lundi 8 octobre 2012

[Vidéo] La véritable matrice - 1001 raisons de prendre la pilule rouge.

Je viens de terminer ma contribution pour la traduction d'une vidéo d'un exposé de James Wildman de l'Animal Rights Foundation of Florida (Fondation de Floride pour les droits des animaux) sur le véganisme, "The Real Matrix - 101 reasons for taking the red pill" (La véritable Matrice - 1001 raisons de prendre la pilule rouge [le titre me parlait forcément!])

C'est une très bonne présentation du problème du spécisme et des aspects éthiques du véganisme, moins "rentre-dedans" que celle de Gary Yourofsky à Georgia Tech (qui traine une sale réputation derrière lui depuis ses déclarations violentes) mais efficace malgré tout.

Le seul petit bémol est qu'elle se limite à la partie alimentaire, et donc "seulement" au végétalisme en soi, sans aborder les autres formes d'exploitation que subissent les non-humains (cuir, laine, cirques, expérimentations par exemple) mais la présentation se concentre malgré tout bien sur le problème du spécisme et permet donc à son auditoire de développer une bonne base de réflexion par rapport aux droits des animaux non-humains.

J'invite évidemment tout le monde à faire circuler cette vidéo afin d'éveiller les consciences. Il faut évidemment activer les sous-titres français.



vendredi 21 septembre 2012

417 jours.


Voilà maintenant un peu plus d’un an aujourd’hui que j’ai décidé de me passer entièrement de produits animaux. 417 jours de véganisme plus exactement. L’occasion de faire le point sur ce changement majeur dans ma vie et sur ses apports positifs comme négatifs.

Petit flashback sur le Christophe omnivore de l’époque, déjà sensible à la cause animale, mais moralement confus comme la grande majorité des gens.

Je pensais aider les animaux et faire ma part en donnant un peu d’argent à Gaïa et Peta tout en continuant à côté de ça à me goinfrer allégrement de pizzas remplies de haché, fromage et oeufs, à commander des ‘bœuf sauce piquante’ chez le chinois du coin, et à préparer mes tomates mozzarella au four, mon plat favori. J’achetais évidemment des ceintures et portefeuilles en cuir, des pulls en laine, j’allais au cirque avec animaux ou au delphinarium même si ça me mettait mal à l’aise. Tous mes produits étaient testés sur les animaux. J’achetais des œufs « libre parcours » en m’imaginant des poules vivant à l’extérieur jusqu’à la fin de leur vie et du lait de vache partageant son breuvage avec nous et coulant des jours paisibles.

Bref, j’étais un omnivore consciencieux, je croyais à l’exploitation heureuse. Je passais par quelques brefs moments de "flexitarisme", comme si ma conscience tentait de me réveiller, pendant lesquels je ne mangeais pas de steaks par exemple, tout en prenant des sandwichs américain martino à midi.

En réalité, je ne faisais bien évidemment absolument rien de concret pour les animaux. Je finançais allègrement l’exploitation animale, je faisais partie des demandeurs, j’étais la sève de l’arbre. Et je n’avais -jamais- entendu le mot vegan.

Je me suis retrouvé sur la voie du véganisme un peu par accident suite au visionnage d’un clip d’un groupe punk-rock (Rise Against – Ready to Fall, pour les curieux) dans lequel on apercevait furtivement des poussins sur un tapis roulant. Cette scène m’a intrigué car je ne comprenais pas pourquoi ces êtres innocents défilaient sur un tapis roulant.

J’ai alors commencé à faire mes recherches en ligne, découvrant la vérité sur les œufs et les produits laitiers et le problème du végétarisme, pour finalement tomber sur un tract qui m’a littéralement ouvert les yeux sur le problème de l’exploitation animale et sur ma schizophrénie morale.

Le raisonnement était limpide :

Nous prétendons nous soucier sérieusement des
animaux.

Nous sommes tous d'accord sur le fait qu'il est
immoral d'infliger aux animaux des souffrances ou la
mort lorsque ce n'est ‘pas nécessaire’. Mais
qu'entendons-nous par là?

Quoi qu'il en soit, cela veut dire qu'il est mal de faire
souffrir ou de tuer des animaux simplement parce
que l'on en retire du plaisir, du divertissement, du
confort ou parce que c'est une habitude.

