classique de phénomène est l’ « interdiction » californienne sur la production de foie gras à dater de 2012 (si elle n’est pas contournée d’ici là par des nouvelles méthodes de production de foie gras). (Voir : Part II. B. 3. in this Duke Law School link for more information on the so-called "ban" in California. )

Les problèmes des campagnes ciblées.

Bien qu’il soit compréhensible, d’un point de vue croissance économique ou business, que les groupes welfaristes s’engagent dans des CC (les CC sont d’excellents moyens de générer des fonds comme expliqué plus haut), il y a quelques problèmes avec les CC qui sont fatals du point de vue d’un quelconque changement significatif, durable dans l’attitude morale de la société envers les êtres non-humains.

Cueillir le fruit à portée de main.

De façon pratique, l’un des plus grands problèmes avec les CC est qu’elles concentrent la majeure partie de  l’argent, du temps et de l’énergie du mouvement des droits des animaux sur les alentours (le « fruit ») de l’arbre de l’abus et de l’exploitation animale tout en ignorant les racines, le tronc et la sève de l’exploitation. Les parties spécifiques des alentours sur lesquelles on se concentre sont perçues comme étant (mais ne le sont pas nécessairement) les abus les plus énormes.

Les nouveaux welfaristes (ex : ceux qui supportent les CC et réformes de bien-être comme moyen d’abolir la cruauté animale) appellent ironiquement ces énormes abus « le fruit à portée de main » car le public est généralement d’accord avec les groupes welfaristes par rapport à ces problèmes. Je dis que l’appellation « fruit à portée de main » est ironique car elle aide également à expliquer pourquoi les CC (ex : cueillir le fruit à portée de main)  sont tellement inefficaces pour changer la société.

Premièrement, l’unique raison pour laquelle les fruits sont « à portée de main » est précisément parce que la plupart de la société est déjà d’accord avec le fait d’éliminer ces pratiques. « A portée de main » est synonyme de « suivre le mouvement » ou « accepter le statut quo ». Deuxièmement, quelle est la nature du « fruit » ? Il est doux et il réapparait sur l’arbre de l’exploitation animale. Cueillir le fruit à portée de main (par ex : sponsoriser les CC) est agréable parce que ça sympathise le public général envers les organisations welfaristes, remplit les coffres des organisations, et permet à l’organisation de crier « victoire » de manière régulière. Et comme ces problèmes/ « victoires » sont un fruit métaphorique, les problèmes ressurgissent après quelques années, fournissant une source inépuisable de fruit pour le futur tout en ne touchant pas du tout à l’arbre de l’exploitation et de la cruauté.

Donc, les millions de dollars qui sont investis dans le mouvement animal sont utilisés pour cueillir le « fruit » facile, financièrement lucratif, de l’arbre de l’exploitation animale au lieu d’être utilisés pour abattre l’arbre. Plus tard dans cet essai, je parlerai de l’abattage de l’arbre, mais pour l’instant, j’aimerai discuter de deux autres problèmes des CC et de « l’activisme côté-offre ».

Libre-échange global

Nous vivons dans un monde ou la globalisation dans le libre-échange est bien présente et en augmentation. Vu les bénéfices économiques du libre-échange global, il est hautement improbable que cette tendance s’estompe ou s’inverse. Les implications d’un tel commerce international libre sont que si on rend illégale une pratique d’une industrie dans une ville, état ou pays, les exploitants d’animaux s’installeront simplement dans un état ou pays moins restrictif et exportera ses produits là où se trouve la demande. Puisque la demande a bien plus d’influence sur l’offre qu’inversement (ex : le client est toujours roi), ça n’a jamais vraiment été financièrement efficace de se concentrer sur la limitation des fournisseurs en premier lieu, sauf peut-être pour les attaquer pour publicité mensongère. Dans une économie globale, où un fournisseur peut facilement s’installer dans un état ou pays moins restrictif, il est devenu tout simplement absurde de concentrer les changements sociaux sur les fournisseurs.

