lundi 28 novembre 2011

[Traduction] Qu'est-ce qui ne va pas avec le végétarisme ?

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "What is wrong with vegetarianism")

Qu’est-ce qui ne va pas avec le végétarisme ?

Le mot « végétarien » fut introduit durant la moitié du 19e siècle. Depuis lors, il décrit une personne qui exclut la chair des mammifères, oiseaux et poissons de son régime alimentaire, mais inclut d’autres produits provenant des mammifères et oiseaux ; plus particulièrement le lait maternel des vaches et les œufs de poules. Dans cet essai, quand j’utiliserai le mot « végétarien » ou « végétarisme », je parlerai d’une personne (ou pratique) qui inclut des produits laitiers et des œufs dans son régime alimentaire.

Par contraste avec les végétariens, les vegans excluent tous les produits animaux de leur régime alimentaire. En plus, les vegans n’utilisent pas d’animaux comme ressource ou marchandises (par ex. : ils n’exploitent pas les animaux) pour quelque raison que ce soit (habillement, divertissement, ou par profit ou gain de quelque manière que ce soit (peu importe si c’est « humain »). Essentiellement, les vegans laissent les animaux tranquilles, excepté quand il s’agit de sauvetage de victimes de l’agriculture animale, de l’industrie des « animaux de compagnie », et autres formes d’exploitation qui leur sont imposées par les hommes.

Les problèmes moraux du végétarisme.

Beaucoup de personnes sont végétariennes par raisons éthiques. Elles sont contre le traitement qu’on inflige aux animaux dans l’agriculture ou contre leur abattage intentionnel, ou les deux. Paradoxalement, malgré leurs objections au traitement ou à l’abattage intentionnel des animaux, elles continuent de consommer des produits laitiers et œufs, qui, comme nous le verront plus bas, contribuent certainement plus à la souffrance et sans doute tout autant à l’abattage intentionnel des animaux que la consommation de produits carnés. En fait, dans la mesure où un végétarien remplace les calories de la viande par les calories des produits laitiers et œufs, le végétarien a augmenté son ou sa contribution à la souffrance animale.

Les œufs « plein air »

Considérons la vie des poules vivant en « plein air ». Les producteurs d’œufs « plein air » achètent généralement des poules pondeuses des mêmes couvoirs que les producteurs d’œufs traditionnels. La moitié des poussins nés dans les couvoirs sont des mâles dont on « se sépare » souvent de manière cruelle, cela inclut d’être jetés vivants dans des machines qui broient leurs corps ou dans des sacs poubelles et/ou de grandes bennes à ordure où soit ils meurent de faim soit suffoquent jusqu’à ce que mort s’en suive. En outre, puisque les « poules pondeuses » ne sont plus assez productives après 2 ans, elles sont envoyées à l’abattoir à ce moment-là. L’industrie des œufs « plein air » s’appuie fortement sur une routine d’abattage en masse d’animaux pour être économiquement viable.

La vie des poules pondeuses « plein air » avant leur abattage est généralement un enfer sur terre. Le label « plein air » veut seulement dire que les oiseaux peuvent avoir certains accès à l’extérieur, même si c’est une fraction minuscule de l’espace du grand hangar dans lequel ils vivent. A cause de la surpopulation intense dans ces hangars, et parce que les oiseaux sont des animaux sociaux qui ont littéralement un ordre hiérarchique, leurs becs sensibles sont tranchés à l’aide d’une lame ébouillantée (pour cautériser le flux sanguin) afin qu’ils ne puissent pas se blesser en essayant d’établir un ordre hiérarchique impossible dans de telles conditions de surpopulation. 

Les conditions de vie dans un établissement « plein air » classique incluent de la crasse avec des sols remplis d’excréments sur lesquels les poules vivent ainsi qu’une qualité de l’air extrêmement mauvaise à cause du manque de ventilation.

Au-delà de ces conditions de vie difficiles, les poules ont été génétiquement manipulées pour être extrêmement productives dans la ponte d’œufs, ce qui a pour résultat qu’elles sont en moins bonne santé que les poules traditionnelles. Leur santé fragile est largement due au fait que les poules qui ne sont pas exploitées mangent la plupart de leurs œufs (dans des conditions naturelles, seule une petite portion des œufs arrivent à l’éclosion) afin de récupérer les nutriments qu’elles perdent dans les œufs qu’elles produisent. Quand on leur prend leurs œufs, elles perdent alors cette possibilité. Génétiquement modifiées, les poules pondeuses intensives perdent encore plus de nutriments et finissent en pire santé car elles produisent plus d’œufs pour les humains que les poules traditionnelles.

