mercredi 21 décembre 2011

[Traduction] Compassion Over Killing et Quorn collaborent, les animaux nonhumains perdent

(Traduction de l'article de Corey Wrenn, avec son accord, "Compassion Over Killing and Quorn collaborate, nonhuman animals lose")


Compassion Over Killing et Quorn collaborent, les animaux nonhumains perdent.

Depuis maintenant quelques années, Compassion Over Killing (ndt : COK) travaille avec de grandes sociétés d’aliments transformés, faisant campagne pour qu’elles incluent plus d’options véganes ou pour réduire leur utilisation d’œuf. Dans leur newsletter du 8 décembre 2011, COK annonce une victoire en convainquant Quorn d’éliminer globalement 3 millions d’œufs de leur production annuelle et d’ajouter une option végane à leur gamme de produits. COK définit l’action de Quorn comme « humaine » et une « décision compassionnelle ». 



"La décision compassionnelle de Quorn d’utiliser moins d’œufs et d’offrir une nouvelle galette végane démontre le leadership de la compagnie dans l’apport de choix de nourriture plus saine et plus humaine sur le marché."


Est-ce que réduction signifie nécessairement succès ?


L’essentiel est que Quorn est une entreprise qui vend des produits d’animaux nonhumains. Ils font du profit sur la souffrance et la mort. Oui, éliminer 3 millions d’œufs peut sembler réduire la souffrance, mais lorsque un groupe de « droits » des animaux nonhumains fait la promotion de Quorn comme « humain » et « compassionnel », les consommateurs ne sont pas remis en question par rapport à leur consommation continue de ces produits d’animaux nonhumains. En fait, Quorn apparait soudainement comme s’ils étaient concernés par le problème. C’est une bonne affaire. Cette campagne fait également paraître COK comme accompli. Sans surprise, les boutons pour les dons sont idéalement placés à côté de cette mise à jour « succès » sur le site web de COK.


COK déclare que les 3 millions d’oeufs éliminés signifie que 14.000 poules seront épargnées. Au contraire, en renforçant la présence de Quorn et en leur donnant leur cachet d’approbation de société des droits des animaux nonhumains, COK ne fait que renforcer les affaires de Quorn. Cela garantit que les millions de poulets restant continueront à souffrir et que les générations futures continueront à souffrir. Qui plus est, au fur et à mesure que l’entreprise prenne de l’ampleur (grâce aux éloges de COK), encore plus de poulets seront introduits dans le processus de production pour répondre à la demande croissante. Lorsque les consommateurs peuvent se sentir bien en achetant des produits intrinsèquement cruels parce qu’un groupe appelé « Compassion Over Killing » déclare que l’entreprise est « humaine » et « compassionnelle », on ne peut qu’imaginer que les 14.000 poules « épargnées » seront rapidement surpassées vu que plus de produits se vendront. Comment COK peut-il s’attendre à provoquer un réel changement alors qu’on ne demande à personne d’éliminer entièrement les produits immoraux et de devenir vegan ?


Pourquoi collaborer avec les exploitants d’animaux nonhumains ?


Assurément, une disponibilité et une présence accrue de produits vegan est bénéfique pour notre mouvement. Cependant, nous avons plusieurs entreprises entièrement vegan déjà en activité. Il est troublant que COK persiste à collaborer avec des exploitants d’animaux nonhumains alors qu’elle pourrait faire la promotion d’entreprises morales. La réalité est que Quorn fait du profit sur la souffrance et sur la mort. A moins que COK puisse convaincre Quorn de devenir une entreprise végane (ce qui est peu probable et reste une utilisation inefficace de précieuses rares ressources), leur affiliation avec l’entreprise ne fait qu’améliorer son image publique. COK servirait mieux le mouvement si elle se concentrait sur la sensibilisation végane pour augmenter le nombre de vegan. Les produits vegan augmenteront naturellement en parallèle à la demande d’une population vegan grandissante. Mais, si COK persiste à détourner des ressources vers l’augmentation de la disponibilité de produits, il serait sage de consacrer leur énergie à la promotion d’entreprises éthiques qui ne font pas du profit sur l’exploitation.


*Note intéressante : En faisant des recherches pour cet article, j’ai découvert que sur la page « A propos de nous » de Quorn, ils déclarent être « sans cholestérol » :

"Nos ingrédients (comme l’émincé et les morceaux de Quorn) ne contiennent absolument aucun cholestérol : parfait pour un régime alimentaire sain pour le cœur. En fait, des études récentes suggèrent que manger des mycoprotéines pourrait aider à réduire le cholestérol."
Ceci est choquant et délibérément trompeur. Tous les produits de Quorn, sauf un, contiennent des ingrédients d’animaux nonhumains qui sont intrinsèquement chargés en cholestérol. Je suppose qu’ils se réfèrent à l’apport myco-protéinique qu’ils utilisent comme étant sans cholestérol, mais leurs produits finis ne sont certainement pas sans cholestérol ! L’approbation de Compassion Over Killing n’aide certainement pas à dissiper la confusion par rapport aux préoccupations éthiques (et de santé) de cette entreprise non-végane.


Corey Wrenn

mardi 20 décembre 2011

[Traduction] Est-ce que les campagnes anti-cruauté sont réellement efficaces ?


(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Are Anti-Cruelty Campaigns Really Effective?")


J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d'éducation pour Gentle World — une communauté d’intention vegan et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition.


Cet article fut publié initialement le 24 août 2011 sur Care2.

-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays

____________________________
« Il en est mille pour massacrer les branches du mal contre un qui frappe à la racine, et il se peut que celui qui consacre la plus large somme de temps et d'argent aux nécessiteux contribue le plus par sa manière de vivre à produire cette misère qu'il tâche en vain à soulager. »

~ Henry David Thoreau, Walden, Economie (Chapitre 1-E)

Pour beaucoup d’activistes se confrontant à l’exploitation animale généralisée et à la cruauté liée – de la nourriture, jusqu’à l’habillement, en passant par l’expérimentation et le divertissement – il peut parfois sembler qu'il y ait tellement de problèmes sur lesquels se concentrer que la situation apparaisse comme insurmontable.

Lorsque les militants sont incertains quant à la meilleure façon de s’occuper de ce nombre interminable de problèmes, beaucoup choisissent de se concentrer sur un problème, comme l’élimination des cages à ponte ou des cages de gestation. D’autres essayent de passer leurs heures de plaidoyer en faisant « un peu de tout ».

Comme expliqué dans S'en mettre plein les poches avec les réformes de bien-être animal, les campagnes contre des pratiques spécifiques de l’exploitation animale sont lucratives pour les groupes de bien-être animal, rapportant des dizaines de millions de dollars annuellement en se faisant passer comme les grands « régulateurs », sans but lucratif, de l’industrie. Ce genre de campagnes sont connues parmi les défenseurs des animaux en tant que campagnes ciblées, ou « CC ».

Lorsque vous combinez la motivation financière des grands groupes de bien-être animal avec le sentiment que les défenseurs des animaux expérimentent souvent en essayant de s’attaquer à tant de problèmes, le résultat est la culture actuelle dominante du mouvement de défense animale, dans lequel les efforts d’un nombre incalculable d’individus sont dispersés à travers un nombre incalculable de campagnes ciblées différentes.

Il semble clairement qu’une telle division parmi les défenseurs des animaux fasse fortement le jeu de l’industrie animale et du paradigme culturel actuel du spécisme. En contraste, un front uni d’éducation publique généralisée se concentrant sur 'pourquoi et comment devenir vegan' s’attaquerait à la racine du problème de l’exploitation en remettant en cause non seulement toutes nos utilisations des animaux, mais également l’attitude résolument spéciste de notre société.