Pourtant, la quasi-totalité de notre utilisation des
animaux – si ce n'est toute notre utilisation - n'est
justifiée par rien d'autre que le plaisir, le
divertissement, le confort ou l'habitude.

La plupart des animaux sont tués pour l’alimentation.
Selon la FAO (Organisation des Nations Unies pour
l'Alimentation et l'Agriculture), les humains tuent
environ 53 milliards d'animaux – c'est 53 000 000 000
individus – par an, sans compter les poissons et autres
animaux marins.

Comment pouvons-nous justifier cet abattage?

Nous ne pouvons pas le justifier par des raisons de
santé. Il est clair que les produits animaux ne sont pas
nécessaires aux êtres humains. En fait, de plus en plus de
preuves nous montrent que les produits animaux nuisent
à l'homme.

Nous ne pouvons pas le justifier par le fait que c'est
‘naturel’ parce que les hommes mangent des animaux
depuis des milliers d'années. Le fait de faire quelque
chose depuis longtemps ne signifie pas pour autant que
cela est moralement acceptable. Les humains ont été
racistes et sexistes pendant des siècles. Pourtant, nous
reconnaissons maintenant que le racisme et le sexisme
sont condamnables au plan moral.

Nous ne pouvons pas le justifier par des raisons
écologiques. Un consensus grandissant reconnaît que
l'élevage est un désastre pour l'environnement.

La seule raison que nous avons d’infliger ces souffrances et
morts à 53 milliards d’animaux par an est que nous prenons
plaisir à les manger ; que c’est pratique de les manger ; que
c’est une habitude.

En somme, nous n’avons aucune justification valable.

Vous vous demandez probablement ce que vous pouvez
faire pour abolir l’exploitation animale.

Il y a quelque chose que vous pouvez faire.

Vous pouvez devenir végan. Maintenant. Être vegan
signifie que vous ne mangerez ni n’utiliserez plus de produits
d’origine animale.

Le véganisme n’est pas seulement une question de régime
alimentaire; c’est un engagement politique et moral
en faveur de l’abolition, à l’échelle individuelle et cela
concerne non seulement l’alimentation mais aussi l’habillement,
l’utilisation d’autres produits ainsi que certaines
actions et certains choix personnels.

J’étais -enfin- tombé sur un raisonnement clair et rationnel. Le genre de message qu’on est en droit d’attendre chez toute organisation se souciant un minimum des animaux, ce qui est malheureusement très très loin d’être le cas.

Après m’être renseigné sur la partie santé, je décidais de franchir le cap d’une traite. Omnivore > vegan. Bien entendu, ça m’a demandé un petit temps d’adaptation, le temps de trouver mes marques, mais j’ai arrêté de consommer des produits animaux du jour au lendemain. La volonté d'agir concrètement était présente.

J’ai ensuite pu me rendre compte du véritable fatras qu’était le mouvement pour les droits des animaux, dirigé par des pseudo-organisations de défense des animaux pour lesquelles le véganisme n’est non seulement pas présenté comme la base morale (voir jamais mentionné), comme le minimum qu’on puisse faire pour les animaux mais au contraire comme quelque chose de difficile, comme une étape finale à atteindre. Où le végétarisme est carrément mis sur pied d’égalité dans des slogans ou tracts (végétariens-vegans), où le public est bombardé de campagnes ciblées irrationnelles ne faisant pas mention du véganisme et créant des distinctions morales (non à la fourrure, non à la chasse à la baleine, non aux œufs en batterie), où le « père de la libération animale », Peter Singer, fait la promotion de viande « heureuse » et distribue des prix aux exploitants d’animaux.

Le constat est inquiétant, voir absurde : le véganisme n’est pas la base du mouvement des droits des animaux.

Mis à part ça, la grande "difficulté" du véganisme n’est pas de s’alimenter, de rester en bonne santé ou de trouver des produits non-testés mais bien de vivre dans une société où tout nous rappelle l’horreur. Lorsque vous annoncez votre décision à vos proches, ils vous regarderont en premier temps comme un extra-terrestre pour finir par la « comprendre » sans pour autant changer quoi que ce soit à leurs habitudes. Votre véganisme sera perçu comme une religion, une espèce de choix personnel équivalent à l’omnivorisme. Vous serez le/la spécial(e) de la famille, et devrez de temps en temps supporter les petites blagues et remarques taquines.

