lundi 13 février 2012

[Traduction] Esclavagisme légal au 21e siècle

 (Traduction de l'essai de Dan Cudahy, "Legal Slavery in the 21st Century", par Laura)

Tout bien-être animal a été une préoccupation de beaucoup de civilisations à travers l'histoire du monde, ses débuts dans la civilisation moderne remonte au début du 19éme siècle en Grande-Bretagne avec le philosophie utilitariste Jeremy Bentham et l'implantation de la Royale Society for the Prevention of Cruelty to Animals en 1824. Depuis lors, il y a eu des milliers d'organisations de bien-être animal créées, d'innombrables tentatives et des milliards de dollars utilisées pour faire passer des lois et des règlements pour protéger les animaux non-humains de la "cruauté non-nécessaire"

En 1975, le philosophe utilitariste de l'acte Peter Singer rajeuni les 150 ans du mouvement pour le bien-être animal avec son livre Animal Liberation qui oppose les différences flagrantes et souvent extrêmes entre les interdictions de bien-être animal contre les actes de cruauté "inutiles" ou "gratuits" et la dure réalité de la routine, systématique, cruautés infligées a des dizaines de millions d'animaux annuellement dans l'agriculture et des millions d'animaux dans l'expérimentation, le divertissement et la mode. Animal Liberation est un appel à prendre le bien-être animal - la réglementation de l'exploitation animale industrialisée - au sérieux.

Dans les 35 années qui ont passées après qu'Animal Liberation ait été publié, des organisations comme People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) ont cherché à diminuer cet écart énorme entre les objectifs de bien-être animal et la réalité de la cruauté "inutile et gratuite" si omniprésente dans notre utilisation des animaux non-humains. Leur approche combine des campagnes pour diverses mesures welfaristes avec une tentative d'encourager la réduction de la consommation de produits d'origine animale. Jusque là, les résultats de ces efforts ont été dévastateurs. De 1975 à 2007, la consommation de viande dans les Etats-Unis a augmenté de 178 à 222 pounds par personne; une augmentation de 25%. Durant ces années, aucune loi néo-welfariste signifiante a été créée, encore moins appliquée, et ce sont d'innombrables vidéos et et témoignages de violations courantes des lois existantes.
Nous torturons et tuons plus d'animaux dans les plus horribles conditions que jamais dans l'histoire humaine.

Le Problème : Les animaux en tant que propriétés et produits.

Les animaux non-humains sont légalement des propriétés et des produits économiques. Comme une question de la théorie juridique et la pratique, les propriétaires de biens sont protégés par les droits de propriété, qui sont parmi les plus solides des droits du droit anglo-américain; alors que les animaux non-humains considérés comme des produits économiques sont en apparence protégés par les lois de bien-être, qui sont fréquemment violées et rarement appliquées.

Dans son livre publié en 1995 "Animals Property, and the Law", le juriste et philosophe Gary Francione appelle cette approche de la protection animale le welfarisme légal, dont Francione identifie les quatre "composants basiques et interdépendants." (APL, p.26)
    Le welfarisme légal maintient que les animaux sont des propriétés. 
    Ce statut de propriété justifie le traitement des animaux exclusivement à des fins humains. 
    L'utilisation des animaux est considérée comme "nécessaire" chaque fois que leur utilisation fait partie d'une institution sociale généralement acceptée. 
    La "cruauté" est définie exclusivement comme utilisation qui soit insatisfaisante ou ne facilitant pas l'exploitation animale.
Parce que les animaux non-humains ne sont pas seulement la propriété des humains, mais également des commodités économique, le coût-efficacité dans l'élevage et les abattoirs est considéré comme un des plus importants facteurs lorsqu'il s'agit de déterminer les pratiques qui facilite l'exploitation. C'est à dire, si une pratique industrielle, peu importe qu'elle soit cruelle, réduit le coût de production, une telle pratique est pleinement autorisée et protégée par les droits de propriété juridique des propriétaires.

La conséquence du welfarisme juridique est que nous considérons important le moindre intérêt économique des propriétaires, qui nous protège avec des droits puissant, mais jamais l'intérêt crucial des animaux non-humains, qui est protégé par aucun droit. Etant donné l'énorme pression de compétitivité économique de produire des produits d'origine animale moins cher pour une demande public sans cesse croissante, il n'est pas étonnant que l'approche du welfarisme juridique dans la protection animale de notre société ait échoué misérablement pour protéger les animaux non-humains d'une cruauté extrême. Et ce n'est pas étonnant que le mouvement du bien-être animal (welfarisme) n'a été capable de créer aucun changement significatif.

La Solution : Etre Honnête à propos du Sens de "Nécessaire"

Il y a seulement une façon de réduire la vaste quantité et sévérité de la cruauté infligée aux animaux par la main de l'humain, et cela est de changer notre concept du mot "nécessaire". En direct opposition à la définition décrite plus haut du légal welfarisme, cela est beaucoup plus honnête définition rejette l'idée que nous avons besoin d'exploiter les animaux pour tout, étant donné les alternative à l’exploitation animale dans tous les domaines, pour ne pas mentionner les bénéfices de l'aspect alimentaire du véganisme pour notre santé et l'environnement. Cette fondation cruciale - la volonté d'accepter le fait que nous n'avons pas besoin d'exploiter les animaux pour tout - facilite une nouvelle compréhension :

    rejette le statut de propriété des animaux et donc rejeter le statut moral traditionnel des animaux en tant que "choses" ou commodités économiques. 
    voir les animaux en tant que personnes de la communauté morale. 
    demande le véganisme personnel en tant que base moral de tout mouvement qui appelle à prendre les intérêts des animaux au sérieux.

Les animaux non-humains sont seulement une vaste majorité de nous dans tous les sens moralement pertinent. Et même dans des différences
irrelevantes - tel que le concept d'intelligence - ils surpassent les nourrissons et beaucoup d'humains handicapés mentaux. Beaucoup de personnes qui ont vécus avec des animaux peuvent confirmer qu'ils sont capables de ressentir la peur terrifiante, une douleur atroce, la solitude extrême, d'ennui fastidieuse, la frustration, le plaisir, la joie, la joie, la curiosité, la satisfaction, le confort, l'amitié, et, apparemment, même l'amour.

Même s'il est vrai que les non-humains peuvent manquer de la capacité à imaginer le concept de la mort tel qu'elle est comprise par un adulte humain d'une intelligence moyenne, il est douloureusement évident qu'ils ont un énorme intérêt à continuer de vivre, et de vivre une vie satisfaisante. C'est ce qui ressort pas seulement par l'évidence de leur sentience et vie émotionnelle, mais par la manière qu'ils luttent désespérément pour échapper à la mort et rester en vie, ils sont souvent même capable de ronger leurs propres membres pour échapper à un piège.

C'est notre spécisme qui nous amène à ignorer les caractéristiques des personnes non-humains qui donnent lieu à la plupart des droits basiques de toute personne humaine, incluant les nourrissons et les handicapés mentaux.
Le spécisme est un préjudice d'exclusion presque identique au racisme et au sexisme qui dénient l'importance des caractéristiques morales pertinentes afin d'opprimer ces autres. La seule manière de se libérer d'un tel spécisme est de prendre les intérêts cruciaux des animaux au sérieux et d'adopter le véganisme comme un impératif moral.

Aussi sûrement que les abolitionnistes du passé savaient que ni un homme ni une femme pouvait être considéré par une propriété par quelqu'un d'autre, les abolitionnistes d'aujourd'hui considèrent que le statut légal de propriété des animaux se trouve dans le fait de ne leur avoir jamais accordé de droit réel ou de protection, encore moins d'accorder la liberté de vivre accordée à leurs propres besoins et désirs.

Adopter le véganisme est simplement la réponse logique à la compréhension de la vérité qu'aucun être sentient - humains ou non - devrait être utiliser uniquement en tant que moyen d'avoir du plaisir, confort ou en commodité de quelqu'un d'autre.