Pour illustrer ce point, il est utile de considérer l’analogie d’un arbre. L’arbre de l’exploitation animale peut être divisé en plusieurs parties, comprenant les racines, le tronc et les branches.


  • Les racines de l’arbre – principalement cachées sous terre – représentent le spécisme sous-jacent de notre société ; le préjugé culturel contre tous les animaux (autres qu’humain) qui nous permet d’ignorer les besoins fondamentaux des autres en faveur de nos désirs triviaux. Le spécisme, comme le racisme, le sexisme, ou d’autres préjugés culturels oppressifs, ignore les caractéristiques moralement pertinentes (comme les intérêts fondamentaux de l’oppressé ou de l’exploité), en faveur de caractéristiques moralement non-pertinentes (comme l’appartenance à une espèce, à une race, à un gendre, etc..). Lorsque nous éliminons le spécisme (individuellement ou en tant que groupe), nous respectons suffisamment les intérêts des membres individuels des autres espèces pour les prendre en considération par rapport aux nôtres, et aux intérêts de tout le monde. Le résultat comportemental d’un tel respect est le véganisme – éviter les produits animaux et utilisations dans notre vie autant que raisonnablement possible.
  •  La base du tronc de l’arbre – située juste au-dessus de la surface du sol, et la fondation pour le reste de la croissance de l’arbre – représente le statut de propriété des animaux ; la structure légale qui rend socialement légal notre traitement d’êtres sentients en tant que marchandises économiques, . (Comme expliqué dans Esclavagisme légalisé au 21e siècle, le statut légal limite efficacement les réformes de bien-être à ceux qui optimisent la capacité économique d’une utilisation socialement acceptée, peu importe la cruauté de certaines pratiques.) 
  •  La partie la plus basse du tronc, là où poussent les plus grosses branches, peut représenter nos utilisations des animaux pour la nourriture, puisque l’industrie de la nourriture compte comme la plus grande majorité de l’exploitation animale. Issues de cette partie du tronc, on trouve les branches les plus importantes de l’arbre – celles qui représentent la production de produits laitiers, d’œufs, et de viande (dont le poisson) – chacune d’elle menant à d’autres branches plus petites représentant les violations de droits spécifiques associées à ces industries, comme le confinement intensif et les horribles mutilations physiques qui se produisent dans les trois cas. Les autres petites branches qui démarrent de la partie ‘nourriture’ de l’arbre représentent des pratiques moins courantes comme le gavage forcé d’oies pour produire du foie-gras. 
  •  En grimpant plus haut, au-delà des branches les plus grandes de l’industrie de la nourriture, on trouve les branches moyennes représentant les autres industries majeures de l’exploitation animale – l’expérimentation, l’habillement et le divertissement. Issues de ces branches majeures, on trouve beaucoup de branches plus petites. Par exemple, la branche qui représente les vêtements à base d’animaux bifurque en production de fourrure (qui bifurque à nouveau en problèmes tels que le massacre des phoques, les élevages pour fourrure, le piégeage sauvage, etc). L’industrie du divertissement bifurque (entre autre) en chasse à courre, qui bifurque à nouveau en battues et en chasse d’animaux en voie de disparition. Une autre excroissance de la branche principale du divertissement est le problème des animaux dans les cirques, qui bifurque alors au problème de l’utilisation de ‘bullhooks’ sur les éléphants. 
  •  Aux limites de l’arbre de l’exploitation animale, il existe une couche de branches ‘mortes’ ou ‘mourantes’, qui représentent des pratiques spécifiques qui ne sont pas économiquement optimales pour être maintenues par l’industrie. Ces pratiques comprennent le maintien de truies dans des cages de gestation, et l’abattage de poulets par électrocution (contrairement à l’abattage par atmosphère contrôlée, qui est vu aussi bien par l’industrie que par les défenseurs comme bien plus efficace d’un point de vue économique). 
  •  Puisque ces pratiques associées avec l’exploitation animale existent seulement pour répondre à la demande, les consommateurs et les utilisateurs sont la sève de chaque aspect de l’arbre. Créer la demande pour ces produits et services peut être comparé à donner de l’eau et du fertilisant à l’arbre. Réduire la demande via une population végane en augmentation retire les éléments essentiels de l’arbre de l’exploitation, sans lesquels il se desséchera certainement et finira par mourir.


Lorsque nous regardons le paradigme de l’exploitation animale de cette manière, il devient évident que le problème fatal des campagnes ciblées est qu’elles se concentrent sur  les alentours, en ignorant non seulement le tronc et les branches principales, mais les racines elles-mêmes, qui travaillent continuellement pour fournir les nutriments vitaux à chaque partie de l’arbre.

Elaguer un arbre le rend plus fort.

De manière pratique, les campagnes ciblées se concentrent principalement sur le découpage soit de petites branches soit de branches ‘mortes’, rendant de toute évidence l’arbre en meilleur santé. Même lorsque les groupes de bien-être animal tentent de couper des branches moyennes, comme celle du massacre des phoques ou de production de fourrure, ils se rendent compte que l’arbre est en assez bonne santé pour continuer à prospérer malgré la perte d’une branche vivante (ex : profitable). Si une partie de la branche est coupée ou si on l’empêche de pousser (comme ce fut le cas pour la production de fourrure dans les années 90), l’arbre reste assez grand et fort pour que – au final – ce genre de branches repousse avec une vigueur renouvelée (comme ce fut le cas avec la production de fourrure au début des années 2000). Tenter d’élaguer l’arbre non seulement n’atteint pas l’arbre à longue échéance, mais l’aide en fait à prospérer.

Les branches repoussent

Dans notre économie globale, un autre problème fatal des campagnes ciblées est que, même si elles réussissaient à couper de petites ou moyennes branches, de nouvelles branches pourraient pousser à d’autres endroits pour remplacer les branches coupées. Par exemple, si nous éliminons l’abattage des chevaux aux Etats-Unis (couper une branche moyenne), l’industrie enverra simplement les chevaux au Mexique par bateau et les abattra là-bas (nouvelle branche de remplacement). Aussi longtemps que la demande existe, l’offre et toute pratique profitable basée sur la demande se déplacera vers d’autres juridictions.

Tailler les branches aide l’arbre à prospérer

Parce que les animaux sont des propriétés et des marchandises économiques, nous avons une large divergence d’acceptation sociale par rapport au traitement des animaux. D’un côté, la loi permet une cruauté extrême pour les bénéfices économiques les plus triviaux, du moment que l’utilisation au final soit socialement acceptable. De l’autre côté, la plupart des gens seraient horrifiés de voir un chien – surtout leur chien – subir ce que les animaux élevés pour la nourriture ou utilisés dans les expériences endurent.

Les campagnes ciblées renforcent cette dichotomie irrationnelle en isolant certaines utilisations d’animaux comme si elles étaient pire que d’autres. Lorsque nous faisons campagne pour éliminer une branche de l’arbre, comme la fourrure ou le massacre des phoques, en ignorant d’autres branches, comme le cuir, les œufs, et les produits laitiers, nous envoyons comme message au public que certaines formes d’exploitation sont pires que d’autres. La campagne extrêmement célèbre  « Dites non à la fourrure » est un exemple classique. Cette campagne particulière envoie le message confus et erroné que la fourrure est d’une certaine manière pire que d’autres matières animales comme le cuir, qui est tout aussi brutal dans sa production, et pourtant bien plus répandu.