Mais aussi absurde qu’il soit de se concentrer sur les fournisseurs dans une économie globale, c’est exactement ce que font les CC, surtout les CC de bien-être et les CC se concentrant sur les marchandises exportables. Si nous éliminons l’abattage des chevaux aux Etats-Unis, les exploitants vont simplement envoyer les chevaux par bateau vers le Mexique et les abattre là-bas. Si nous éliminons les cages de ponte aux Etats-Unis ou en Australie, les fournisseurs vont simplement déménager leurs cages au Mexique ou un autre pays européen, plus souple, et renvoyer les œufs vers les pays plus restrictifs.

Donc, les CC se concentrant sur la réforme ou l’élimination de la production de marchandises exportables (ex : CC sur les cages de ponte, les couvoirs, et l’abattage par étouffement) sans changer la demande pour de telles marchandises, peuvent enrichir des organisations welfaristes, car les donateurs ont été trompé en donnant leur argent pour de telles campagnes, mais ces CC sont vouées à échouer dans le changement de l’attitude de la société et son comportement si la demande n’est pas ciblée. Nous devons concentrer les ressources du mouvement des droits des animaux pour changer la demande.

Les CC entretiennent le spécisme.

Le troisième problème avec les CC est que, si elles ne demandent pas la fin de TOUTE l’exploitation animale et ses abus, elles entretiennent le spécisme. Les CC font cela en suggérant, via le silence par rapport à d’autres formes d’exploitation, que les formes d’exploitation autre que celle sur laquelle se concentre la CC sont soit pas aussi importantes ou pas importantes. Les CC peuvent éviter ce problème en faisant passer un message clair et central que TOUTE l’exploitation animale est immorale et doit être abolie, mais elles ne mentionnent presque jamais les autres formes, et ne les rendent encore moins centrales.

Donc, dans la mesure où on se concentre sur l’horreur qu’est l’achat de la fourrure, mais ignorons l’horreur qu’est l’achat de cuir ou d’œufs, nous sous-entendons que seule la fourrure est le problème. Quand on se concentre sur les veaux, comme l’a fait le mouvement dans les années 80 et 90, nous sous-entendons que la consommation de produits laitiers est ok, même si l’industrie de veau n’est rien de plus qu’un sous-produit de l’industrie laitière.

Les promoteurs de CC pourraient être en désaccord car mentionner toutes les autres formes d’exploitation ou même les formes liées (comme le lien veau - produits laitiers) pourrait avoir comme résultat une résistance du public envers cette campagne. Ce qu’on implique ici est que le groupe welfariste ne recevra pas de dons ni la sympathie du public. Et bien, tant que nous insisterons pour pacifier le public au lieu d’éduquer le public, nous n’irons nulle part. Nous ne voulons pas offenser le public car nous ne pouvons pas éduquer les gens si ils sont fâchés avec nous, mais nous devons trouver des moyens créatifs et intelligents pour faire passer notre message plutôt que de dire aux gens ce qu’ils savent déjà et acceptent.

La solution : attaquer le tronc; abattre l’arbre.

Les racines, le tronc, et au moins 97% (en nombres tués) de toute l’exploitation animale provient de l’agriculture animale et est directement due au fait que si peu de gens soient vegans. Les 3% restant de l’exploitation animale sont l’expérimentation, la chasse, les rodeos, les zoos, les cirques et la fourrure. Donc, que fait le « mouvement de protection animale » ? L’opposé de ce qui est logique. Au lieu de concentrer 97% de ses efforts sur l’éducation vegan, le « mouvement de protection animale » concentre 97% de ses efforts, via des campagnes ciblées, sur des réformes de bien-être et à essayer de réduire ou éliminer les 3 autres pourcents. Les 3% restant des efforts du « mouvement de protection animale » (en temps et argent) suggèrent tout bas du bout des lèvres de devenir vegan.