Promouvoir le véganisme est la seule manière pour les animaux d'atteindre des droits fondamentaux de protection de leurs propres intérêts cruciaux et la seule manière de mettre fin à l'esclavage juridiquement sanctionnée qu'est la fondation de l'exploitation animale.

------------------------------

Merci à Laura pour la traduction.

vendredi 27 janvier 2012

[Traduction] Ignorance rationnelle et irrationalité rationnelle.

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Rational Ignorance and Rational Irrationality ")


Introduction


Comment se fait-il qu’autant de gens habituellement informés, intelligents, rationnels soient mal informés et épistémiquement irrationnels lorsqu’il s’agit de leur connaissance et croyances par rapport aux relations humains – non-humains, au véganisme, et aux droits des animaux ? Pourquoi est-ce que des personnes habituellement informées ne sont-elles pas au courant des atrocités dans l’agriculture animale et autres secteurs de l’utilisation animale ? Pourquoi est-ce que les défenseurs des droits des animaux entendent tant d’objections absurdes et peu plausibles aux droits des animaux et au véganisme ? Pourquoi est-ce que les meilleurs arguments contre les droits des animaux, mis en avant par des philosophes professionnels, sont simplement des exemples classiques de préjugés confirmés et de logique tourmentée ? [1]


Je crois qu’une bonne explication peut être trouvée dans deux idées générées dans le domaine de l’économie durant les dernières 60 années : l’ignorance rationnelle et irrationalité rationnelle. On trouve de nombreuses sources d’information à propos de ces deux idées, mais la ressource principale que j’ai utilisé pour cet essai est  “Why People Are Irrational about Politics” de Michael Huemer, professeur adjoint de philosophie à l’université de Colorado, Boulder. Pour ceux qui sont intéressés, un autre article intéressant sur le sujet est  “Rational Ignorance versus Rational Irrationality” par Bryan Caplan, 2001. Le but de cet essai est d’introduire ces deux idées et de les appliquer spécifiquement aux objections au véganisme et aux droits des animaux. [2]


La prévalence du désaccord


Le professeur Huemer démarre son essai sur la question en notant que le désaccord politique (ainsi que le désaccord moral et religieux) est fortement répandu, solide, et persistant. C'est-à-dire, deux personnes quelconque choisies au hasard vont probablement être en désaccord par rapport à bon nombre de sujets ; il est probable qu’elles soient persuadées d’avoir raison ; et il est peu probable que de longues discussions ou arguments rationnels les amènent à être d’accord.

Pourquoi n’avons-nous pas de désaccords si répandus, si forts, et si persistants pour des sujets comme les mathématiques ou la science ? Bien qu’il y ait des désaccords dans ces autres sujets, la fréquence, l’intensité de conviction, et la ténacité ne sont pas comparables en politique, moralité, et religion. Après cette brève introduction, le professeur Huemer considère quatre théories [2] sur les raisons pour lesquelles on trouve un désaccord si fort et persistant en politique, et conclut que bien qu’il y ait de nombreuses raisons à cela, le facteur le plus important est « l’irrationalité rationnelle » où « rationalité » dans le second terme se réfère à la rationalité instrumentale (ex : le « moyen-fin » ou le type de rationalité purement auto-intéressée à laquelle se réfère les économistes) et où « rationalité » dans le premier terme se réfère à la rationalité épistémique (ex : le type de rationalité désintéressée qui ne vise que la vérité, peu importe les implications de la vérité).


Ignorance rationnelle


La théorie économique de l’ignorance rationnelle considère que les gens choisissent souvent rationnellement de rester ignorant par rapport à un sujet car la valeur d’utilité perçue de la connaissance est faible voir même négative. Pour un exemple où la valeur d’utilité perçue est faible, considérez ce que cela vous apporterait de passer du temps et les ennuis divers pour savoir les résultats de vote spécifiques de tous les politiciens qui vous représentent. Ca ne vous apporterait pas grand-chose. Le fait est que le prochain politicien élu sera la personne pour laquelle des dizaines ou centaines de milliers de votants ont voté.


Pour un exemple où la valeur d’utilité perçue est négative, considérez ce que cela vous apporterait de savoir exactement ce qui est advenu des poules qui ont pondu les œufs que vous avez acheté ou qui ont été abattues pour votre repas aujourd’hui. Si vous avez une conscience, cela ruinera probablement le repas pour vous, et pourrait affecter la manière dont vous voyez vos habitudes culinaires en général. Dans le sens instrumental, purement auto-intéressé du mot « rationnel », il est irrationnel de vouloir savoir ce qui est advenu des êtres sentients qui furent torturés et abattus pour votre prochain repas.


Cela explique pourquoi les vegans, quand ils commencent à gentiment introduire le calvaire des animaux de ‘nourriture’ aux non-vegans, reçoivent si souvent une réponse du genre « Stop, je ne veux pas savoir ». Ce n’est pas comme si nous étions sur le point de lasser notre associé non-vegan avec les résultats de vote d’une douzaine de politiciens (une valeur d’utilité perçue basse), c’est que le non-vegan insiste pour maintenir (instrumental, auto-intéressé) l’ignorance rationnelle vis-à-vis d’une information fortement dérangeante qui pèse fortement sur certaines décisions que nous faisons environ trois fois par jour (utilité de valeur perçue négative).


Irrationalité rationnelle


De manière similaire, la théorie économique de l’irrationalité rationnelle considère qu’il est souvent rationnel, dans un sens purement auto-intéressé, économique, d’adopter des croyances épistémiquement irrationnelles car le cout des croyances épistémiquement rationnelles excède les avantages de leur adoption. Donc si j’accepte des croyances épistémiquement irrationnelles envers les droits des animaux – par exemple, que les non-humains sentients ne ressentent pas la douleur ou que leur douleur n’importe pas autant que la douleur humaine « car ils ne sont pas humains » ou que nous serons envahis de milliards de vaches, cochons, et poulets si nous arrêtons de les abattre – je ne porte aucun frais d’accepter de telles croyances absurdes.

L’irrationalité rationnelle émet deux hypothèses : 1) que les individus ont, comme l’avance Huemer « …des préférences de croyance non-épistémiques (plus connues sous le nom de ‘partis pris’). C’est-à-dire, il y a certaines choses que les gens veulent croire, pour des raisons indépendantes de la vérité de ces propositions ou à quel point elles sont appuyées par des preuves. » ; et 2) que les individus exercent un certain contrôle sur leurs croyances. Citant à nouveau Huemer, « Vu la première hypothèse, il y a un « cout » à penser rationnellement – à savoir, qu’on ne pourrait pas être amené à croire ce qu’il voudrait croire. Vu la deuxième hypothèse (et vu que les individus sont généralement rationnels instrumentalement), la plupart des gens accepteront ce cout seulement si ça leur rapport de plus grands avantages à penser rationnellement. » Puisque les individus ne perçoivent aucun bénéfice personnel à être épistémiquement rationnel à propos des droits des animaux et du véganisme, nous pouvons prédire qu’ils choisiront souvent d’être épistémiquement irrationnels par rapport aux droits des animaux et au véganisme. (Huemer tire cette conclusion seulement concernant les questions politiques en général).

Huemer souligne que certaines personnes évalueront hautement la rationalité épistémique en soi, et donc seront épistémiquement rationnels par rapport aux questions politiques (et dans notre cas ici, aux droits des animaux et au véganisme). Mais il n’y a aucune raison de penser que tout le monde (ou même la plupart des gens) auront cette préférence de valeur.


Préférences de croyances non-épistémiques (ex. partis pris)


Alors quelles sont certaines des sources spécifiques de préférences de croyances non-épistémiques (partis pris et préjugés) ? Huemer en suggère quatre, mais qualifie malgré tout les suggestions en notant qu’une réponse compréhensible exigerait une vaste étude psychologique. Je vais modifier significativement les détails des suggestions de Huemer pour les appliquer aux droits des animaux et au véganisme.