Les campagnes ciblées pourraient éviter ce problème en promouvant le véganisme et en demandant la fin de toute l’exploitation animale, mais nous ne rencontrons presque jamais de fort message vegan dans les campagnes ciblées.

La solution vegan : Déraciner et éliminer l’arbre

L’arbre de l’exploitation animale existe seulement à cause des consommateurs de produits animaux. Les consommateurs et les utilisateurs sont la sève de chaque aspect de l’arbre. Lorsque nous devenons vegan, nous supprimons notre contribution à la santé de l’arbre. Lorsque nous informons les autres sur les raisons de devenir vegan et comment le devenir, nous aidons les autres à éliminer leur contribution à la santé de l’arbre. Lorsque nous attirons notre attention sur le spécisme de notre société, nous déterrons des parties de la racine de l’arbre et les exposons au grand jour – éliminant une source supplémentaire de nutrition pour les branches.

Au fur et à mesure, pour chaque personne devenant vegan et encourageant et aidant les autres à le devenir, la santé de l’arbre diminuera constamment, entrainant la mort naturelle des branches extérieures, jusqu’à ce qu’au final l’arbre entier – et avec lui, la cruauté extrême qu’il inflige nécessairement aux innocents – ne puisse plus être capable de survivre.

Plutôt que contribuer aux efforts des mille ‘massacrant les branches’ de l’arbre (tout en le nourrissant en même temps en consommant et utilisant des produits animaux et services), nous devrions « frapper à la racine » en adoptant le véganisme et en encourageant les autres à faire de même.

Dan Cudahy

------------------------------------------


A consulter également à propos des campagnes ciblées : 

lundi 19 décembre 2011

Never let me go

Ce week-end, j’ai eu l’occasion de visionner un très beau film, « Never let me go », qui raconte l’histoire de 3 enfants parmi d’autres, éduqués dans un établissement qui semble déconnecté de la société, dans un cadre idyllique.

Ils reçoivent une éducation de haut niveau, vivent en communauté et sont dans l’âge de l’insouciance. Mais on leur a appris qu’ils ne doivent surtout pas dépasser les limites de l’établissement car le monde extérieur est cruel et ils pourraient être tués. Ce serait déjà arrivé.

Un jour, un de leur professeur, arrivé depuis peu, pris de scrupules, décide de leur révéler que leur existence est en réalité déjà toute tracée, programmée : ils ont été mis au monde pour être donneurs d’organes, ils ont apparemment été clonés et serviront de donneur en cas de problème avec leur modèle « original ».

Les enfants apprennent la nouvelle avec stupeur et tristesse mais sont encore trop jeunes pour se rebeller contre ce système.
On les retrouve quelques années plus tard et on ne peut qu'éprouver de la peine et de la tristesse pour ces jeunes adultes, victimes de ce monde injuste : les donneurs ne survivent pas longtemps après un don. Certains vivent jusqu’au 3e don mais ça ne va pas plus loin. 

Ils et elles sont des marchandises. Une fois que le don est nécessaire, ils doivent s’y plier et risquer de mourir afin que l’original puisse continuer à vivre. Ils n’ont pas de futur, ils n’auront jamais d’enfant, ils n’auront jamais de famille. La société en a décidé autrement. En soi, leurs conditions de vie ont été bonnes, ils ont reçu une bonne éducation, leur cadre de vie est beau. Ils ont eu une belle vie, avant de mourir.

Ce film tragique m’a immédiatement fait penser au problème actuel du mouvement des droits des animaux.

Je vois mal toute personne décente vivant dans cette société fictive (et pourtant totalement plausible), souhaitant protester contre l’utilisation pure et simple de ces êtres humains sensibles, voulant vivre, éprouvant des émotions comme tous les autres (tout comme les animaux nonhumains), protester contre la qualité des vêtements qu’on fournit aux donneurs, contre le manque de verdure dans leur cadre de vie, demander que leur mort soit la moins douloureuse possible, revendiquer leur droit à pouvoir vivre dans un appartement spacieux avant leur mort. Car en protestant de la sorte, on ne remettrait jamais en cause leur statut de « marchandise », d’objets de rechange pour leur modèle jugé supérieur, on ne remettrait jamais en cause leur utilisation.

Bien sûr que non. Si nous étions réellement contre l’utilisation de ces humains, nous demanderions l’abolition pure et simple de cette pratique, quand bien-même elle serait courante dans notre société, quand bien-même ils aient une belle vie avant de mourir suite au don, quand bien-même cela durerait encore longtemps. Nous demanderions à ce que cela cesse, même si cela voudrait dire d’arrêter de mettre au monde ces donneurs. Nous ne nous battrions par pour le bien-être des donneurs, nous nous battrions pour leur droit fondamental à vivre, sans être utilisé, sans être considéré comme des propriétés.

Le mouvement welfariste actuel ne revendique pas l’abolition de l’utilisation des animaux nonhumains, il tente simplement de réglementer leur traitement, ce qui reviendrait dans le film à réglementer la mise à mort des donneurs, à demander à ce qu’ils aient droit à aller au cinéma, à manger de la glace ou à avoir une véranda. Et à donner des prix aux exploitants. Je répète, on a des groupes de "protection animale", de "droits des animaux" qui décernent des prix aux exploitants d'animaux pour leur traitement "humain". Dans le film, cela reviendrait à ce qu'une société de défense des droits de l'homme décerne un prix à un établissement de clonage ou à un chirurgien pratiquant l'opération avec le moins de ratés possibles.

Ou alors, dans le cas du mouvement neo-welfariste, on éduque le modèle original et la société par rapport à ce problème tout en lui expliquant en parallèle que s’il ne compte pas se passer de cette pratique (supposons que cette pratique ne soit pas nécessaire car généralement, s’il y a greffe d’organe cela est, à ma connaissance, indispensable), et bien il pourrait alors demander à ce que son donneur ait les meilleures conditions de vie possible. Ce qui revient à envoyer le message qu’on peut être un receveur consciencieux, à partir du moment où l’on veille à ce que son donneur ait eu la meilleure vie possible.

Mais le donneur ne veut pas mourir. Il veut vivre, tout simplement. La pratique reste immorale et doit être abolie.

Dans cette société, les militants ne devraient jamais envoyer le message que l’on peut être un receveur consciencieux, ils ne devraient jamais manifester pour que les donneurs aient plus de verdure dans leur cadre de vie, pour qu’ils aient droit à un bel appartement avant de mourir. Car militer pour ça, c’est marquer son accord sur le fait que les donneurs ne sont que des marchandises. Ce n’est que retarder l’abolition sous prétexte que les donneurs actuels ont besoin d’être aidés maintenant et que leurs conditions de vie doivent être aussi bonnes que possible.

Si d’un côté on éduque le receveur, le modèle original et la société sur l’immoralité de cette pratique mais que d’un autre côté on lui explique implicitement qu’il y a un moyen plus « humain » de traiter son donneur et que c’est ok de continuer cette pratique tant que c’est fait humainement, le message est totalement confus et les chances que la société change sont anéanties.

Et c’est exactement ce que fait la grande majorité du mouvement pour les « droits des animaux ». Il ne milite pas pour leur droit à la vie, il ne milite pas pour l’abolition pure et simple de cette pratique, il milite pour leur bien-être, pour leurs conditions de vie. Il ne demande pas l’abolition pure et simple de l’esclavagisme, il ne pointe pas le doigt sur le problème de l’utilisation, il s’attaque à la place au traitement. Il ne remet pas en cause le statut de propriété des animaux nonhumains.