Ce qui a été réellement difficile pour ma part, c’était de garder mon calme face à toute cette indifférence, cette irrationalité rationnelle, cette mauvaise foi crasse. Mais il faut garder à l’esprit que nous avons tous été endoctrinés dès notre plus jeune âge et qu’il faut parfois du temps pour ouvrir les yeux et accepter que nous avions tort.

Cela peut malheureusement créer de grandes tensions dans une vie de couple, jusqu’à la rupture comme ce fut mon cas. Avec recul, je pense aujourd’hui qu’il est  possible d’aimer une personne n’ayant pas la même approche concernant les animaux et de partager sa vie avec elle (j’étais persuadé du contraire quand j’ai pris ma décision), même si ce ne sera pas facile. Le nombre de vegans étant infime, il est à mes yeux extrêmement difficile de trouver son « âme sœur » végane et force est de constater que le célibat à vie n’est pas loin si on s’en tient scrupuleusement à ce critère. Moral de l'histoire: faites des bébés vegans.

A côté de ça, il y a bien évidemment de nombreux points positifs, le premier étant à mon sens d’être en phase avec sa conscience. Je me permets de citer Gary Francione :

« Le véganisme est-il un sacrifice ? Non, pas du tout. Au contraire, chaque choix non-végan sacrifie nos propres valeurs inhérentes. Une fois que vous avez pris la décision de vivre constamment avec vos valeurs, la récompense - dans la forme d'un corps sain, d'un esprit clair et d'une conscience plus tranquille- sera à la fois profondément apparente et une source de joie permanente. »

Le deuxième point positif important est une santé retrouvée (personnellement ça s’est surtout traduit en perte de poids et par la fin de mes migraines récurrentes) et les chances réduites de développer des maladies graves. Cerise sur le gâteau, notre empreinte écologique s’en trouve également drastiquement réduite.

Et bien entendu il y la rencontre de personnes formidables et engagées partageant la même approche des droits des animaux ; le bonheur de pouvoir regarder un animal dans les yeux et de se dire qu’on ne participe plus à ce véritable holocauste innommable et permanent.

417 jours. Je n'ose pas imaginer le nombre d'animaux tués pendant cette période, sachant qu'environ 140.000 animaux innocents ont étés abattus le temps que je tape cette phrase sur mon clavier, après avoir vécu une vie misérable, réduits en esclavage et séparés de leurs petits, juste pour notre plaisir gustatif ou esthétique.

mercredi 20 juin 2012

[Traduction] Le vegan confus

(Traduction de l'article "The confused Vegan" d'Emmy)

Durant les premières années de mon véganisme, j'étais une personne très confuse.

Je croyais en la promotion du véganisme et était passionnée par les droits des animaux. J'étais membre de Peta2 (PETA pour jeunes), et je les supportais, ainsi que quelques autres grandes organisations de "Droits des animaux". Cependant, beaucoup de leurs actions me laissaient perplexe.


Lorsque SAFE en Nouvelle Zélande a diffusé à la tv le reportage undercover sur l'élevage intensif, je ne pensais pas que c'était une bonne chose. Car il n'y avait aucune mention du véganisme. Seulement la promotion des produits animaux plein-air.

Lorsque PETA a fait campagne contre KFC pour l'utilisation de l'"abattage à atmosphère contrôlée" sur leurs poulets au lieu de leur trancher la gorge, je ne pensais pas que c'était correct. Les poulets perdaient quand même la vie, de toute façon.


Un jour sur les forums Peta2, un fermier se plaignait que nous essayions de lui faire faire faillite. J'étais la première personne à laisser un commentaire, et j'ai dit que je ne cautionnais simplement pas la violence, et que les vies de ces animaux leur étaient tout aussi importantes que les nôtres à nos yeux. Tous les autres sur le forum, cependant, lui ont assuré qu'ils aimaient les petites fermes familiales où les animaux étaient bien traités, et que c'étaient seulement les grandes exploitations industrielles qu'ils essayaient de faire fermer. Je me suis en réalité sentie embarrassée, et je me suis demandée si j'avais dit ce qu'il ne fallait pas.