La production d’œuf des poules est à son sommet lorsqu’elles ont plus ou moins 7 mois et diminue nettement à plus ou moins 15 mois. Pour obtenir 6 mois supplémentaires de ponte, les producteurs « plein air » vont alors utiliser une pratique appelée « mue forcée » pour imiter les conditions d’une transition hiver-printemps. Durant la « mue forcée », on affame les poules durant plusieurs jours (jusqu’à 14 jours) et on estompe la lumière dans les hangars. Les poules peuvent perdre jusqu’à 30% de leur poids durant ce processus de famine et certaines poules plus faibles –déjà en malnutrition de pas pouvoir consommer leurs propres œufs- finissent par mourir. Plusieurs semaines après la fin de la « mue forcée », la production retourne à un niveau normal.

Après que les poules « plein air » soient « usées », condition dans laquelle elles ne peuvent plus produire d’œufs à un rythme économiquement viable et lorsque leur santé s’est considérablement détériorée à cause des conditions de vie misérables et à l’impossibilité de récupérer leurs nutriments, elles sont transportées à l’abattoir. Le transport et l’abattage peuvent tous les deux être la pire cruauté que les poules aient jamais connues. Elles sont très fragiles, de même que leurs os, du fait d’avoir tant donné sans pouvoir récupérer. Quand on les manipule brutalement pour le transport et l’abattage, leurs os se brisent souvent. Par ailleurs, les poules pondeuses ne sont généralement pas utilisées pour la consommation humaine ; leur viande est souvent de très pauvre qualité à cause de leur mauvaise santé. 

Les poules « plein air » finissent dans les mêmes abattoirs que tout autre poulet où elles sont souvent torturées intentionnellement, jetées contre les murs ou piétinées, par des travailleurs frustrés par les mauvaises conditions de travail et le salaire trop bas. Même si les poules « plein air » ne sont pas intentionnellement torturées, certaines résistent au bain électrique « étourdissant » et à l’égorgeur (en tentant de se débattre attachées par des fers la tête en bas) et à la place sont ébouillantées vivant dans le réservoir dé-plumeur (échaudage).

La production d’œufs commercialement viable, peu importe le label (« plein air », « au sol », ou « bio »), est extrêmement cruelle envers les poules. Comme mentionné plus haut, les poules qui ne sont pas exploitées mangent la plupart de leurs œufs comme moyen naturel de récupérer la plupart des nutriments qu’elles perdent par la ponte. Même si on imaginait les meilleures conditions imaginables, comme un sanctuaire ou dans la nature, prendre leurs œufs est mauvais pour leur santé et c’est de l’exploitation. Quand on additionne les conditions de vie extrêmement cruelles que les poules pondeuses endurent à l’abattage de masse qui est requis pour que la production reste économiquement viable, la consommation d’œufs n’a tout simplement aucun sens pour toute personne concernée par le traitement ou l’abattage des animaux.[1]

Le lait « bio »

Tous comme les humains et autres mammifères, les vaches doivent être enceinte pour produire du lait. Les vaches laitières « bio » sont ainsi maintes fois inséminées, la plupart du temps à l’aide d’une machine appelée « support à viol », soit artificiellement soit par un taureau. Les vaches devraient normalement vivre 20 ans, mais à cause de la réalité économique des industries laitières « bio », elles sont généralement abattues après 5 ans lorsqu’elles perdent la capacité de produire des quantités de lait économiquement viable. Pendant cette courte vie de 5 ans, elles sont enceintes plus ou moins 9 mois sur 18 à 24 et donnent naissance à un veau 2 ou 3 fois. Certains veaux femelles finiront par remplacer leur mère et grand-mère comme vache laitière. Cependant, la plupart des veaux des producteurs laitiers « bio » sont enlevés à leurs mères –qui souvent pleurent intensivement leur perte- et vendus à l’industrie du veau. Bien qu’on permette à certaines vaches laitières « bio » de paître une partie de l’année, beaucoup de vaches « bio » ne voient jamais la lumière du soleil avant d’être transportées à l’abattoir.