Lorsque les défenseurs des "droits" des animaux nonhumains, qui sont la seule voix des victimes animales nonhumaines dans cette société spéciste, vont dans le sens de l'industrie en tentant de la réguler ou font croire au public qu'on peut être un omnivore consciencieux, ils trahissent les animaux, ils trahissent les victimes. Les victimes ne veulent pas avoir une cage plus grande, elles ne veulent pas de prison dorée avant de mourir, elles veulent vivre, vivre libres, elles veulent que la société cesse de les voir comme des marchandises.

Le message doit être clair : si on est pour les droits des animaux, alors il faut reconnaître que leur premier droit est celui de vivre. S’ils n’ont pas le droit de vivre, militer pour tout autre droit est tout simplement absurde. Le label « humain » est à balayer du mouvement des droits des animaux. Si on fait passer le message au public qu’il est possible d’être un omnivore consciencieux, à partir du moment où les produits animaux consommés proviennent d’exploitations « humaines », les animaux sont les grands perdants de cette équation. Le mouvement actuel des "droits des animaux", en faisant passer ce message, fait du tort aux animaux, ne les aide aucunement. 

Tant que les animaux seront considérés comme des propriétés en regard de la loi, toute réforme de bien-être n’aura aucun effet, aucun, sur leur droit fondamental.

Dans Rain Without Thunder, Gary Francione a énuméré 5 principes si on souhaitait réformer l’industrie pour respecter les droits des animaux : 

  1. Le changement proposé doit constituer une interdiction
  2. L’interdiction doit être constitutive de l’institution exploitante (cad, une catégorie significative de l’activité) 
  3.  L’interdiction doit reconnaître et respecter un intérêt animal non-institutionnel (cad, les intérêts des animaux qui ne sont PAS aussi les intérêts de l’exploitant) 
  4.  Les intérêts des animaux ne doivent pas être échangeables (cad, l’intérêt animal sera exécutoire et ne tiendra compte d’aucun « bénéfice » humain ou droit de propriété) 
  5.  L’interdiction ne doit pas remplacer une autre forme d’exploitation, supposée plus « humaine » (par ex, elle ne doit pas remplacer les cages par une exploitation « au sol » ou un égorgement/étourdissement électrique par une « mort par atmosphère controllée », mais bien éliminer l’activité entière sans remplacement).
Comme il le reconnaît dans son livre, ces 5 principes seraient tellement dévastateurs pour l’industrie qu’ils n’ont aucune chance d’être appliqués dans une société spéciste comme la nôtre. La seule manière d’y arriver est donc via l’éducation végane : il faut que les gens comprennent pourquoi le devenir et comment (et le rester).

Ce n’est que lorsque la société aura une population végane politiquement viable que les animaux pourront être reconnus en tant que personnes et que des lois pourront être prises en ce sens.

D’aucune manière, aucune, les lois sur le bien-être animal ne s’approcheront d’un semblant de droit fondamental significatif pour les animaux et de l’abolition de leur statut de propriété. Peu importe le nombre de réformes de bien-être qui sont prises, cela restera toujours de l’esclavagisme pur et simple et les animaux n’auront aucun droit fondamental.

Tout cela sans mentionner le problème des campagnes ciblées du mouvement neo-welfariste et welfariste, très bien expliqué dans cet article de Dan Cudahy.

A lire également : Partenaires dans l'exploitation

vendredi 16 décembre 2011

[Traduction] La sentience: la caractéristique moralement pertinente justifiant des droits fondamentaux

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Sentience: The Morally Relevant Characteristic Justifying Basic Rights ")



Dans cet essai, nous examinerons la pertinence morale de la sentience comme caractéristique justifiant le droit fondamental à la sécurité physique (comme défini dans la section suivante), mais d’abord nous devrions parcourir quelques notions préliminaires qui balisent le terrain pour nous permettre de comprendre comment et pourquoi la sentience a de l’importance lorsque nous pensons aux droits des animaux.

Une brève introduction aux droits.

Un droit est un moyen de protéger un intérêt. Les revendications des droits peuvent s’exprimer de la manière suivante : A a le droit de X par rapport à B en vertu de Y. A est le tenant du droit ; X est l’intérêt protégé par le droit ; B est l’obligé ; et Y est la caractéristique pertinente donnant le droit de X (par ex l’intérêt protégé). Nous pouvons également dire que Y est la raison pour laquelle A a le droit de X.

Tout comme il y a beaucoup d’intérêts qui varient largement en degré de relative importance, de crucial à trivial, il y a beaucoup de « droits » qui varient en degré de relative importance en relation des intérêts qu’ils protègent. Un droit, la façon dont le terme est utilisé dans notre société, peut être aussi important que notre droit fondamental à ne pas être torturé ou tué, ou aussi trivial que notre « droit » non fondamental de refuser d’acheter un objet bon marché et relativement sans importance qu’un vendeur nous a mis de côté. Il est dès lors important de faire la distinction entre les droits fondamentaux et les droits non-fondamentaux. Dans Introduction to Animal Rights [1], Gary L. Francione cite le théoricien politique Henry Shue dans Basic Rights [2] pour décrire un droit comme fondamental si « toute tentative de profiter de tout autre droit en sacrifiant le droit fondamental irait littéralement à l’encontre du but, couperait l’herbe sous le pied. » Shue déclare également que « les droits non-fondamentaux pourraient être sacrifiés, si nécessaire, dans le but de sécuriser le droit fondamental. Mais la protection d’un droit fondamental ne pourrait pas être sacrifié dans le but de sécuriser la jouissance d’un droit non-fondamental » car un droit fondamental « ne peut pas être sacrifié avec succès. Si le droit sacrifié est en effet fondamental, alors aucun droit pour lequel il puisse être sacrifié ne peut en réalité être apprécié en l’absence du droit fondamental. Le sacrifice irait alors à l’encontre du but. » [2]

Le droit fondamental le plus important que Shue identifie est le « droit fondamental à la sécurité physique – un droit qui est fondamental, de ne pas subir un meurtre, de la torture, de destruction, de viol ou d’agression. » [2] Comme Francione le dit à la page 95, « si une personne ne jouit pas du droit fondamental à la sécurité, et peut être assassiné à volonté par n’importe quelle autre personne, alors il est insensé de considérer quels autres « droits » elle pourrait avoir. » [1] Bien évidemment, un autre droit fondamental qui est essentiel au droit fondamental à la sécurité physique est le droit de ne pas être la propriété de quelqu’un d’autre ; cependant, le droit de ne pas être la propriété est hors cadre dans cet essai. Je discuterai du statut de propriété des êtres nonhumains et de leur droit à ne pas être une propriété dans un prochain essai.

Sentience définie

La sentience, strictement défini, est la capacité à expérimenter, ou être conscient de, des sensations. Les sensations incluent la peine, le plaisir, la vue, l’écoute, le gout, et l’odorat. Plus largement défini, la sentience inclut l’expérience de soi-même. L’expérience de soi-même qui définit la sentience est émotion – ou basée sur les sens et non-cognitive. Dans cet essai, je parle de sentience dans le sens large qui inclut un sens non-cognitif de soi-même.