Est-ce que j'étais une mauvaise militante pour les droits des animaux car je ne cautionnais pas les campagnes de PETA ou SAFE ? Est-ce que je devrai faire la promotion des campagnes de bien-être comme eux ? Je ne pensais pas que ça aiderait les animaux, car ils seraient de toute manière abattus au final, mais on dirait que c'était ce pour quoi tous les vegans et les militants des droits des animaux faisaient campagne. J'étais vraiment très confuse.


Et puis un jour, je suis tombée sur le Professeur Gary Francione sur Twitter. Après avoir lu certains de ses "tweets" je me suis dit, Enfin, quelqu'un qui est logique ! Quelqu'un faisant campagne pour la fin de l'utilisation animale - pas pour un meilleur traitement! J'ai ensuite découvert l'approche abolitionniste des droits des animaux. J'ai rencontré d'autres vegan abolitionnistes sur Twitter. Et soudainement, je ne me sentais plus seule, ou je ne pensais plus être dans le faux.

Maintenant je me demande; combien d'autres personnes ressentent la même chose que moi à l'époque ? Combien de vegan confus supportent PETA et autres parce qu'ils sont soit-disant pour les "droits des animaux", mais ne sont pas d'accord avec leurs campagnes ? Combien de végétariens n'ont pas entendu parler du véganisme car personne ne leur en a parlé ? Combien d'omnivores qui paient de l'argent supplémentaire pour acheter des produits plein-air en pensant aider les animaux ?

C'est la raison pour laquelle je pousse les gens à faire la promotion du véganisme, et à encourager les autres à le promouvoir aussi. Vous n'avez pas besoin de faire partie d'une grande organisation pour le bien-être des animaux pour aider les autres animaux. Parlez aux autres du véganisme, et ne promouvez que le véganisme. Les gens peuvent décider eux-même s'ils opteront pour le plein-air, le végétarisme, ou le véganisme après que vous leur en ayez parlé, mais je ne compromets jamais mon message et ne déclare que rien de moins que le véganisme est ok -- ca serait tout simplement spéciste.

Depuis que je suis devenue vegan à 13 ans, j'ai toujours cru à la promotion du véganisme. J'ai toujours vu ça du point de vue de l'animal. Si c'était moi à l'abattoir, si j'étais esclave d'une autre espèce, peu m'importerait une plus grande cage ou d'être gazée à mort au lieu d'avoir la gorge tranchée. Ce que je désirerai le plus, et ce que j'espérerai pour le futur de mes enfants, serait de ne plus être considérée comme la propriété de quelqu'un d'autre. Un individu au contrôle de sa propre vie.

Libre.

Emmy

vendredi 4 mai 2012

Le cannibalisme au secours de la planète.


Il y a quelques mois, le New York Times lançait un challenge à ses lecteurs : « Dites-nous pourquoi il est éthique de manger de la viande ».

Les lecteurs étaient invités à présenter leur argumentation sur base d’un essai (pas plus de 600 mots en l’occurrence) avant le 8 avril 2012. Un groupe de jurés ‘implacables’ composé de Peter Singer, Michael Pollan, Jonathan Safran Foer, Mark Bittman et Andrew Light sélectionnerait alors le meilleur essai qui serait ensuite publié dans le prochain numéro du New York Times.

L’attente insoutenable est maintenant terminée et les défenseurs des droits des animaux peuvent depuis hier découvrir l’essai qui devrait les convaincre qu’ils se trompent en réalité depuis toujours par rapport aux animaux non-humains, de se ruer vers le Mcdo le plus proche et de se repentir devant leurs proches en leur annonçant honteusement qu'ils avaient tort depuis toujours.

J’ai pris la peine (le mot est faible) de traduire cet essai :

En tant que végétarien qui est retourné à la consommation de viande, la question « Est-il éthique de manger de la viande ? » trotte constamment dans ma tête et dans mon cœur. Les raisons pour lesquelles je suis devenu végétarien, puis vegan et pour finir à nouveau un mangeur de viande consciencieux furent toutes éthiques. Les raisons éthiques pour ne PAS manger de la viande sont évidentes : les animaux sont élevés et tués dans des conditions cruelles ; les céréales qui pourraient nourrir les gens mourant de faim sont données aux animaux ; le besoin de terres nourrit la déforestation ; et en mangeant de la viande, on est responsable de la mort d’un être sentient. Excepté le dernier point, cependant, aucun de ces aspects de la consommation de viande sont implicites en mangeant de la viande, et pourtant ils sont exactement ce qui rendent la consommation de certaines viandes immoral. Ce qui m’amène à mon argument principal : manger de la viande élevée dans des circonstances spécifiques est éthique ; manger de la viande élevée en d’autres circonstances est immoral. Tout comme manger des végétaux, du tofu ou des céréales produits dans des circonstances spécifiques est éthique et immoral en d’autres circonstances.