Tout comme les poules pondeuses « plein air », les vaches « bio » et leurs veaux sont transportées et abattues de la même manière que tout autre vache ou bœuf. Souvent, elles sont confinées des jours de transport dans un semi-remorque, et parfois dans des conditions climatiques extrêmement chaudes ou froides. Parce qu’elles sont épuisées d’avoir tellement produit de lait et du aux manipulations génétiques visant à maximiser cette production, elles sont souvent bien plus faibles que les « bœufs d’élevage » lorsqu’elles arrivent à l’abattoir. En effet, la plupart des « infirmes »  - vaches trop faibles pour même marcher – sont des vaches laitières, dont des vaches laitières « bio ». Lorsqu’elles arrivent à l’abattoir, les « infirmes » sont souvent cruellement aiguillonnées à l’aide d’outils électriques et/ou transportées à l’aide de bulldozers vers l’abattage, comme on l’a vu plus tôt cette année à la télévision nationale dans des reportages d’infiltration fournis par l’HSUS. 

L’abattage peut être une expérience horrible inimaginable et terrifiante. Bien que les vaches et bœufs soient supposés être « étourdis » à l’aide d’un pistolet à vis dans le crâne, cela peut être difficile à réussir pour l’ouvrier, surtout avec le rythme rapide auquel les animaux arrivent. Cela peut avoir comme conséquence des animaux complètement conscients lorsqu’ils sont enchaînés, hissés la tête en bas, et égorgés. Du fait que les vaches et les bœufs qui n’ont pas été correctement étourdis se débattent lorsqu’ils arrivent à la partie égorgement, les ouvriers ratent parfois l’égorgement ou la taillade n’est pas suffisante pour les tuer. A cause de la pression de la production pour garder le rythme, ces vaches et bœufs arriveront parfois en vie à la dépeceuse.

La production de lait bio économiquement viable, peu importe le label, est extrêmement cruelle pour les vaches et les veaux et requiert un abattage de masse. Les vaches laitières « bio » sont physiquement et psychologiquement détruites au moment d’arriver à l’abattoir, ce qui peut en soi être une histoire d’horreur inimaginable. Consommer des produits laitiers « bio » -lait, fromage, glace, fromage à la crème, crème- n’a tout simplement aucun sens pour toute personne concernée par le traitement et l’abattage des animaux.

L’immoralité de l’institution de l’exploitation animale.

L’exploitation animale, parce qu’elle exploite les animaux comme propriété, est de l’esclavagisme pur et simple. Les exploitants d’animaux possèdent et contrôlent totalement les animaux en tant que propriétés, ressources, et produits et toute « restriction » sur le comportement du propriétaire du bien sont uniquement là pour l’exploitation efficace des animaux en tant que marchandises. Nous n’approuvons pas l’esclavagisme humain, peu importe si un esclavagiste traite son ou ses esclaves « humainement » ou « gentiment ». Nous rejetons l’institution de l’esclavagisme sous toutes ses formes parce que l’institution en soi est immorale. L’institution en soi est immorale parce qu’elle réduit systématiquement et forcément ses sujets à de simples objets existant uniquement pour satisfaire les fins de quelqu’un ; n’accorde aucune protection aux exploités excepté ce qui est jugé nécessaire pour une exploitation efficace des marchandises ; et réduit forcément des êtres sentients avec des vies émotives, des désirs, et aversions à un statut de choses – comme s’ils étaient des brocolis insensibles, du maïs, des rochers ou des arbres.

L’institution de l’exploitation animale (ex : l’esclavagisme) est un angle mort moral dans notre culture, tout comme l’esclavagisme humain l’était il y a 160 ans en Amérique. Nous devons examiner et questionner nos préjugés culturels tout comme les américains au 19e siècle devaient examiner les leurs.

Si nous sommes moralement opposés à l’institution de l’exploitation animale et la cruauté et injustice flagrante qui en découlent forcément, comme toute personne décente consciente des faits inclus dans cet essai devrait l’être (sans mentionner les faits d’autre exploitation qui n’ont pas été évoqués ici), notre base morale doit être le veganisme.

[1] Pour en savoir plus sur les poules pondeuses plein air « usées », rendez-vous sur le site de Peaceful Prairie Sanctuary : le visage de l’exploitation plein-air.


Dan Cudahy

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Pour quelques photos de l'industrie laitière (pas de gore, pas de sang), visitez ce site

jeudi 24 novembre 2011

[Traduction] Le veganisme comme norme minimale de décence

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "Veganism as a Minimum Standard of Decency".)