La sentience varie souvent en degré. Si nous sommes sous morphine ou sous une substance qui nous rend moins alerte à nos environs, notre sentience n’est pas aussi aigüe que lorsque nous sommes dans un état normal. Par ailleurs, certaines espèces ont des degrés de sentience plus importants par rapport aux sens spécifiques d’autres espèces. Par exemple, les chiens, les cochons, et les ours ont un sens de l’odorat très développé comparé à la plupart des autres espèces, et beaucoup d’oiseaux un sens de la vue comparable.

Les gens demandent souvent si les insectes sont sentients. Je ne sais pas dans quelle mesure ils le sont. La question de délimiter la sentience, particulièrement son degré, est un débat long et difficile et je ne l’aborderai pas dans cet essai. Ce que nous savons de manière certaine est que les oiseaux et les mammifères sont sentients d’une manière et à un degré fortement similaire aux humains ; si bien que toute différence en sentience est moralement immatérielle. Nous avons de bonnes raisons de croire que les autres vertébrés, comme les poissons, les reptiles et les amphibiens sont également sentients à un degré important ; bien que, au plus nous nous éloignons des similitudes biologiques par rapport aux humains, comme dans le cas des insectes, au plus difficile cela devient pour nous de savoir quel est le degré de sentience d’un être ou son expérience.

Un intérêt à la sécurité physique [3]

Fortement relaté à la sentience est l’intérêt d’un être à la sécurité physique. En fait, la seule manière de déterminer si un organisme a un intérêt à la sécurité physique est de se demander si et à quel degré l’organisme est normalement sentient (ou potentiellement sentient). Un arbre est vivant, mais parce qu’un arbre n’a aucun organe sensoriel ou tout autre appareil qui nous permettrait de croire qu’il est sentient, et puisqu’il ne se comporte pas en apparence d’une quelconque manière suggérant de la sentience, nous pensons qu’il est assez évident que l’arbre ne peut pas avoir un quelconque intérêt conscient à la sécurité physique (puisqu’il ne peut expérimenter sa sécurité physique). D’un autre côté, les poulets, les cochons, les vaches, les cerfs, les moutons, les chèvres et beaucoup d’autres êtres nonhumains ont des organes sensoriels et des systèmes nerveux centraux bien développés qui, en plus de leur comportement extérieur consistant à se battre ou à s’envoler lorsqu’ils perçoivent un danger, nous amènent à
savoir, au même degré que par rapport aux humains, qu’ils ont tous un intérêt conscient important à leur sécurité physique.

Donc, il y a un lien fort et évident entre la sentience et l’intérêt conscient à la sécurité physique de manière que, en parallèle à n’importe quel degré de sentience, il y a un intérêt conscient à la sécurité physique ; et en parallèle à n’importe quel intérêt conscient à la sécurité physque, il y a de la sentience.

Retour aux droits

Nous disions que la revendication aux droits peut s’exprimer de manière suivante : A a le droit de X par rapport à B en vertu de Y. Remplissons les termes :

Les êtres nonhumains sentients (A) ont le droit à la sécurité physique (X) par rapport aux êtres humains (B) en vertu de leur sentience (ce qui est virtuellement interchangeable avec un intérêt conscient à la sécurité physique) (Y). Nous devons remarquer, et nous explorerons ça plus en détail dans la prochaine section, que la sentience est la même raison et la seule raison pour laquelle les humains ont le droit à la sécurité physique.

Remplacements non-pertinents pour Y

Les partisans auto-intéressés de l’exploitation animale tentent souvent de suggérer des caractéristiques autres que la sentience pour Y. Comme je l’ai expliqué dans  "Comprendre le point de vue anti-droits des animaux" les partisans de l’exploitation animale démarrent de leur conclusion qu’ils veulent exploiter les êtres non-humains et cherchent de là des « arguments » pour « appuyer » leur conclusion préconçue, auto-intéressée. Donc les partisans de l’exploitation animale choisissent des caractéristiques que seul les humains possèdent pour remplacer Y et insistent sur le fait que le Y choisi (non-pertinent) est la « justification » pour que les humains aient le droit fondamental à la sécurité physique, mais puisque les non-humains n’ont pas ce Y, les non-humains ne possèdent pas ce droit fondamental.

Les objections aux partisans de l’exploitation animale sont évidentes de deux façon, que nous explorerons plus en détail ci-dessous. Premièrement, les suggestions qu’amènent les partisans de l’exploitation animale pour Y sont non-pertinentes par rapport à un intérêt conscient à la sécurité physique. Deuxièmement, les suggestions des partisans de l’exploitation animale pour Y, avec une seule exception, ne sont pas des caractéristiques que tous les humains et seulement les humains ont, et de là elles excluent des millions d’humains de la communauté morale. La seule exception est l’ADN humain, ou l’espèce, en soi ; ce qui est tout aussi non-pertinent en regard du droit fondamental à la sécurité physique que la race ou le sexe, par exemple, le sont en regard de l’intérêt qu’aurait un humain intelligent et curieux à l’éducation.

Déballons la première objection, que les suggestions pour Y sont non-pertinentes. Une suggestion très commune est la capacité cognitive (souvent référencée comme « rationalité » ou « intelligence ». Comment et pourquoi la capacité cognitive aurait un lien avec l’intérêt conscient à la sécurité physique est tellement tiré par les cheveux que ça me parait ridicule, mais je vais jouer le jeu en reconnaissant un certain nombre de faits qui pourraient faire comprendre à l’exploitant auto-intéressé que la capacité cognitive est une voie sans issue pour Y dans ce cas-là.

Le premier fait à reconnaître à propos de la capacité cognitive est qu’elle varie fortement selon l’humain. Certains humains sont plutôt mathématiques, linguistiques, et des génies de logique, alors que d’autres sont fonctionnellement en dessous des chiens, des cochons et des dindes dans leur capacité cognitive, et que le restant d’entre nous se situe quelque part entre les deux. Est-ce que cela signifie que les génies en mathématique ont un intérêt conscient à la sécurité physique plus signifiant que les humains moins dotés ? Non, ils n’en ont pas. Un niveau élevé de capacité cognitive peut nous amener à redouter le futur ou à réaliser que le futur sera ok, mais l’absence d’une telle capacité cognitive peut amener une crainte similaire ou un réconfort, selon la situation. Par exemple, un humain pourrait redouter la possibilité, en temps de guerre, d’être capturé et torturé par l’armée ennemie ou une faction politique, ce qui ne pourrait en fait jamais arriver ; et un animal de ferme secouru, qui fut torturé auparavant, ou un canidé, pourrait craindre ses sauveurs d’un sanctuaire ou d’un refuge pendant plusieurs semaines ou mois, ne sachant pas que ces personnes ne montreront rien d’autre que sympathie et gentillesse envers lui. C’est l’action émotionnelle et sentiente que nous avons en commun avec les non-humains, pas l’activité de raisonnement abstrait, c’est de là que vient notre intérêt à la sécurité physique.

Le second fait à reconnaitre est que les ordinateurs d’aujourd’hui ont des capacités ahurissantes en mathématique et en logique, mais absolument aucun intérêt conscient à leur sécurité physique. Si les exploitants veulent prendre en compte l’intelligence pour Y, alors les ordinateurs de dernière génération, non-sentients et inconscients ont un droit à la sécurité physique (même s’ils ne peuvent expérimenter la sécurité physique) ; et les humains sentients, bien moins intelligents, n’ont pas ce droit.