Quels sont ces moyens « justes » et « immoraux » de produire de la nourriture aussi bien animale que végétale ? Selon moi, ils sont  résumés le plus succintement dans l’éthique d’Aldo Léopold : « Une chose est juste lorsqu’elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique. Elle est immorale lorsque elle tend à faire l’inverse. »  En étudiant l’agro-écologie au College Prescott en Arizona, j’étais convaincu que si ce que vous cherchez à accomplir par un régime alimentaire « éthique » est l’impact le moins destructeur dans son ensemble sur cette planète, alors en certaines circonstances, comme vivre dans les prairies sèches et broussailleuses d’Arizona, manger de la viande est, en fait, la chose la plus éthique que vous puissiez faire à part subsister par des haricots tepary et des pignons de noix. Une vache bien-élevée, en plein-air, est capable de transformer la lumière du soleil capturée par les plantes en calories condensées et en protéines à l’aide des microorganismes dans son intestin. Soleil > plantes diverses > vache > humain. Ceci, dans une perspective éthique plus grande, semble bien plus propre que le schéma imbibé de fossiles combustibles du champ labouré par tracteur >  monoculture de soja irriguée > récolte par tracteur > traitement > tofu > expédition > humain.

Bien que la plupart de la production de viande d’aujourd’hui soit un effort écologiquement insensé et éthiquement immoral, heureusement cela change, et on trouve bon nombre d’exemples de systèmes écologiquement bénéfiques, basés sur le pâturage.  Le fait est que la plupart des agro-écologistes s’accordent sur le fait que les animaux font partie intégrante d’un système agricole réellement durable. Ils sont capables de faire passer des nutriments, d’aider au maintien des terres et de convertir le soleil en nourriture de manières qui sont presque impossibles pour nous à faire sans énergie fossile. Si « éthique » est défini comme vivre de la manière la plus bénigne écologiquement possible , alors dans des circonstances assez spécifiques, pour lesquelles chaque consommateur doit s’éduquer, manger de la viande est éthique ; en fait ne PAS manger de la viande pourrait sans doute être contraire à l’éthique.

La question du meurtre d’un être sentient, cependant, subsiste. A cela, chaque être humain doit réagir en se demandant : suis-je prêt à diviser le monde en ce que j’ai estimé être digne d’être épargné par l’inévitable et ce qui ne l’est pas ? Ou une telle division est-elle désespérément artificielle ? Un poème de Wislawa Szymborska, « Eloge de la mauvaise opinion de soi », vient à l’esprit. Il finit par :

Quoi de plus animal
Que la conscience tranquille
Sur la troisième planète du soleil

Selon moi, manger de la viande est éthique lorsqu’on fait 3 choses. Premièrement, vous acceptez la réalité biologique que la mort engendre la vie sur cette planète et que toute vie (dont nous !) est en fait juste de l’énergie solaire temporairement stockée sous une forme transitoire. Deuxièmement, vous combinez cette réalisation avec ce trait humain chéri qu’est la compassion et vous choisissez de la nourriture créée éthiquement, végétaux, céréales et/ou viande. Et troisièmement, vous rendez grâce.

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BOUM ! In your face les vegans.

Voilà donc l’essai ayant récolté l’approbation de ce jury implacable. 

Bon, cet essai transpire évidemment le spécisme par tous ses pores et je n'ose pas consulter les essais en 2e et 3e place vu le risque de fou rire et de douleur à la mâchoire en résultant, mais passons. Doit-on un seul instant être surpris par le contenu de cet essai si on examine deux secondes la composition de ce jury ? Peter Singer, le père de la libération animale, est également le père du mouvement de la viande heureuse, Jonathan Safran Foer, auteur de « Doit-on manger les animaux ? » et Michael Pollan, auteur de « The Omnivore’s Dilemna » ne dénoncent en soi que l’élevage intensif et la ‘cruauté excessive’ infligée aux animaux non-humains. (Je ne sais pas qui sont Mark Bittman et Andrew Light).