Partis-pris auto-intéressés


Du en grande partie au marketing persistant de l’industrie alimentaire, au message confus des neo-welfaristes, et au contre-mouvement anti-droits des animaux, la plupart des gens perçoivent faussement le véganisme comme étant ‘difficile’ au mieux, et au pire ont une caricature du véganisme comme un régime alimentaire consistant en une ‘nourriture de lapin’ (avec des images mentales de gens survivant à peine en mangeant des salades, concombres, et carottes). Indépendamment du fait que la nourriture végane soit délicieuse, du nombre de crasses véganes disponibles, et du nombre de substituts disponibles de nos jours pour nos produits animaux favoris, c’est au final la perception de la ‘difficulté’ qui représente un  ‘cout’ à devenir vegan. Bien entendu, au plus grande la perception de la ‘difficulté’ ; au plus grand le ‘cout’ perçu. Et au plus grand le ‘cout’ perçu ; au plus grand est la probabilité d’ignorance rationnelle et d’irrationalité rationnelle.


Croyances en tant qu’outils de cohésion sociale


La plupart des gens veulent suivre les croyances des gens qu’ils aiment et côtoient régulièrement. Bien que le véganisme devienne de plus en plus répandu et largement accepté dans la plupart des groupes sociaux, beaucoup de gens ont peur des conséquences sociales de devenir vegan. Ils peuvent redouter d’être remis en question ou même ridiculisés par rapport à leur décision. Ils peuvent redoute des situations sociales embarrassantes ou la perte d’amis. Ces peurs de conséquence sociales (peu importe si elles sont justifiées ou pas) peuvent être des motivations puissantes pour l’ignorance rationnelle et l’irrationalité rationnelle par rapport au véganisme et aux droits des animaux.


Croyances en tant que constructeurs de l’image de soi


Les gens veulent généralement adopter des croyances qui appuient l’image de soi qu’ils veulent maintenir et protéger. Si les droits des animaux et le véganisme ne répondent pas à l’image de soi préconçue pour une raison quelconque, alors l’ignorance rationnelle et l’irrationalité rationnelle par rapport aux droits des animaux et au véganisme sont susceptibles de se produire.


Partialité de cohérence


Les gens préfèrent généralement s’en tenir à des croyances qui collent bien avec leurs autres croyances. Quelqu’un qui croie en X en tant que proposition évaluative sera probablement biaisé en faveur des propositions descriptives ou autres propositions évaluatives qui appuient X. Cette tendance à préférer la cohérence peut être soit épistémiquement rationnel (impartial) ou irrationnelle (partial). Par exemple, une personne préfèrera une cohérence épistémiquement irrationnelle (biaisé) lorsqu’elle cherche un moyen de ‘justifier’ une croyance égoïste en adoptant des prémisses erronés répondant à une conclusion égoïste (mais épistémiquement fausse).


La partialité de cohérence est, de loin, la partialité la plus intéressante dans le cas des droits des animaux et du véganisme et mérite son propre essai. Pourquoi ? Parce que sans doute, l’ensemble le plus follement incohérent de croyances dans notre société sont les croyances de la plupart des gens par rapport aux êtres non-humains sentients. Qui plus est, les gens font de grands efforts d’ignorance rationnelle et d’irrationalité rationnelle pour couvrir cette incohérence née de la partialité.


Considérez que tellement parmi nous aiment et dorlotent le chien de famille, ou même le chien d’un étranger (la familiarité avec le chien n’a généralement pas d’importance) et ensuite enfoncent une fourchette dans le poulet sentient de la même manière ou boivent le lait de la vache violée et massacrée, qui a perdu son veau dans l’industrie du veau. Ceci est un exemple classique d’une incohérence de croyances évaluatives qui est follement épistémique. Comment faisons-nous face à cette incohérence épistémique dont nous nous moquerions normalement ? Nous y faisons face via l’ignorance rationnelle (« Arrête, je ne veux pas savoir ce qui arrive aux animaux (‘de nourriture’) ») et l’irrationalité rationnelle (« On les élève pour la nourriture. » « Qu’est-ce qu’il adviendrait des millions de vaches si nous ne les trairions pas et ne les abattions pas ? » [et des douzaines d’autres objections épistémiquement irrationnelles]).


Préférences de croyance non-épistémique appuyées par des mécanismes de fixation de croyance.

Huemer suggère que peut-être nous ne pouvons croire à volonté des propositions clairement fausses, mais nous pouvons malgré tout parvenir à exercer un contrôle substantiel par rapport à nos croyances politiques (et dans notre cas, résistance au véganisme et aux droits des animaux). Il suggère quelques mécanismes grâce auxquels nous exerçons un tel contrôle.


Pondération biaisée des preuves


Si nous attribuons légèrement plus de poids aux éléments de preuve appuyant nos croyances préférées et légèrement moins de poids aux éléments de preuve allant à l’encontre de nos croyances préférées, l’effet cumulatif de ces petits partis pris dans la pondération des preuves peut être substantiel.


Attention sélective et ‘rationalisation’


Nous avons tendance à accorder plus d’attention à nos croyances et aux idées les appuyant que nous le faisons pour les croyances alternatives. Egalement, comme j’en ai discuté dans l’essai Comprendre le point de vue anti-droits des animaux, nous avons tendance à nous tourner vers des croyances préférées non-épistémiques comme conclusion et de travailler à reculons pour trouver des ‘prémisses’, ‘raisons’, ou ‘rationalisations’ pour la conclusion. Lorsque nous rencontrons des preuves appuyant notre conclusion préférée non-épistémique, nous avons tendance à l’accepter comme argent comptant. Lorsque nous rencontrons des preuves contraires à notre conclusion préférée, nous avons tendance à les examiner minutieusement pour déterminer ce ‘qui ne colle pas’. L’ignorance rationnelle et l’irrationalité rationnelle sont souvent le résultat.

Nous avons également tendance à lire et à interagir avec des sources avec lesquelles nous sommes déjà d’accord, et ces sources sont un flux constant de ‘preuves’ appuyant nos croyances préférées non-épistémiques. En effet, l’une des plaintes les plus fréquentes entendue parmi les gens qui cherchent sincèrement des solutions aux problèmes de la société est que la plupart des gens sont ensevelis dans une information avec laquelle ils sont d’accord. Donc il y a beaucoup de dialogue, mais la grand majorité de celui-ci est regroupé au sein de causes spécifiques avec très peu de dialogue productif avec les ‘outsiders’. Et ce n’est pas seulement ceux concernés par une cause spécifique qui contribuent à cet effet de bulle isolé, mais les ‘outsiders’ sont généralement indifférents et souvent impliqués dans leur propre bulle isolée.


Intelligence et fixation de croyance


On pourrait penser qu’un haut niveau d’intelligence ou d’éducation empêcherait une personne de s’accrocher à de fausses croyances, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Comme le souligne Huemer, la personne très intelligence ou bien éduquée utilise souvent son intelligence ou éducation comme outils permettant de trouver plus de support pour leurs croyances préférées non-épistémiques. Là où une personne moins intelligente ou moins éduquée pourrait abandonner et admettre son erreur, la personne très intelligente ou bien éduquée a plus d’entrainement et de ressource pour soutenir de fausses croyances.


La relation de l’intelligence et de la partialité pour déterminer la vérité sur une question est la suivante : 1) une intelligence élevée et une faible partialité donnent les meilleures perspectives dans l’obtention de la vérité ; 2) une faible intelligence et une faible partialité donnent de bonnes perspectives dans l’obtention de la vérité ; 3) une faible intelligence et une partialité élevée donnent de faibles perspectives dans l’obtention de la vérité ; et 4) une intelligence élevée et une partialité élevée donnent les pires perspectives dans l’obtention de la vérité.