D’autres suggestions pour Y sont la capacité à revendiquer ou défendre des droits et la capacité associée à en faire autant moralement ; mais encore une fois, ça laisse de côté des millions d’humains au niveau des droits. La capacité à défendre des droits donne éventuellement des droits à quiconque revendiquerait leur « droit » à commettre un génocide, à diriger le monde en tyran, ou tout autre exemple d’une telle absurdité, par rapport à laquelle les gens sains d’esprit seront tous d’accord pour dire que de tels droit n’existent pas. La capacité à retourner le respect du droit fondamental à la sécurité physique ne devient pertinent que si notre propre sécurité physique est immédiatement et réellement menacée ; et si notre sécurité est menacée de cette façon, la capacité de notre agresseur au libre arbitre moral devient non-pertinent de toute manière. Nous sommes excusés, si pas justifiés, de nous défendre contre quiconque, agent moral ou patient moral, menace réellement notre sécurité physique, en utilisant le minimum de force nécessaire, et une telle défense peut signifier de tuer dans certains cas. [4]

La deuxième objection contre les partisans de l’exploitation animale est qu’il n’y a aucune caractéristique, que tous et seulement les humains ont, qui nous différencie des autres espèces en aucune façon moralement pertinente pour un intérêt conscient à la sécurité physique. En fait, il y a un chevauchement continu de toutes les caractéristiques, excepté l’ADN (qui est non-pertinent pour les raisons déjà évoquées), de sorte que, pour toute caractéristique donnée, il y a des êtres non-humains qui possèdent cette caractéristique (ex : intelligence, émotion, sensibilité au plaisir et à la douleur, etc) en plus grande quantité que certains humains.

Il devrait maintenant être clair pour tout lecteur cohérent et raisonnablement intelligent que la sentience est la caractéristique moralement pertinente pour le droit à la sécurité physique. Lorsque nous sommes en position de force par rapport aux autres, le choix d’agir moralement ou non, comme dans n’importe quel cas de morale, est notre choix. Mais la question de ce qui est moral ou ne l’est pas n’est pas notre choix dans des cas si clairs ; et c’est une question de fait moral que les non-humains sentients ont le droit fondamental à leur sécurité physique par rapport aux humains en vertu de leur sentience, peu importe la manière dont nous nous sentons par rapport à ce fait. Des situations de survie pourraient nous excuser de faire fi des droits des autres, mais dans notre exploitation des êtres non-humains à notre ère moderne, rien ne s’approche en quoi que ce soit de la survie.

Cette conclusion inévitable, combinée à notre connaissance moderne de la nutrition végétalienne et des alternatives, implique pour nous une obligation morale de devenir et rester vegan. Heureusement, être vegan est bien plus facile et bien plus délicieux que ce que s’imaginent la plupart des gens. Nous devons juste apprendre les ficelles du métier et développer les habitudes. Après quoi, nous sommes en pilote automatique.

_________________________________________

Notes:


[1] Gary Francione, Introduction to Animal Rights: Your Child or the Dog (Temple University Press, 2000), pages 94 et 95

[2] Henry Shue,
Basic Rights, 2d Ed. (Princeton University Press, 1996)

[3] Bien que les êtres sentients ont un intérêt à la sécurité physique absolue, certaines violations de la sécurité physique sont inévitables, et donc « nécessaires » pour nous tous (ex : accidents de voiture et maladie). Ca n’a aucun sens de parler d’un droit ou de sécurité physique si la violation de la sécurité physique est réellement inévitable. J’ai donc limité la discussion à un intérêt à la sécurité physique lorsqu’elle est protégeable, mais il doit être clair que je veux dire « protégeable » dans le sens strict de ‘protégeable même à un prix très élevé, actuel ou perçu’. Vu la définition de protégeable, il doit être clair qu’environ 99,9999999% des utilisations intentionnelles des êtres nonhumains par notre société violent leur intérêt protégeable à la sécurité physique, et sont donc des violations de leur droit.

[4] Après avoir relu ce paragraphe le jour après l’avoir posté, j’ai décidé que ce n’était pas écrit aussi clairement que ça aurait pu l’être. J’ai clarifié ci-dessous (changements en gras) :

« La capacité à rendre la pareille au respect d’un droit fondamental à la sécurité physique ne devient un problème seulement si notre propre sécurité physique est immédiatement et réellement menacée, puisque si notre sécurité n’est pas réellement menacée, note droit à la sécurité n’est pas violé ; et si cette sécurité est menacée de cette façon, la capacité de notre agresseur au libre arbitre devient de toute façon non-pertinente dans notre réponse. C’est parce que nous sommes excusés, si pas justifiés, de nous défendre contre quiconque, agent moral ou patient moral, menace réellement notre sécurité physique, en utilisant le minimum de force nécessaire, et une telle défense peut signifier de tuer dans certains cas.


jeudi 15 décembre 2011

[Traduction] PETA: Un enchevêtrement d'entreprise de contradictions.

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "PETA: A Corporate Tangle of Contradictions")


Dans les médias et dans l’esprit de beaucoup de personnes, PETA est l’incarnation de l’entreprise des « droits des animaux ». A certains égards, cette croyance commune dans la connexion entre « droits des animaux » et PETA est compréhensible. Parcourez le site web ou la littérature de PETA et vous rencontrerez fréquemment les termes « droits des animaux » et « vegan » mentionnés favorablement, ainsi que leur crédo, « Les animaux ne sont pas là pour être mangés, pour nos expérimentations, ou pour nos loisirs ». En effet, PETA veut être connue comme l’organisation des "droits des animaux" la plus grande et la plus connue au monde, et ils ont les moyens, relativement aux autres individus et organisations impliquées dans le plaidoyer animal (plus ou moins 34 millions de dollars en revenus annuels), pour maintenir cette forte impression dans le discours public et dans les médias.


Malgré l’image publique de « droits des animaux » que PETA promeut intentionnellement, leur philosophie et leurs actions sont résolument, et de loin, welfaristes et contredisent de façon substantielle toute notion cohérente des droits des animaux.

La philosophie auto-contradictoire de PETA à propos de l’éthique animale.


PETA est célèbre pour avoir nommé le philosophe utilitariste, Peter Singer, « le père du mouvement des droits des animaux » ainsi que pour avoir déclaré le livre de Singer,
Libération Animale, « bible des droits des animaux ». Ironiquement, cependant, Singer est un utilitariste qui rejette explicitement des droits pour quiconque, humain ou nonhumain. En contradiction avec le crédo de PETA, Singer pense que les animaux sont là pour être mangés, portés et pour nos expériences (1, 2, 3). Selon Singer, du moment que nous élevons et tuons « humainement », ou en réduisant la douleur autant que raisonnablement possible, il n’y a rien de mal à utiliser les animaux pour nos objectifs. En d’autres mots, pour Singer, rejoignant le philosophe utilitariste du 18e siècle, Jeremy Bentham, qui fonda le mouvement de bien-être animal il y a 200 ans, la problème est le traitement, pas l’utilisation.

Donc, selon PETA, nous avons un philosophe des « droits des animaux » qui « engendra » le mouvement des droits des animaux et écrivit sa « bible », mais en flagrante contradiction, serait d’accord avec Bentham sur le fait que les droits (pour quiconque, dont les humains) sont « une absurdité sur échasse ».

Pourquoi PETA, dont le crédo est que les animaux ne sont pas là pour nous, et se présente comme une organisation de « droits des animaux », promeut un philosophe qui rejette les droits des animaux et pense sincèrement qu’il est moralement permissible d’exploiter les animaux ? Voilà la contradiction centrale qui pose les fondations de la plupart des autres contradictions que nous examinerons dans cet essai.