Dans des discussions avec des non-vegans –particulièrement les non-vegans sur Internet qui sont familiers avec les deux affirmations du mouvement vegan des droits des animaux et les affirmations du contremouvement—le problème de la « délimitation » est souvent amené comme une sorte d’objection au veganisme. Alors qu’il est vrai que les vegans évitent beaucoup de souffrance, l’argument fonctionne comme cela, les vegans causent également indirectement beaucoup de souffrance : des animaux sont tués par les récolteurs de cultures et véhicules motorisés ; des pesticides naturels et artificiels sont utilisés pour les cultures ; et fréquemment on ne peut dire exactement quel mal a été causé soit directement aux animaux soit à l’environnement dans tous les cas, même en achetant au magasin d’aliments naturels locaux ou au marché du village. Puisque les vegans n’ont pas atteint la perfection de la pureté dans l’art de ne pas causer de mal et dans la non-violence, on a vraiment un cas de délimitation, et tant qu’une personne n’a pas atteint la perfection absolue de la pureté, elle n’a pas le droit de critiquer toute autre limite qui pourrait être tracée. Critiquer les autres limites c’est ne pas reconnaître soi-même ses propres défauts par rapport à la perfection platonique, et donc d’être –osons le dire- hypocrite.

Mettre des limites peut être difficile dans toute question de morale, et plus la limite est précise, plus les difficultés surviennent. Cependant, la difficulté de mettre des limites précises ne devrait pas nous dissuader d’explorer les limites moins précises de standards minimums ou de bases morales qui sont (ou devraient être) raisonnables pour la grande majorité des gens dans la société, même si cela demanderait une abolition complète de l’agriculture animale.

Nous établissons et défendons philosophiquement des bases morales régulièrement dans la société sous  forme de lois en rapport avec des problèmes tels que le meurtre, l’homicide involontaire, l’agression, les déclarations de guerre, et les limitations de vitesse, même s’il peut être tout aussi difficile de mettre des limites pour ce genre de problèmes qu’avec  les problèmes avec les animaux. Aucun de nous n’est non plus « pur » lorsqu’il s’agit de protéger les humains de la cruauté ou la mort ; et pourtant nous plaçons des limites : nous ne sommes pas cannibales ; et la plupart d’entre nous ne soutiennent pas en toute connaissance de cause ou joyeusement l’esclavagisme humain et leur massacre.[1]

Nous avons le devoir d’établir et de défendre philosophiquement de telles bases pour les animaux. A la place, nous avons une politique de laissez-faire niveau morale (et injuste) où l’on refuse de même discuter des limites à placer par rapport aux animaux, peu importe les similitudes accablantes qu’ils ont avec nous en terme de caractéristiques moralement pertinentes : la sentience et l’intelligence perceptuelle et la conscience.

Vu les similitudes moralement pertinentes et les différences non pertinentes entre les humains et autres animaux, et vu qu’il est probable que nous trouvions que la perfection absolue dans le fait de ne pas causer de mal soit bien trop ascète ou impossible à atteindre de manière pratique dans notre société moderne, le veganisme est la base morale que nous nous devons de promouvoir et que nous devons appliquer. Le veganisme n’est pas la finalité ou le mieux que nous puissions faire ; plutôt, c’est le minimum que nous puissions faire.

Le veganisme, c’est s’abstenir fondamentalement de participer à l’exploitation et l’abattage délibéré ou le massacre des êtres non-humains. Prévenir les décès fortuits et accidentels d’humains dans les accidents de la circulation et l'action de la police - même les morts humaines prévisibles - n'est pas requis par les lois interdisant l'esclavage et le meurtre. De la même manière, prévenir les morts accidentelles et fortuites dans les accidents de la circulation ou dans les récoltes de culture – même les morts prévisibles – n’est pas requis par le veganisme. En d’autres mots, l’approche abolitionniste des droits des animaux, telle qu’elle est perçue aujourd’hui, et la base morale correspondante du veganisme sont précisément la même chose en terme de « délimitation » que les lois interdisant l’esclavagisme pur et simple et le meurtre. Les lois interdisant l’esclavagisme et le meurtre ne disent rien par rapport à la prévention des blessures liées aux véhicules motorisés et les accidents mortels, ou combien d’argent nous devrions engager pour sauver la vie d’un enfant blessé, ou les balles perdues dans une guerre justifiée d’auto-défense. Nous devrions clairement prendre les mesures appropriées pour réduire autant que possible de telles morts, mais encore une fois, le veganisme est simplement une première norme minimale, pas la meilleure ni la finale.