L’irrationalité est un gros problème

Tout comme le conclut Huemer pour l’irrationalité par rapport à la politique, c’est ce que je conclus pour l’irrationalité par rapport au véganisme et aux droits des animaux. C'est-à-dire, l’irrationalité est le plus grand problème auquel nous avons à faire. C’est le plus grand problème car il nous empêche de solutionner d’autres problèmes. Il est analogue à un désordre d’immuno-déficience en santé, où nos méthodes pour surmonter une maladie sont elles-mêmes malades. L’ignorance rationnelle et l’irrationalité rationnelle sont des maladies répandues de pensée claire et de solution de problème.


Que pouvons-nous y faire ?


Comme pour beaucoup de problèmes et de maladies, la première étape pour les surmonter est de reconnaître ou admettre que le problème existe, autant en nous que chez les autres. Une fois que nous diagnostiquons le problème, nous pouvons chercher des causes probables. Nous pouvons nous demander quels motifs ultérieurs nous avons, ou que quelqu’un d’autre a, à croire une certaine affirmation. Nous pouvons explorer les croyances à l’origine de nos croyances préférées pour déterminer quelles raisons instrumentales (égoïste) et épistémiques (désintéressé) avons-nous à croire ce que nous croyons.

Y a-t-il un quelconque parti pris par rapport à un intérêt personnel ? Par exemple, est-ce que nous refusons de penser rationnellement par rapport au véganisme et aux droits des animaux car nos idées préconçues de ce que cela pourrait être si nous étions vegan ? Est-ce que nous croyons quelque chose pour réaffirmer notre image de soi désirée ou pour être intégré dans un groupe social ? Par exemple, est-ce que nous refusons de penser rationnellement par rapport au véganisme à cause d’un manque d’amour propre ou par peur du rejet ? De quoi devons-nous réellement avoir peur personnellement ou socialement – quoi que ce soit ? Est-ce que nous croyons en des affirmations sous-jacentes car elles sont vraies ou parce qu’elles adhèrent bien à d’autres affirmations que nous voulons croire ? Par exemple, est-ce que nous acceptons des croyances irrationnelles par rapport aux êtres non-humains et à leurs intérêts à ne pas être exploités, torturés, et tués car elles adhèrent bien à notre consommation continuelle que nous faisons d’eux et de leurs produits de reproduction ?

Nous pouvons également faire un effort pour développer de bonnes habitudes de réflexion. Nous devrions écouter et considérer attentivement les deux parties d’un argument avec d’accepter l’une ou l’autre. Nous devrions devenir familier avec la logique informelle et les fausses idées courantes. Lorsque nous nous sentons enclins à faire valoir une affirmation, nous pouvons nous demander quelles raisons épistémiques nous avons à croire cela, et également pourquoi nous pourrions vouloir croire l’affirmation (indépendamment de sa vérité). Nous devrions développer un degré plus élevé de scepticisme envers les croyances que nous suspectons avoir des arrière-pensées, peu importe si ces arrière-pensées sont les nôtres ou celles de quelqu’un d’autre. Notre première hypothèse, surtout s’il y a des motifs ultérieurs, comme le profit ou tout conflit d’intérêt, devrait être que l’information qui nous est présentée est fausse, trompeuse, ou incomplète, jusqu’à ce nous l’ayons soumise à un examen plus approfondi et vérification. Un tel scepticisme ne devrait pas simplement s’appliquer aux affirmations positives, ex. « X est vrai », mais également aux affirmations négatives, ex. « X est faux » (en d’autres mots, le propre scepticisme ne revient pas seulement à éviter l’acceptation erronée, mais également à éviter le rejet erroné).

Principalement, nous devrions éliminer notre ignorance par rapport à l’agriculture animale et être épistémiquement rationnel par rapport à cela. Nous devrions faire face aux faits avec courage. L’agriculture animale, peu importe le label (ex : « plein-air » ou « certifié bien-être »), est un business déplorable et nous devrions être au courant à ce quoi nous contribuons. Lorsque nous obtenons les fais par rapport à l’agriculture animale, nous devrions nous méfier des tentatives épistémiquement irrationnelles pour ‘justifier’ notre participation à cela. Nous devrions examiner le problème impartialement, avec un effort particulier pour reconnaître nos motivations sous-jacentes, le cas échéant, pour accepter ou rejeter certaines affirmations descriptives ou évaluatives.

Au final, nous devrions chasser l’ignorance ; cultiver la rationalité épistémique ; et devenir vegan en conséquence.
____________________


Notes:

[1] Par exemple : L’argument de Carl Cohen « of-a-kind » est probablement le plus fort d’une collection incroyablement faiblarde d’arguments fabriqués pour tenter de ‘justifier’ l’exploitation animale grave, mais n’est rien de plus qu’un préjugé confirmé (« oui, je suis un spéciste ») et une idée fausse éludée (le postulat « of-a-kind » de Cohen ne se connecte pas logiquement à sa conclusion que l’espèce est pertinente ; il élude simplement la question en assumant que l’espèce est pertinente selon un « don » dogmatique. Si Cohen insiste qu’il n’assume pas que l’espèce, mais seulement la rationalité conceptuelle, soit pertinente, alors il doit maintenir qu’il soit moralement permis d’infliger des expériences mortelles et douloureuses à des humains souffrant de troubles mentaux. Logiquement, il ne peut pas tout avoir.) Qui plus est, et le plus important, Cohen n’établit jamais pourquoi la possession de rationalité conceptuel-symbolique (par opposition à la simple sentience et l’intelligence perceptuelle) serait nécessaire à un intérêt au propre bien-être au départ.


[2] Lors de la rédaction de cet essai, je me suis fortement appuyé sur le travail du professeur Huemer car il applique de manière efficace l’ignorance rationnelle et l’irrationalité rationnelle, ainsi que bon nombre de leurs causes, aux désaccords politiques en général ; le désaccord par rapport aux droits des animaux et au véganisme étant un sous-ensemble du désaccord moral et politique général. Ceci dit, j’ai également ignoré substantiellement, divergé, et ajouté aux sections du travail d’Huemer, donc cet essai ne devrait pas du tout être pris comme représentatif du travail d’Huemer, et si vous êtes intéressé par son travail, je vous encourage à ouvrir le lien en introduction de cet essai et à le consulter.

Dan Cudahy

lundi 23 janvier 2012

[Traduction] Qu'est-ce qui ne va pas avec les oeufs ?

(Traduction de l'article de Maya Shlayen, "What’s wrong with eating eggs?")


Elevage


Toutes les poules utilisées pour la ponte – incluant les poules d’arrière-cour et soi-disant ‘plein-air’ – débutent leur vie dans un endroit appelé un couvoir (NDT : même si on peut raisonnablement avancer que la majorité des poules naissent dans un couvoir, ce n'est néanmoins pas le cas pour toutes les poules.)


Lorsque les oiseaux sont mis au monde pour la ponte dans ces endroits, la moitié d’entre eux sont nés mâle. D’aucune utilité pour l’industrie des œufs, et incapables de grandir assez vite pour être profitable pour la viande (une autre souche d’oiseaux, connus sous l’appellation ‘poulets de chair’, est utilisée à cette fin), les poussins mâles sont séparés de leurs sœurs et immédiatement tués. Les méthodes les plus courantes d’abattage consistent notamment à broyer leurs corps, ou les jeter – encore vivants et conscients – dans des poubelles géantes, où on les laisse mourir de faim et/ou de suffocation.

 Les coqs (poussins mâles), d’aucune utilité pour l’industrie des œufs, sont ‘écartés’ comme déchet, mourant de faim et/ou suffocant.


Pour chaque poule pondeuse existante, il y a un poussin mâle qu’on a fait venir au monde, seulement pour être immédiatement privé de vie.