Nous devons inverser tout ça si nous voulons que les animaux cessent de vivre dans un enfer perpétuel et infini. Nous devons concentrer au moins 97% (préférablement 100%) de nos efforts sur l’éducation végane. Etre vegan n’est pas difficile. La nourriture est délicieuse et nourrissante de façon optimale.

Cependant, aussi délicieuse que soit la nourriture vegan, le plus important est que les animaux que nous abattons pour notre plaisir gustatif sont tout comme nous. Ils connaissent les mêmes plaisirs, mêmes douleurs, et désirs de confort et sécurité que nous. La seule différence est qu’ils n’utilisent pas de langage parlé ou écrit ou des symboles de pensées et de communication (ce qui n’implique PAS qu’ils ne communiquent pas efficacement de manière non-verbale) et cette différence de communication écrite ou parlée est complètement non-pertinente par rapport à la question morale de l’utilisation qu’on fait d’eux.

Compte tenu de nos similitudes et de notre parenté avec les animaux, ce que nous leur faisons et l’envergure de ce que nous leur faisons (53 milliards annuellement, dans le monde) est une atrocité pire que toute atrocité jamais commise par les humains dans l’histoire de notre espèce. Nous devons nous réveiller de ce coma moral en tant qu’individus et en tant que société.

L’essence de notre réveil de ce coma moral est de devenir vegan et de s’engager dans l’éducation végane. L’éducation végane implique tout, depuis les programmes à grande échelle sponsorisés et payés par nos plus grands groupes jusqu’à parler individuellement aux gens du véganisme durant notre vie. Nous devons mettre un terme au relativisme moral et à la timidité à tout niveau de notre action de sensibilité, sans être agressif ou ennuyeux. Nous devons promouvoir le véganisme sans ces espèces de publicités embarrassantes pour lesquelles PETA est bien connu. Quand le sujet du véganisme apparait, nous devons être honnête et sans équivoque dans notre contribution à ce sujet, ce qui revient à dire que nous voyons l’abattage d’animaux innocents tout aussi immoral que l’abattage d’humains innocents. Si les gens sont offensés par la comparaison animal-humain, c’est parce qu’ils sont les victimes d’une culture sociale énormément spéciste et acceptent l’anthropocentrisme comme dogme incontesté. Nous devons contester le dogme. Il faut que nous amenons soigneusement les gens à se questionner et à réfléchir à l’idée que les êtres non-humains sensibles sont identiques aux humains, quelles différences il y a, et qu’est-ce qui est moralement pertinent : les similitudes ou les différences. Si nous prenons une position impartiale, objective, il est flagrant que les similitudes sont moralement pertinentes et que les différences sont totalement non-pertinentes.

Pour plus d’information sur l’éducation vegan, cet essai est un bon départ.

[Traduction] Campagnes ciblées, spécisme et compartimentation.

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Single Issue Campaigns, Speciesism, and Compartmentalization ")
  
Compartimentation spéciste

 

La compartimentation est la séparation de personnes (incluant les personnes nonhumaines), choses, idées, attitudes, ou comportements en catégories ou compartiments. Parfois il est rationnel de compartimenter (par exemple en biologie) ; d’autres fois il est irrationnel de compartimenter (par exemple pour la race ou préjugé des espèces)

Le spécisme (comme le racisme, sexisme et hétérosexisme) est le préjugé irrationnel consistant à favoriser une ou plusieurs espèces par rapport à d’autres espèces sans une caractéristique moralement pertinente pouvant le justifier. Du point de vue de l’irrationnel, le préjugé injustifié ignorant la caractéristique moralement pertinente de l’intelligence pour empêcher certaines classes d’humains d’obtenir une éducation, est le même que celui consistant à ignorer les caractéristiques moralement pertinentes de la sentience afin d’exploiter et de tuer des animaux nonhumains pour la nourriture, l’habillement, la recherche et le divertissement (aucunement nécessaires). Le spécisme est une forme de compartimentation irrationnelle et préjugée.