Les actions auto-contradictoires de PETA

Tout comme une erreur faite très tôt dans un long problème mathématique, l’auto-contradiction philosophique de PETA se répercute à travers la plupart des actions dans lesquelles ils s’engagent, rendant ces actions confuses et trompeuses au possible, et au pire, anti-éthiques et régressives pour les droits des animaux. Si notre philosophie – notre projet et notre fondation pour mener à bien ces actions – est sérieusement viciée, alors peu importe la manière dont nous appliquons cette philosophie, elle nous emmènera sur le mauvais chemin et finira par des résultats bâclés et bousillés. Ce qui suit est une liste des actions régulièrement entreprises par PETA – campagnes de bien-être, sexisme, affiches publiques embarrassantes, un modèle économique auto-intéressé, et pire que tout, abattage injustifié – qui contredit audacieusement la philosophie des droits des animaux et ses fondations de justice, nonviolence, bons jugements et considération égale des autres sur base de critères moraux pertinents.

Les campagnes de bien-être de PETA contredisent les droits des animaux

PETA alloue une partie substantielle de son argent, temps et efforts à des campagnes d’une grande visibilité qui tentent de réformer et réglementer les méthodes et pratiques de l’industrie de l’exploitation animale. Ca a pour effet de renforcer le paradigme du spécisme de deux manières significatives : 
  1. En ajoutant des couches supplémentaires de règles et règlements et jobs d’ « inspecteurs » supplémentaires, cela renforce le système législatif, économique et bureaucratique qui appuie l’esclavagisme animal ; et 
  2.  A travers la commercialisation de ces réformes et règlements, les gens ont meilleure conscience par rapport au viol, à la torture et au meurtre [1] de dizaines de milliards d’êtres innocents annuellement, ce qui en retour augmente les profits des industries.

Ces campagnes de bien-être sont en accord avec la philosophie utilitariste spéciste [2] de Peter Singer, mais contredisent tout concept significatif des droits des animaux. Il est inutile de discuter quels « droits » quelqu’un pourrait avoir s’il n’a pas le droit basique à ne pas être tué intentionnellement ou sérieusement amoché pour les préférences d’un autre. Par exemple, considérons la manière dont nous évaluerions une organisation des droits de l’homme lançant des campagnes de prohibition de certaines méthodes d’esclavagisme, viol, torture, et meurtre, au lieu de faire systématiquement et sans équivoque campagne  pour la fin de ces pratiques. La grande majorité d’entre nous s’opposerait à une telle organisation des « droits » de l’homme qui manquerait d’ambition au point d’implicitement approuver ce genre d’activités, peu importe ses crédos superficiels et ses platitudes sur les « droits ». La seule chose nous empêchant de nous opposer à PETA pour les mêmes raisons est notre spécisme.

La politique d’abattage de PETA contredit les droits des animaux.

Tristement, il y a des milliers de cas annuels dans notre société extrêmement spéciste où des chiens et des chats sont trouvés dans des conditions si douloureuses, déplorables et irréversibles que la seule action approprié est l’euthanasie. Si jamais je me trouve en état terminal d’une douleur horrible ou d’un coma, par la présente j’exprime par avance mon immense gratitude à ceux qui mettront fin à ma vie rapidement et sans douleur. Dans ce genre de cas où la vie n’a plus de valeur intrinsèque à cause de changements permanents (ex : état terminal d’une douleur atroce ou d’un coma), PETA euthanasie et devrait euthanasier les animaux.

Mais PETA va plus loin qu’euthanasier des animaux en phase terminale ou inadoptables.  Dans une autre contradiction avec les droits des animaux, PETA tue des chiens et chats, en bonne santé et adoptables, catalogués comme « non-désirables ». PETA s’oppose également aux refuges qui ne font pas de mise à mort. Bien entendu, ces deux politiques sont en accord avec la vision de bien-être (et spéciste) de Peter Singer que les chiens et chats n’ont aucun intérêt dans une existence continue ; seulement un intérêt à ne pas souffrir. Mais ces politiques ne sont pas en accord avec la vision des droits des animaux que les nonhumains sentients ont un intérêt important autant dans leur existence continue que dans le fait de ne pas souffrir. Quand ces deux intérêts s’opposent violemment, nous pouvons avoir une décision difficile à prendre, mais être « non-désirable » n’est pas la même chose qu’endurer des douleurs terminales ou un coma permanent. Lorsque PETA tue un chien ou un chat en bonne santé, adoptable, qu’ils estiment « non-désirable », c’est une décision basée sur des préférences utilitaristes anthropocentriques, pas sur les droits des animaux. [3]

Encore une fois, la grande majorité d’entre nous s’opposerait fortement à une organisation des droits de l’homme approuvant et s’engageant même dans l’abattage de masse de réfugiés humains ; tentant de justifier de telles actions en pointant le problème de surpopulation et la souffrance potentielle des réfugiés si nous ne les abattons pas. C’est le spécisme qui empêche les gens, ce qui comprend beaucoup de militants de la cause animale, de reconnaître l’injustice dans cet acte.

Le sexisme de PETA renforce indirectement le spécisme

Le spécisme, le sexisme, le racisme, et l’hetero-sexisme sont tous des bigoteries imprégnées de la même confusion sous-jacente qui ignore les caractéristiques moralement pertinentes, comme la sentience ou l’intérêt, en faveur de caractéristiques moralement non-pertinentes, comme l’espèce ou la race, lorsqu’il s’agit de fournir une égale considération aux autres. Et pourtant, tellement de personnes sont des militants passionnés et engagés tentant d’éliminer un ou plusieurs de ces préjugés tout en raillant ironiquement un autre. Il est courant de voir des féministes, des activistes LGBT, et militants des droits civils ridiculiser la question du spécisme tout en ignorant allègrement les implications sous-jacentes de leur rejet. Beaucoup condamnent la bigoterie des autres, mais ne peuvent voir la leur.

La même chose vaut pour PETA et leur sexisme. Si PETA exploite la femme dans ses campagnes de fourrure et de chair, renforçant le paradigme sociétal actuel qui voit les femmes comme des objets et leurs corps comme des marchandises, pourquoi quiconque prendrait alors au sérieux ce qu’un telle organisation hypocrite aurait à dire à propos du spécisme ? Les militants des questions de justice sociale rendent obsolète leur propre cause à partir du moment où ils banalisent les causes des autres.

Les opérations publicitaires de PETA banalisent une grave injustice

Lorsque nous jetons un œil aux succès des mouvements de justice social – abolition de l’esclavagisme au 19e siècle, les suffragistes, et le mouvement des droits civils – nous pouvons voir que leurs leaders étaient des personnes avec un caractère fort, sérieux et noble. Frederick Douglas, William Lloyd Garrison, Susan B. Anthony, Elizabeth Cady Stantont, Martin Luther King, et Rosa Parks n’étaient pas le genre de personne qui se seraient engagés dans opérations publicitaires ridicules ou embarrassantes pour attirer l’attention des médias de leur époque. Lorsqu’ils avaient l’attention du public, c’était à cause de la puissance morale de leur message et de leurs mots, pas parce qu’ils « se mettaient à poil » ou se lançaient dans un humour de choc ou autres actions qui banalisent les injustices pour lesquelles ils se battaient.