De beaucoup de façons, l’abattage des poussins mâles dans les couvoirs illustre vivement ce qui ne va pas dans notre relation avec les non-humains. Les normes sociales et légales en vigueur encadrant les non-humains sont telles que leurs vies n’ont aucune valeur intrinsèque ; ils ont seulement une valeur économique. Leurs vies ne valent que l’argent qu’ils permettent d’engranger – pour nous. Lorsqu’aucun profit ne peut être tiré en leur permettant de vivre, nous les ‘écartons’ immédiatement, comme des serviettes sales. 


Utilisation


Le poulet domestique est un descendant direct d’un oiseau connu sous le nom de Coq Sauvage, dont on pense qu’il soit originaire d’Asie du Sud-est.


Contrairement au Coq Sauvage, qui ne pond que quelques œufs par an, les poules domestiques ont été manipulées par les humains pour pondre jusqu’à 300 œufs (non fécondés) par an. Pour une poule, pondre un œuf non fécondé est l’équivalent biologique de la menstruation des femmes humaines – c’est ce que font leurs corps en absence de fécondation. Puisque le corps féminin normal (dans une tranche d’âge particulière) est supposé être prêt pour concevoir, et puisque la conception exigerait de transmettre des nutriments au zygote/fœtus/bébé, le corps féminin est continuellement chargé de nutriment supplémentaire qui, en l’absence de conception, est alors « relâché » (via la menstruation ou la ponte d’un œuf non fécondé). Par exemple, les femmes humaines en âge de reproduction ont besoin de 18mg de fer quotidiennement, comparé aux hommes (et femmes par encore en âge de reproduction) qui n’ont seulement besoin de 8 mg quotidiennement. Du fer supplémentaire est requis pour compenser les pertes chaque mois.

Tout comme un flux menstruel élevé représenterait un fardeau pour la santé d’une femme humaine, le taux astronomiquement élevé de ponte représente un fardeau pour la santé des poules. Le calcium en particulier semble être perdu par la ponte élevée, ce qui expliquerait pourquoi une mauvaise santé des os est courante.

(NDT : ces paragraphes concernant le rythme de ponte sont incorrects d'un point de vue biologique. Voir la correction détaillée dans le commentaire laissé suite à l'article)

Ce dilemme – notre désir d’obtenir autant d’œufs que possible vs la santé des poules et leur autonomie physique – est un exemple classique du problème de l’utilisation animale et de la domestication en général. Toutes nos utilisations d’animaux – peu importe si c’est « humain » -- impliquent nécessairement de brader leurs intérêts (peu importe leur importance) pour notre gain. La domestication est un contrat social que les animaux ne signent pas (nous les amenons dans ce bourbier), et qui exige nécessairement une dynamique d’exploitation entre eux et nous. Nous les faisons venir au monde comme des êtres vulnérables (les animaux ‘domestiqués’ ne pourraient pas survivre de manière indépendante dans la nature), et ensuite nous commençons leur exploitation pour diverses raisons.


Les corps des non-humains n’existent pas pour l’utilisation et la gratification des humains. Nous ne pouvons pas justifier la ‘domestication’ et l’utilisation des corps d’animaux vulnérables pour notre profit, pas plus que nous pouvons justifier les abus sexuels sur enfants. Tout comme il n’y a pas de manière « juste » ou « compassionnelle » pour molester les enfants, il n’y a pas de manière « non abusive » d’exploiter des animaux vulnérables pour le profit humain.


Si vous vous occupez de poules secourues, faites leur une faveur et ouvrez leurs propres œufs devant elles – elles les mangeront ! Manger leurs propres œufs permet aux poules de regagner beaucoup des nutriments que leurs corps perdent en étant forcées de pondre tant d’œufs au départ. Manger leurs oeufs (les humains) – même dans des situations d’arrière-cour – est problématique car cela les prive de nutriments dont elles bénéficieraient.


Traitement


Bien qu’un meilleur traitement ne résoudrait pas le problème basique qu’est l’utilisation des non-humains comme moyens pour nos fins, la réalité est que toute ‘production’ d’œufs – incluant ‘plein-air’, ‘au sol’, etc – implique la torture de poules.


La raison est simple : les animaux sont des marchandises économiques. Mieux les traiter – en leur donnant plus d’espace, un accès à l’extérieur, etc – couterait beaucoup d’argent. Dans un monde de 7 milliards d’humains affamés, il n’y a tout simplement aucune manière abordable de ‘produire’ assez d’œufs tout en traitant les poules ‘soigneusement’.


La méthode de ‘production’ d’oeufs la plus courante est le système de cage, où les poules sont maintenues dans des cages en grillage métallique. Etant donné l’équivalent d’une feuille de papier sur laquelle vivre leur vie entière, le stress psychologique extrême de la surpopulation conduit souvent à des coups de bec, à des bagarres, et même au cannibalisme. Leurs pattes et leurs têtes se retrouvent souvent coincés entre les grilles des cages, entrainant chez beaucoup d’oiseaux une mort lente de faim et de soif. Un manque d’exercice, combiné à la fuite de devoir pondre un nombre obscène d’œufs, conduit souvent à une santé osseuse fragile et même à l’ostéoporose.


Poules entassées dans des cages à ponte. Notez les os fragiles et la perte de plumes, provoqué par la dépravation physique et les lourdes exigences de ponte.

Les alternatives aux cages à ponte – tels que les systèmes sans cage ou plein air – ne sont rien de moins que des labels de marketing, et ne confèrent pas de bénéfices au bien-être des animaux. La ‘production’ au sol, par exemple, implique l’entassement de centaines de milliers d’oiseaux dans un hangar géant. Les cages individuelles sont remplacées par une cage géante, et la surpopulation est toute aussi mauvaise. Les combats et le cannibalisme sont répandus, et le manque d’espace signifie que les oiseaux pissent, chient, et se marchent dessus.


‘Plein-air’ est également un label dénué de sens. Il n’y a aucune définition légalement approuvée (ou exécutoire) de ‘plein-air’. En fait, les œufs commercialisés comme ‘plein-air’ impliquent de la violence et exploitation identique aux méthodes conventionnelles : 




Abattage


Le mythe végétarien – que le lait et les oeufs n’entraînent pas l’abattage – est tout simplement cela. Comme tous les animaux ‘de ferme’, les poules pondeuses sont dans l’antichambre de la mort. Elles sont maintenues en vie seulement aussi longtemps qu’il soit profitable de les maintenir en vie. Lorsque le cout de nourriture dépasse le bénéfice dérivé de leur ‘production’ d’œufs (toujours à une fraction de leur durée de vie naturelle), elles sont abattues.


Conclusion


La plupart des gens acceptent déjà les idées de base qui devraient les mener – seuls – au véganisme. Nous sommes tous d’accord qu’il est immoral d’infliger souffrance et mort ‘dispensables’ aux animaux. Mais manger des animaux et produits animaux (ou les porter, les utiliser, etc) n’est pas nécessaire :


"La  position  de  l’Association  américaine   de   diététique   est   que   les  alimentations    végétariennes    bien conçues  (y  compris  végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur  le  plan  nutritionnel  et  peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les    alimentations    végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la  grossesse,  l’allaitement,  la  petite enfance,  l’enfance  et  l’adolescence, ainsi que pour les sportifs."


En effet, nous acceptons tous que les animaux sont quelqu’un, par opposition à quelque chose.
L’élevage et l’utilisation de poules pour la ponte, avec tout ce que cela implique (santé compromise, souffrance, et mort), est une violation de leur droit à l’autonomie corporelle. Cela implique nécessairement de traiter des êtres sentients comme s’ils étaient des objets – quelque chose qui va à l’encontre des normes morales que la plupart d’entre nous prétendent accepter. Le véganisme comble la déconnexion morale en prenant à cœur la notion que les animaux sont quelqu’un par opposition à quelque chose.