Un exemple de compartimentation spéciste est lorsque nous caressons et aimons un chien alors que le corps entier d’un cochon est occupé de tourner au-dessus d’un feu. Pourquoi est-ce que ce n’est pas l’inverse ? Mieux encore, pourquoi est-ce que nous ne caressons et n’aimons pas le chien ET le cochon ?

D’autres exemple de compartimentation spéciste sont les campagnes ciblées. Pourquoi est-ce que nous protestons et écrivons des « lettres ouvertes » pour la fourrure, mais ignorons le cuir ? Pourquoi est-ce nous partons en croisade contre la « chasse » au phoque, la « chasse » aux oiseaux et la chasse en battue mais gardons le silence sur la pêche et tant d’autres « chasses » (toutes aussi cruelles, à sens-unique et lâches) ?

Puisque les campagnes ciblées elles-mêmes sont des cas de compartimentation spéciste, de telles campagnes renforcent logiquement la compartimentation préjugée. Juste à cause de ça, nous devrions les éviter. Si nous insistons pour protester contre un cirque animal ou un magasin de fourrure, nous devrions placer l’éducation du véganisme au centre et en premier plan de cette manifestation. Si nous écrivons une « lettre ouverte » à Johnny Weir, cela devrait être une lettre ouverte plaidant pour le véganisme et pour le rejet de l’exploitation de tous les animaux, pas seulement les mignons à fourrure.

Maladies et symptômes.


Les campagnes ciblées, en plus d’être contreproductives en renforçant fortement la compartimentation spéciste et en rendant le public confus (la plupart du « public » remarque cette inconsistance mieux que les activistes eux-mêmes), sont inutiles dans le sens où elles s’attaquent aux symptômes du spécisme sans s’attaquer à la maladie elle-même du spécisme. De là, les campagnes ciblées, quand elles sont les « plus efficaces » (une scène pathétique), servent de soulagement temporaire à l’un des nombreux symptômes du spécisme. Dès que la campagne est terminée, les choses redeviennent « comme avant » parce qu’il n’y a jamais eu aucun traitement de la maladie rampante du spécisme.

La seule manière de combattre le spécisme en tant que maladie est par une éducation vegan. Lorsque les gens prennent les intérêts des animaux assez sérieusement pour se diriger vers le veganisme, le spécisme a au moins été majoritairement éliminé dans leur cas, et ils ne contribuent plus aux milliers de variétés des symptômes. Pour utiliser une métaphore que j’ai employé dans un essai bien plus compréhensible sur les campagnes ciblées, Cueillir le fruit à portée de main : Qu’est-ce qui ne va pas avec les campagnes ciblées ?, l’arbre du spécisme a été coupé à sa base chez les vegans et il ne produira plus de « fruits à portée de main » que les campagnes ciblées attaquent : fourrure, foie gras, aller au cirque à animaux, aller au zoo, etc…

Deux changements de paradigme.


Il  y a deux changements de paradigme que les gens expérimentent, chacun d’eux réduisant le spécisme : premièrement, accepter le veganisme ; deuxièmement, accepter les principes abolitionnistes. Accepter le veganisme signifie rejeter le spécisme de par son attitude, sa manière de penser, sa manière de s’exprimer et son comportement. Au minimum, c’est éviter l’exploitation des animaux et l’utilisation de produits animaux dans sa vie. Accepter les principes abolitionnistes signifie le rejet des campagnes ciblées et welfaristes et son engagement dans l’éducation vegan à la place. Le veganisme est la manifestation personnelle d’un engagement à éliminer les préjudices spécistes et à prendre sérieusement en compte  les intérêts des animaux. L’abolitionnisme est la manifestation publique et politique d’un engagement à éliminer les préjudices spécistes et à prendre sérieusement en compte les intérêts des animaux