En contraste, PETA est bien connu pour ses opérations publicitaires odieuses et souvent sexistes et d’autopromo criardes , attrayantes pour les aspects les plus bas de l’attitude et du comportement humain. Malheureusement, PETA ne peut même pas tenter de discuter avec l’autorité morale parce que ça contredirait de manière flagrante leur attitude et leurs actions comme en témoignent les panneaux publicitaires « Sauvez les baleines » qui se moquent de l’obésité féminine, les publicités bannies de la télévision, et les campagnes sexistes du genre « Je préfèrerai être nue que porter de la fourrure ».

PETA est un business

Les auto-contradictions de PETA peuvent être tracées selon deux facteurs majeurs : 

  1.  Leur mélange contradictoire de philosophie utilitariste-bien-être traditionnelle (les animaux sont là pour nous…) avec une façade de rhétorique de soi-disant droits (« les animaux ne sont pas là pour nous… ») et 
  2.  Le fait que PETA soit, entre autre, une corporation existant en tant que personne légale, mais dénuée de la conscience potentielle de l’agent moral humain

Le cycle économique de PETA démarre avec des campagnes ciblées et de bien-être contre des cibles sélectionnées comme le fruit à portée de main – des pratiques à modifier que l’industrie est prête à faire, non seulement pour des raisons de relation publique, mais également souvent pour des raisons de profitabilité. PETA envoie alors le message urgent aux donateurs : « A L’AIDE ! Donnez autant que vous le pouvez ou cette victoire pourrait nous échapper ! ». Les donateurs – la plupart d’entre eux n’étant pas vegan, et contribuent dès lors au problème en question pour lesquels ils envoient leur argent afin de le « solutionner » -- répondent en sortant leurs chéquiers et remplissant les coffres de PETA. Après plusieurs semaines ou mois de campagne, l’exploitant ciblé « abandonne » face à la campagne de PETA. PETA déclare immédiatement « VICTOIRE ! » à leurs donateurs et, le plus souvent comme partie du deal avec l’exploitant ciblé, PETA promeut l’exploitant dans une campagne de relation publique, comme ils l’ont fait pour KFC Canada.

Le résultat du cycle économique est que PETA y gagne des dons et renforce sa réputation de « chien de garde » de l’industrie, ce qui lui permet de perpétuer le cycle indéfiniment. Les donateurs non-vegan y gagnent une « victoire » et une fausse impression de faire quelque chose pour compenser leur propre contribution personnelle à l’enfer qu’endurent leurs victimes innocentes. Les exploitants d’animaux y gagnent une augmentation de la confiance publique erronée que ces produits sont « humains » et en obtenant le soutien en relation publique d’une (soi-disant) organisation des « droits » des animaux. Les grands perdants, évidemment, sont les êtres innocents qui sont exploités et tués pour les plaisirs triviaux de ceux qui les voient comme des marchandises.

Par ailleurs, puisque nous exploitons et infligeons de la cruauté de tant de manières à des nonhumains sentients, et puisque l’industrie est tellement résistante face aux changements superficiels apportés par les soi-disant « victoires », les opportunités pour le cycle économique ‘campagnes de bien-être > dons’ peut facilement durer indéfiniment, ou aussi longtemps qu’existera l’industrie.

Le cout d’opportunité de PETA

Les contradictions de PETA en philosophie, rhétorique, et en actions – qui ont mené à une profonde confusion publique et au renforcement du statu quo utilitariste-welfariste qui existe depuis Jeremy Bentham – ont été une barrière pour progresser dans l’avancement des droits des animaux, et continueront à l’être tant qu’ils continueront en tant organisation de bien-être animal.

Cependant, PETA en tant que barrière aux droits des animaux est seulement une partie du cout à tout mouvement abolitionniste viable. L’autre partie est le cout d’opportunité engagé par PETA. Nous devrions nous demander non seulement comment PETA pourrait retirer cette barrière, mais tout ce que pourrait apporter PETA en étant cohérent avec la philosophie des droits des animaux et dans l’éducation publique. Que se passerait-il si PETA laissait tomber les ordures – les campagnes ciblées, les campagnes de bien-être, le sexisme – et se lançait seulement dans l’éducation vegan créative et nonviolente ? Quand nous additionnons le cout d’opportunité au cout de la barrière, le cout total en progrès des droits des animaux est énorme et tragique.

Vegans contre PETA

Est-ce une surprise si les vegans qui sont sérieux à propos des droits des animaux et du déclin, de la chute et de l’abolition éventuelle de l’exploitation et de l’abattage animal industriel, sont contre PETA ? Dans Abolitionnisme contre Welfarisme : un contraste en théorie et en pratique, j’ai expliqué les forces et les faiblesses de l’industrie et comment le welfarisme répond aux forces de l’industrie, alors que l’approche abolitionniste s’attaque aux faiblesses de l’industrie. Le welfarisme, le sexisme, les campagnes publicitaires de banalisation de PETA jouent toutes contre les forces de l’industrie. Seul un message fort et cohérent qu’il n’y a pas de justification morale à l’exploitation des nonhumains sentients et que le veganisme est une norme minimale de décence, déplacera le paradigme et résultera dans l’abolition éventuelle de l’exploitation industrielle et de la cruauté. De grandes organisations comme PETA sont la dernière chose dont nous ayons besoin pour avancer. Seul un mouvement solide, de base, abolitionniste des droits des animaux réussira.

Lecture additionnelle

Le sujet du neo-welfarisme en général et de PETA en particulier est trop vaste pour s’y attaquer avec une profondeur adéquate dans un essai sur un blog. De là, je recommande fortement la lecture de Rain Without Thunder: The Ideology of the Animal Rights Movement du Professeur Gary L. Francione pour une analyse bien plus compréhensive et en profondeur des problèmes du neo-welfarisme et de PETA. En plus, les liens ci-dessus fournissent des informations et perspectives additionnelles sur la question du neo-welfarisme en général.

_________________
Notes:

[1] Par “meurtre”, je veux dire l’abattage dispensable et intentionnel. Au moins 99% de l’abattage intentionnel des animaux dans notre société est
dispensable, dans tous les sens du mot, et est qualifié de meurtre si n’importe quel acte en est.

[2] Bien que Peter Singer parle beaucoup d’éviter le spécisme (et réfute implicitement qu’il soit un spéciste), sa supposition que les nonhumains sentients n’aient aucun intérêt dans leur existence continue est en soi clairement spéciste. Nous n’avons pas besoin de « projets » continus dans notre vie, comme Singer pense que nous devrions, pour avoir un intérêt fort et important dans l’existence continue. Tous les êtres sentients luttent pour leur existence, et on a pas besoin d’un expert en éthologie pour le confirmer. Cette lutte pour l’existence rend évident l’intérêt dans l’existence continue. Nier cela aux nonhumains, ou définir « un intérêt dans l’existence continue »à l’exclusion de cette lutte, est du spécisme.

[3] Une analyse en profondeur de la population des chiens et chats et du problème de gestion de la garde dépasse le cadre de cet essai, donc je dirai seulement que la maladie sous-jacente est l’institution des propriétaires d’animaux « de compagnie » et son élevage en résultant et l’absence de castration et stérilisation qui est responsable de la myriade de problèmes menant à la souffrance énorme et à l’abattage intentionnel de millions de chiens et chats annuellement. Si PETA décide un jour d’adopter une approche basée sur les droits vis-à-vis de ce problème, ils soutiendront les refuges sans euthanasie ; augmenteront leur contribution aux programmes TNR ; et éduqueront le public général sur la question ‘pourquoi l’institution des propriétaires d’animaux de « compagnie » est immorale. Tout élevage est irresponsable ; et la castration et la stérilisation est essentielle pour tous les chiens et chats existant.