La bonne nouvelle est que, au 21e siècle, vous pouvez préparer votre propre gâteau vegan et le manger. Vous n’avez pas besoin d’œufs pour faire de délicieux gateaux, biscuits et cupcakes !


D’autres plats traditionnels peuvent également être préparés sans œufs :










~


Si vous n’êtes pas vegan, envisagez s’il-vous-plaît de le devenir. Si il est immoral d’infliger souffrance et mort ‘dispensable’ aux animaux, alors – par définition – nous ne pouvons pas justifier de manger, porter, ou utiliser des animaux et produits animaux pour nos papilles gustatives, notre confort, notre sens de l’habitude, etc.


« Le véganisme ne revient pas à abandonner quoi que ce soit ou perdre quoi que ce soit. Cela revient à gagner la paix en vous qui provient de l’adoption de la non-violence et du refus de participer à l’exploitation des vulnérables. Le véganisme n’est pas un ‘sacrifice’. C’est une joie. » -- Gary L. Francione

jeudi 19 janvier 2012

[Traduction] Comprendre le point de vue anti-droits des animaux.

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Understanding the Anti-Animal Rights Viewpoint")

 

Préface ajoutée en le 25 janvier 2010 : Cet essai concerne exclusivement le point de vue des gens qui plaident activement pour l’exploitation animale. Pour un essai qui explore, entre autre, la raison pour laquelle les gens exploitent les animaux sans nécessairement plaider pour l’exploitation, consultez l’essai plus compréhensible (et plus intéressant) Ignorance rationnelle et irrationalité rationnelle.

On dit souvent qu’il est bon de comprendre le point de vue de l’autre partie dans un désaccord. Je pense que nous pouvons être d’accord sur le fait que ça soit un bon conseil pour tous les désaccords, peu importe le sujet ou participants. Dans cet essai, j’explique ma compréhension générale du point de vue des partisans de l’exploitation animale. Je limite l’essai au point de vue des
partisans de l’exploitation en opposition à ceux qui exploitent, mais restent généralement silencieux sur la question de savoir s’il est justifié que l’on exploite, heurte, et tue des êtres non-humains innocents. Il existe d’autres considérations par rapport à ceux qui exploitent, mais ne plaident pas activement pour l’exploitation, que je ne parcourrai pas ici. Avant de devenir vegan il y a 4 ans, bien que je n’ai jamais plaider pour l’exploitation, j’ai eu bon nombre d’années d’expérience dans la participation à l’exploitation animale à travers ma nourriture et autres achats. Je crois que ces années d’expérience m’ont apporté une base raisonnable pour comprendre et évaluer le point de vue de l’exploiteur, peu importe si il en est partisan ou pas.

Presque tous les partisans de l’exploitation animale aiment consommer et ont l’habitude de consommer la chair (ex : viande) et des fluides corporels (ex : lait, fromage et œufs) des êtres non-humains. Beaucoup de partisans de l’exploitation animale aiment aussi tirer sur des non-humains pour le plaisir, faire des expériences sur eux contre de l’argent (officiellement aussi pour des raisons « scientifiques »), accrocher des parties d’êtres non-humains au mur ou en porter, les utiliser pour leur divertissement, ou faire du profit d’une des nombreuses manières de les exploiter. Ces utilisations sont, individuellement et collectivement, sans aucun doute le motif principal, si pas le seul, des arguments des partisans de l’exploitation animale. Les partisans de l’exploitation ont tous une chose en commun : intérêt personnel et gain personnel, peu importe si ils sont importants ou triviaux.

Les partisans de l’exploitation animale commencent avec la notion, « Je veux [remplissez le blanc : chasser, manger de la viande, consommer des produits laitiers, faire du profit de l’exploitation, etc.] » et démarrent de cette idée égoïste pour chercher des excuses permettant d’appuyer leur utilisation désirée. Dans les excuses trouvées par les partisans de l’exploitation, on retrouve certains préjugés culturels classiques qui nous ont été transmis par des philosophes tels que Rene Descartes, qui nous a dit que les non-humains sont littéralement des « automates » ou « des machines de Dieu » ainsi qu’Emmanuel Kant, qui nous a dit que, parce que les non-humains ne sont pas aussi « rationnels » que nous, les non-humains sont des « choses » (peu importe la manière irrationnelle dont les humains se comportent et réfléchissent ; et sans mentionner la non-pertinence totale de la capacité rationnelle pour distinguer les êtres de choses). Les préjugés culturels sont même inscrits dans notre langage lorsque nous mentionnons les non-humains en tant que « ce » (même lorsque nous connaissons leur gendre) au lieu de il et elle, et « que » au lieu de qui. Bon, de toute évidence si les non-humains étaient réellement de simples « automates » ou « choses », alors nous n’avons en effet aucune obligation morale envers eux. Selon cette vision déformée, les êtres non-humains ne sont pas différents des rochers, des tables et des arbres. On trouve également d’autres excuses dubitatives, mêmes absurdes, choisies pour leurs complémentarités avec la conclusion égoïste désirée que les êtres non-humains ne sont pas moralement pertinents, mais le statut de « choses » est le plus classique et le plus populaire, aussi implicitement qu’explicitement, lorsque les partisans de l’exploitation animale démarrent de leurs conclusion assumée jusqu’à leur « excuse ».

Pourquoi est-ce que les gens s’accrochent parfois à de telles distorsions de la réalité comme le fait que les êtres non-humains soient des « choses » ? Pourquoi certains d’entre nous ignorent de manière flagrante l’évidence de la sentience et de la valeur morale ? Je pense qu’une partie de la raison peut être décrite comme un forme extrême de la doctrine de William James appelée La volonté de croire. “La volonté de croire” est dérivée du pragmatisme de James par lequel la norme épistémologique de la vérité d’une croyance, lorsque nous n’avons pas de preuve, est mesurée selon notre gain à maintenir cette croyance comme vraie.  Si c’est notre norme de vérité alors, selon le pragmatisme de James, nous pouvons ignorer un manque de preuve par rapport à notre croyance qui nous arrange et nous « allons » nous tenir à cette croyance. Les partisans de l’exploitation animale poussent « la volonté de croire » de James plus loin que James en ignorant les preuves contradictoires relatives à une croyance qui nous arrange. De quelle manière nous sommes prêts à ignorer les preuves empiriques contradictoires, comme les similarités moralement pertinentes des êtres humains et non-humains, ou la similarité entre chiens et cochons, pour maintenir une croyance qui nous arrange personnellement est une assez bonne mesure de la radicalité de notre malhonnêteté. [1]

L’honnêteté intellectuelle est ce qui a, et ce qui nous mènera vers plus de justice sociale et de progrès moral dans le monde, peu importe si les victimes de l’injustice sont des êtres humains ou non-humains. Si les partisans de l’exploitation animale adoptaient l’honnêteté intellectuelle en se plaçant dans la position inévitable et peu enviable d’être amené au monde comme être non-humain soumis  aux caprices cruels et exploitants des humains, sans aucune faute de leur part et réfléchissaient depuis ce postulat, appliquant une version honnête de la Règle d’Or et laissant les conclusions résulter de postulats intellectuellement honnêtes au lieu d’arriver à des excuses bidonnes résultant de conclusions préconçues, alors beaucoup de partisans de l’exploitation animale changeraient d’avis, deviendraient vegan, et se situeraient sur un terrain moral et épistémologique solide.

Donc il n’est pas difficile de voir le monde depuis le point de vue du partisan de l’exploitation animale, ou du point de vue du criminel violent, ou du point de vue du tyran. Tout ce que nous devons faire est placer notre propre intérêt au centre de notre critère pour « déterminer » la vérité et la réalité en opposition à  l’exclusion de l’intérêt des autres, aux preuves contradictoires, à l’honnêteté intellectuelle, et nous arrivons à l’essence du point de vue des partisans de l’exploitation.