Choisir de consommer des produits animaux est un choix de participer à l’exploitation et au massacre intentionnel d’êtres sentients. Vu notre large variété de choix de nourriture aujourd’hui, nous pouvons facilement refuser de participer à une telle exploitation et massacre. Dans bien des cas, tel que celui-ci, mettre des limites peut être très approprié et solidement défendu, surtout quand on reconnaît que cette limite placée est seulement la norme minimale de la décence, pas la norme maximum de la pureté.


Notes :

[1] Si vous vivez et payez vos taxes dans un pays industrialisé, avec une forte puissance militaire, tel que les Etats-Unis, vous cautionnez par inadvertance, indirectement et malheureusement involontairement, je l’espère, le massacre d’être humains innocents sous la forme de guerre dans d’autres pays (déclenchées principalement pour des raisons économiques ; raisons économiques qu’on pense être aussi des raisons ‘de sécurité nationale’) et la fourniture d’armes à des milices violentes, tout comme les vegans cautionnent par inadvertance, indirectement et involontairement le massacre de non-humains innocents juste en vivant et en payant leurs taxes dans notre société basée sur l’exploitation animale.

[2] J’ai édité cet essai en date du 9 juillet 2009 pour retirer 2 références au jaïnisme suggérant une norme ascétique de non-violence. Je pensais auparavant que beaucoup ou la plupart des adeptes du jaïnisme prenaient des mesures ascétiques afin d’éviter de faire du mal. J’ai depuis appris que ce n’est pas le cas, et que, bien que le veganisme augmente parmi les adeptes de cette religion, beaucoup ne sont pas vegans et encore moins pratiquants d’une forme ascétique de non-violence.

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vendredi 18 novembre 2011

Qu'est-ce qui ne va pas avec Sea Shepherd ?

[Edit: Après de francs échanges constructifs dans les commentaires suite à l'article original, j'ai décidé d'éditer cet article.]


L'article original critiquait Sea Shepherd par rapport au fait que leurs campagnes étaient des campagnes ciblées et Paul Watson pour son discours spéciste. Je maintiens ce dernier point.

Après discussion avec certains lecteurs, j'ai du me rendre à l'évidence que Sea Shepherd n'était cependant pas un bon exemple du problème des campagnes ciblées dans le cadre des droits des animaux.

En effet, Sea Shepherd ne répond pas à mes attentes en matière de droits des animaux. Mais je ne peux pas vraiment les blâmer car la SSCS est bel et bien une organisation environnementale et non une organisation pour les droits des animaux (Watson le dit d'ailleurs bien lui-même).

D'un point de vue environnemental, l'action de Sea Shepherd est probablement importante et toute personne concernée par la conservation des océans et des animaux protégés durant les campagnes devrait songer à les soutenir et surtout à devenir vegan, la production de produits animaux étant une catastrophe écologique.

Voir des vegans visant l'abolition de l'exploitation animale investir leur temps et leurs ressources dans une organisation environnementale, dirigée par une personne ayant des discours spécistes, au lieu de s'investir dans l'éducation végane positive du public me laisse profondément perplexe. J'insiste car je ne pense pas avoir vu ne serait-ce qu'une seule fois le mot vegan sur le site de Sea Shepherd, pourquoi le devenir et comment.


Au niveau des droits des animaux, les campagnes ciblées sans promotion explicite du véganisme restent problématiques et j'invite les personnes concernées par les droits de tous les animaux à faire la promotion du véganisme comme norme minimale de décence. C'est la seule manière d'éradiquer à long terme le spécisme de notre société.

Intéressé par le veganisme ? Commencez ici !

jeudi 3 novembre 2011

"Pauvre bête"

(Cet article a été édité le 24 octobre 2012)

Ce vendredi aura lieu l'Aid El Kebir, l'une des fêtes les plus importantes pour le monde musulman, pour laquelle un animal innocent, généralement un mouton, sera égorgé dans les pires souffrances au nom d'une tradition ancestrale et irrationnelle.

Beaucoup de personnes s'indigneront de cette tradition jugée barbare ou préhistorique (à raison) car des animaux souffriront et mourront inutilement.