[1] J’ai édité cet essai le mercredi 14 novembre 2007, par rapport à une déformation des vue de William James dans l’essai original remarquée par un lecteur inquiet. L’édition est expliquée de manière plus complète dans le prochain essai, également daté du 14 novembre 2007. Je m’excuse pour l’erreur.


Dan Cudahy


lundi 16 janvier 2012

[Traduction] Sur l'Enchevêtrement Fait-Valeur

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "On Fact-Value Entanglement")


(Cet essai fut publié à l’origine dans The Abolitionist.)

Dans notre société moderne, ce que nous appelons « faits » est généralement tenu bien plus haut en estime épistémique que ce que nous appelons « valeurs ». Et les plus estimés de tous les faits sont ce que nous appelons « faits scientifiques ». Et de ce que nous appelons « valeurs », les moins estimées en tant que connaissances sont ce que nous appelons « valeurs morales ». En effet, beaucoup de gens vont jusqu’à nier qu’il puisse y avoir un quelconque « fait moral », déclarant à la place que toutes les revendications morales ne peuvent seulement être qu’une expression des valeurs de culture humaine ou individuelle, qui à leur tour sont à peine plus que les expressions d’émotions ou d’opinions subjectives (faibles).

Mais une telle dichotomie entre des faits et des valeurs devrait-elle exister ? Comme j’argumenterai plus bas, bien qu’une distinction entre des faits et des valeurs puisse être utile, la dichotomie moderne généralement acceptée entre faits et valeurs est tout simplement erronée. Plutôt, les faits et les valeurs sont interdépendants ; et c’est une importante source de confusion, surtout de confusion morale, de prétendre que faits et valeurs sont deux catégories entièrement différentes, et sans rapport, de pensées et perceptions.

Valeurs scientifiques

Beaucoup de lecteurs pourraient être surpris que la théorie de la connaissance appuyant les affirmations scientifiques se base fortement sur des jugements de valeur épistémique ; par conséquent, comme l’a justement déclaré le philosophe et mathématicien américain Hilary Putnam, les faits et les valeurs sont enchevêtrés.

Laissez-moi m’expliquer. La grande majorité des déclarations scientifiques, avec l’exception classique des données d’observation ennuyeuses, sans assistance, sont chargées de théorie. Par exemple, lorsque nous voyons le soleil « se lever » le matin (une observation), selon que nous croyons que le soleil bouge (fait possible) ou que nous bougeons (fait possible) dépendra de notre théorie du mouvement planétaire. Lorsqu’il y a un tremblement de terre (une observation), selon que nous croyons que le tremblement fut causé par une cassure dans une faille géologique le long d’une plaque (fait possible) ou causé par Zeus (fait possible) dépendra de notre théorie des causes des tremblements de terre. Être chargé de théorie ne signifie pas que les affirmations de faits sont peu fiables, ou fausses, mais cela signifie bien qu’elles sont enchevêtrées dans les valeurs.

Qu’est-ce que cela signifie pour une théorie ou déclaration scientifique de fait d’être enchevêtrée dans les valeurs ? Les valeurs scientifiques de parcimonie, élégance, falsifiabilité, vérifiabilité, consistance logique, consistance mathématique, consistance d’observation, pouvoir explicatif, et pouvoir prédictif sont toutes des valeurs aussi bien de théories scientifiques que d’affirmations de fait, aucune d’entre elles ne rendant les théories ou affirmations vraies (en particulier seules), mais prises ensemble elles augmentent significativement la probabilité de n’importe quelle théorie ou affirmation de vérité donnée. Ces valeurs sont les raisons, par exemple, pour lesquelles les biologistes choisissent l’évolution au lieu du « dessin intelligent » ou du créationnisme pour expliquer l’existence des espèces et autres phénomènes biologiques.

Par conséquent, la science et les déclarations scientifiques de faits sont pleines à craquer de valeurs. Cela ne signifie pas que la vérité soit subjective ou relative en science, pas plus que l’enchevêtrement avec les valeurs signifie que la vérité soit subjective ou relative en morale. Cela signifie qu’il existe des critères de valeur utiles (valeurs) pour déterminer quelles théories, affirmations de fait, et interprétations d’observation ont plus tendance à être vraies. Et notre certitude en ce qui concerne la vérité scientifique est fortement tributaire des valeurs.

Valeurs morales

A part les nihilistes, les gens admettront volontiers qu’il existe des valeurs en morale. Les valeurs morales incluraient la justice, l’équité, l’empathie, l’intégrité (consistance d’attitudes, croyances et comportement, aussi bien entre elles qu’au fil du temps), et l’épanouissement de tous les êtres sentients. Tout comme pour les valeurs scientifiques, l’application de valeurs morales (surtout prises seules) ne rendent pas une affirmation morale de fait vraie (ex, une déclaration morale de faits telle que « il est immoral de torturer un enfant. »), mais prises ensemble, cela augmente la probabilité de n’importe quelle déclaration morale de vérité donnée par rapport à une déclaration morale concurrente. Comme c’est le cas pour la science et les déclarations scientifiques de faits, la morale et les déclarations morales de faits sont pleines à craquer de valeurs. Cela ne signifie pas que la vérité est subjective ou relative en morale, pas plus que l’enchevêtrement avec les valeurs signifie que la vérité est subjective ou relative en science. Cela signifie qu’il existe des critères de valeur utiles (valeurs) pour déterminer quelles affirmations de fait moral sont plus vraisemblablement vraies. Et tout comme notre certitude par rapport à la vérité scientifique dépend fortement de valeurs, notre certitude par rapport à la vérité morale en dépend également.

Confondre psychologie  humaine et moralité

A ajouter à la confusion de la fausse dichotomie entre les faits et les valeurs, on trouve également l’amalgame entre psychologie humaine et moralité. Lorsque nous tentons de dériver les faits et valeurs morales de la psychologie humaine, un peu comme l’ont fait David Hume et les sentimentalistes britanniques, nous nous retrouvons avec une infaillibilité morale personnelle ou culturelle et les contradictions incalculables qui résultent de la grande variété de soi-disant « sentiment moral » parmi différentes cultures, personnes, et époques historiques. « Le sentiment moral » survient sous la forme de racisme, sexisme, et spécisme pour aboutir à un génocide, esclavagisme, et oppression dans certaines cultures. « Le sentiment moral » n’est souvent rien de moins qu’un préjugé culturel combiné à une tradition aveugle. Qu’en serait-il si nous confondions la psychologie humaine et la science de la même manière ? Nous dirions alors que l’évolution et le dessin intelligence, bien que contradictoires, sont des façons tout aussi valables de voir le monde du point de vue de ceux  qui tiennent les valeurs épistémiques respectives soutenant chaque théorie. Nous devrions soutenir que nous sommes infaillibles en regard de la connaissance scientifique, et les contradictions résultantes de « faits » scientifiques sont acceptables. En d’autres mots, si nous acceptions des préjugés culturels et individuels en moralité, alors les superstitions culturelles et individuelles devraient être acceptées en science. Après tout, n’est-ce pas simplement une différence de valeurs, morales ou scientifiques ?

Justification de valeurs

Pourquoi devrions-nous accepter les valeurs scientifiques et morales énumérées dans les deux parties ci-dessus ? Comment savons-nous que ces valeurs elles-mêmes ne sont pas une question de superstition ou préjugé ? Autant pour les valeurs scientifiques que morales, nous pouvons en fin de compte seulement nous appuyer sur les valeurs elles-mêmes (et la dépendance à l’égard de notre expérience du monde est l’une de ces valeurs) pour confirmer la certitude de la vérité dans chaque cas – moralité et science.

Mais s’appuyer sur des valeurs pour confirmer les valeurs n’est-il pas une justification circulaire ? Oui, ça l’est ; mais nous n’avons pas le choix en science ou moralité. C’est notre intuition, notre rationalité, et notre expérience sur lesquelles se basent de telles valeurs. Puisque nous ne pouvons pas transcender notre intuition, notre rationalité, ou notre expérience pour confirmer notre intuition, notre rationalité et notre expérience, nous nous retrouvons au final avec une toile Quinéenne de valeurs et de faits enchevêtrés, pas une « fondation » sur laquelle nous construisons des valeurs et des faits. Nos valeurs scientifiques et morales fondamentales peuvent être considérées comme la partie la plus solide et la plus indispensable de la toile, car elles fournissent la plupart du soutien pour les croyances factuelles dans la toile. Si nous voulons éviter les contradictions internes, nous devons considérer les répercussions de tout ajustement de la toile. A ce titre, les ajustements des valeurs fondamentales seront le type d’ajustements que nous serions le moins susceptible de faire.

Valeurs morales appliquées au véganisme

L’application des valeurs morales de justice, équité, empathie, intégrité, et épanouissement de tous les êtres sentients est la raison pour laquelle les vegans abolitionnistes rejettent l’exploitation animale. Outre le fait que la nourriture végane soit délicieuse, il n’y a pas de nutriments connus dans les produits animaux qui ne soient pas disponibles auprès de sources non-animales (dont la vitamine B12). Il existe des alternatives viables et plus efficaces à presque toutes (si pas toutes) les expérimentations sur animaux. Il en découle que au moins 99.99% de l’exploitation animale est à la fois dispensable et dommageable envers les innocents. Exploiter les autres animaux viole de manière flagrante les valeurs morales fondamentales. D’un point de vue moral, exploiter d’autres animaux est l’équivalent scientifique consistant à préférer la théorie qui a été falsifiée, qui pose des explications excessives, et qui échoue à expliquer ou prédire quoi que ce soit, tout en rejetant la théorie qui satisfait les valeurs scientifiques. Tenter de justifier l’exploitation des autres animaux est moralement absurde.

samedi 14 janvier 2012

[Traduction] Spécisme et véganisme: transcendant la politique et la religion.


J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d'éducation pour Gentle World —une communauté d’intention végane et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition..

Cet article fut publié initialement le 10 novembre 2011 sur Care2.

-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays
-------------------------------------------------------------------------------

Bien que cela puisse être une surprise pour certains, on trouve des vegans éthiques de toute tendance politique et dans toutes les grandes religions. Le véganisme transcende la politique et la religion car il est basé sur la simple question du rejet d’une forme particulière de préjugé : le spécisme.

Le spécisme, le racisme, le sexisme, et autres préjugés reposent sur un critère moralement impertinent (dans ce cas-ci, l’espèce) comme base pour nier les intérêts d’individus appartenant à un ‘groupe’ différent, même si ces intérêts sont plus significatifs que les nôtres. A ce titre, le spécisme est simplement une forme différente du même mal sous-jacent à la fondation de tous les préjugés. Sur quel critère moralement impertinent nous basons notre préjugé n’a pas vraiment d’importance – le sexe, la race, la couleur de peau, l’âge, l’orientation sexuelle, l’espèce – il est éthiquement immoral d’utiliser un tel critère arbitraire pour nier les droits des autres.

Malgré l’évolution culturelle qui a éloigné l’humanité de la mentalité ‘tuer ou être tué’ des temps préhistoriques, le monde aujourd’hui reste profondément spéciste. Le préjugé extrême de notre spécisme culturel va bien plus loin que le mépris du droit d’un individu à éviter la persécution. Il s’étend jusqu’à l’indifférence absolue du droit à être libre de l’emprisonnement injuste, du tourment mental et émotionnel, de la violence physique extrême sous forme de mutilations et l’infliction de blessure et mort. Possédés en tant que biens de propriété, sans aucune loi pour protéger leurs droits les plus fondamentaux, ceux qui ne sont pas humains sont condamnés à une vie sans protection contre l’oppression brutale et incessante de ceux qui contrôlent leur monde : Nous.

L’exploitation animale est parfaitement légale et socialement acceptable partout dans le monde, malgré l’émergence d’alternatives satisfaisantes à quasiment toutes les utilisations (sans mentionner celles encore à développer, une fois que notre société rejettera nos pratiques spécistes actuelles). Bien qu’il y ait un mouvement grandissant attirant l’attention sur les nombreuses violations brutales de droits régulièrement perpétrées contre les non-humains utilisés pour le profit humain, nous continuons à confiner, blesser et tuer des animaux de tout genre, maintenant des pratiques abusives dispensables, vétustes, pour la production de nourriture, la recherche, la mode, et même le divertissement.

La nature omniprésente de ce préjugé culturel extrême explique pourquoi le spécisme (et la réponse morale appropriée au problème : le véganisme) n'est pas lié à la tendance politique. Bien que les mouvements de justice sociale proviennent généralement de la gauche, il y a des conservateurs politiques qui ont des principes vegan, alors que certains de gauche, malheureusement, continuent de se moquer des questions de droits des animaux. En fait, il est remarquable que la grande majorité de ceux politiquement à gauche choisissent de rester mal informés et d’ignorer délibérément ces questions flagrantes de justice, ce qui inclut leur propre participation dans des pratiques qui seraient justement abhorrées par quiconque en contact avec sa conscience.

Comme c’est le cas en politique, il en est de même pour la religion. Les chrétiens étaient fortement divisés sur la question des esclaves humains en Amérique avant la guerre civile, les partisans de l’esclavagisme utilisant des passages de la bible pour défendre leur droit ‘divin’ de posséder des esclaves. Les opposants à l’esclavagisme citaient d’autres passages de la bible pour faire remarquer que l’esclavagisme était condamné par dieu. Et il en est de même pour les droits des animaux aujourd’hui. Ceux des deux côtés du problème utilisent des passages de textes religieux soit pour justifier l’abattage dispensable, ou pour valider l’éthique végane de non-violence.

Les religions asiatiques n’y font pas exception. Beaucoup des bouddhistes d’aujourd’hui tentent de justifier l’utilisation d’animaux, l’abattage dispensable et le spécisme en pointant les failles dans les diverses écritures contradictoires de l’enseignement de Buddha de la compassion universelle pour tous les êtres sentients. D’autres bouddhistes choisissent plutôt de pratiquer et promouvoir le véganisme comme la réponse rationnelle à l’enseignement bouddhiste de la non-violence. Vraisemblablement, étant été libérés de leur propre spécisme, les bouddhistes vegans sont capables de voir au-delà de telles rationalisations préjugées, et reconnaissent l’autorité supérieure dans la vérité que Bouddha essayait apparemment de transmettre à ses élèves.

(En d’autres mots, si le Bouddha n’était pas un vegan, comme le déclarent certaines personnes, alors il ne vivait pas selon ses propres enseignements, ce qui indique très clairement que le respect de la vie sentiente est un principe fondamental d’une existence spirituelle.)

Dans tous les cas, il est clair que la politique et la religion sont sans rapport avec le rejet de notre préjugé commun contre les autres êtres sentients. Peu importe si on est conservateur, libéral, gauchiste, juif, chrétien, bouddhiste, athée, ou tombons dans toute autre catégorie, nous avons le choix de reconnaître et de rejeter le spécisme culturel sous-jacent que nous avons tous été conditionnés à accepter.

En fait, on pourrait dire qu’une prise de conscience profonde des droits essentiels et besoins de tous les êtres sentients est le terrain d’entente que chacun d’entre nous partage. Malgré nos nombreuses différences et divergences, sous la religion, la politique, la vision du monde, les intérêts, les personnalités, l’apparence, la taille, le sexe, la couleur et même l’espèce, sous tout cela, chacun d’entre nous est composé de chair et de sang. Ou, comme le Bouddha lui-même l’aurait enseigné :

«  Tous les êtres tremblent devant la violence. Tous craignent la mort. Tous aiment la vie. Voyez-vous à travers les autres. Alors qui pouvez-vous blesser ? Quel mal pouvez-vous faire ? »

Dan Cudahy,
Angel Flinn.