Mais dans notre société, nous oublions bien vite nos propres traditions. Notamment celle qui consiste à consommer des produits animaux dans notre vie de tous les jours. Elle est tellement ancrée en nous que nous ne la remettrons probablement jamais en question, on trouve cela tout à fait normal d'utiliser et d'abattre des animaux pour notre consommation journalière.


Or notre tradition est tout aussi préhistorique et barbare que l'Aid El Kebir dès lors qu'un régime alimentaire végétalien suffit à n'importe quel être humain pour être en bonne (meilleure) santé. Il n'a jamais été aussi facile qu'aujourd'hui d'être vegan mais ironiquement, très peu de personnes remettent en question cette tradition et beaucoup rejettent le veganisme, le qualifiant d' ''extrême". Le végétarisme est plus ou moins toléré.

Dans notre société actuelle, nous utilisons et abattons des dizaines de milliards d'animaux chaque année pour notre seul plaisir gustatif et rien d'autre, parce qu'on trouve qu'ils ont bon goût. C'est une tradition, une habitude. Mais paradoxalement, tout le monde s'accorde pourtant sur le fait qu'il est moralement inacceptable d'infliger mort et souffrance à un animal non-humain si ce n'est pas nécessaire : les gens s'offusquent par exemple de la corrida et rejettent cette tradition où un animal souffre inutilement pour le plaisir des spectateurs.

Les gens crient également au scandale quand on découvre qu'un propriétaire de chien organise des combats, lorsqu'on massacre des phoques sur la banquise ou lorsque des baleines sont tuées.

Et pourtant, tous les jours, nous trouvons ça tout à fait moralement acceptable d'utiliser et d'ôter la vie à des animaux innocents pour notre simple plaisir gustatif, celui de notre palais, un plaisir en soi moralement identique à celui de l'homme qui bat son chien ou à celui des amateurs de corrida: il n'y a aucune différence entre la mise à mort d'un animal pour le spectacle et la mise à mort d'un animal pour la consommation à partir du moment où ce n'est pas nécessaire, les deux pratiques ne sont aucunement indispensables à l'homme et sont bel et bien à classer dans la catégorie "plaisir".

Dans l'exemple humain, ça reviendrait à s'accorder sur le fait qu'il est moralement injustifié d'infliger des souffrances non nécessaires aux enfants, mais que battre les enfants pour le plaisir est moralement acceptable.

Et bien, en consommant des produits animaux, nous sommes tous des personnes qui battons leur chien ou qui aimons la corrida. En allant au cirque avec animaux, en portant du cuir, de la laine, de la fourrure, en buvant du lait, en consommant des oeufs, nous marquons tous notre accord sur le fait qu'il soit moralement acceptable d'utiliser et d'infliger la mort à des êtres vivants innocents  pour nos simples plaisirs triviaux.

En consommant des produits animaux, nous marquons notre accord avec ce qui se passe dans les abattoirs, qui ne sont pas plus différents d'un abattage rituel. Juste moins pire: les ratés sont courants, le rythme d'abattage est élevé et des animaux sont égorgés et dépecés alors qu'ils sont entièrement conscients de ce qui leur arrive. Les abattoirs sont un véritable enfer sur terre pour ces êtres innocents, un lieu de terreur, d'horreur et de mort. On les force à y entrer et ils en ressortent en petits morceaux. Aucun animal ne veut mourir.

En consommant des produits laitiers, nous marquons tous notre accord sur le fait qu'une vache soit inséminée artificiellement chaque année contre son gré, dans le but de produire du lait. Nous marquons notre accord sur le fait que dès que le rendement de la vache ne sera plus optimal, une mère sera envoyée à l'abattoir, parfois enceinte. Nous marquons notre accord sur le fait que le veau mis à bas pour produire du lait ne goutera pas une seule goute du lait maternel et sera envoyé à l'abattoir pour se retrouver dans notre blanquette de veau. Nous marquons notre accord pour refuser aux animaux le simple droit de vivre libre, sans être utilisés, pour notre simple plaisir.


Si vous êtes contre toute forme d'exploitation animale, si vous estimez que les animaux ne doivent pas être utilisés et abattus si ce n'est pas nécessaire, si vous voulez marquer votre désaccord, si vous êtes pour la non-violence... alors la seule option morale cohérente est de devenir vegan: c'est l'option moralement juste et c'est quelque chose de facile. Qui plus est, ce sera bon pour votre santé et pour l'environnement.

(Environ 600 moutons sont morts inutilement dans les abattoirs le temps que vous lisiez cet article)