Jay Bost, auteur de l’essai gagnant, se décrit comme un ex-végétarien et vegan ayant décidé de remanger de la viande. Bost insiste sur le fait que chacune de ses décisions étaient éthiques. Ce n’est pas surprenant considérant que son travail s’articule autour de l’environnement.

Tout au long de l’essai, il omet de parler du problème moral de l’exploitation et de l’utilisation d’êtres sentients. De son point de vue, un animal est égal à une plante, les deux ne semblent être que des éléments agricoles ; élever un animal et le tuer ne semble pas différent de faire pousser des patates et les récolter. La question éthique ne repose pas sur l’utilisation en soi mais sur la manière dont ces éléments sont utilisés. Rien de neuf sous le soleil d’Arizona : l’animal est une matière première pour l’homme, l’important est que ça se passe éthiquement, surtout du point de vue écologique apparemment.

Vu sa définition très personnelle et spécifique de ce qu’est l’éthique, on est en droit de se demander si dans un cas de surpopulation humaine par exemple (n’est-ce pas déjà le cas ?), ne serait-il pas éthique de consommer des humains ? L’homme est après tout un véritable fléau pour cette planète. Peut-être que le cannibalisme deviendrait une option viable vu son effet global positif sur l’environnement et la communauté biotique ? Et peut-être qu’on pourrait dès lors argumenter, comme Bost, que ne PAS consommer d’humains pourrait en réalité être contraire à l’éthique.

Il me semble en effet que, dans une perspective éthique plus grande, si chaque humain en mangeait dix cela semblerait bien plus propre que le schéma imbibé de fossiles combustibles du champ labouré par tracteur >  monoculture de soja irriguée > récolte par tracteur > traitement > tofu > expédition > humain. Alors qu'avec le cannibalisme ce serait plutôt soleil > plantes diverses > humain > humain.

L’important dans le cannibalisme, c’est de réaliser ces 3 choses : se rendre compte que la mort engendre la vie, que c’est une réalité biologique et que nous ne sommes en réalité que de l’énergie solaire temporairement stockée sous une forme transitoire ; qu’en tant que personne remplie de compassion, il faut choisir des végétaux, céréales et/ou humains qui ont eu une belle vie et ont étés élevés éthiquement ; et en fin de compte, de rendre grâce devant votre repas. Je suis sûr que Bost comprendrait.

jeudi 12 avril 2012

[Traduction] L'opposition confirme mon objectif.

(Traduction de l'article de Dan Cudahy et d'Angel Flinn, "Opposition confirms my purpose")
 
J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d'éducation pour Gentle World —une communauté d’intention végane et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition..

Cet article fut publié initialement le 29 février 2012 sur Care2.

-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays

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“Je trouvais les esprits des gens étrangement indifférents au sujet de l’esclavagisme. Leurs préjugés étaient invincibles—plus forts, si possible, que ceux des esclavagistes. Les objections fusaient de toutes parts ; les excuses pour le système abominable saluaient constamment mes oreilles ; des obstacles étaient industriellement placés sur mon chemin… Ce qui était encore plus décourageant, mes meilleurs amis – sans exception --  me suppliaient d’abandonner mon combat ! Ce n’était pas à moi (soutenaient-ils) à utiliser mon temps, et talents, et services, là où la persécution, le reproche et la pauvreté étaient la seule récompense certaine. Mon projet était visionnaire—fanatique—inatteignable… Mais l’opposition ne servait seulement qu’à augmenter mon ardeur, et confirmer mon objectif. »

~ William Lloyd Garrison (Juillet 14, 1830)

Nous vivons dans un monde où la grande majorité des gens considèrent comme parfaitement acceptable d’oppresser et exploiter d’autres animaux, malgré le fait que nous n’avons aucune justification morale pour ça. Chaque année aux Etats-Unis, approximativement dix milliards d’animaux terrestres sont tués, après avoir été intentionnellement mis au monde et asservis, tout ça pour le profit humain. Dans le monde, le nombre atteint approximativement 56 milliards annuellement. Lorsque nous comptons les animaux vivant dans l’eau, on ajoute des dizaines ou centaines de milliards chaque année.

Tous ces animaux sont aussi innocents que des enfants, mais nous les traitons comme si le fait d’être né en tant que membre d’une espèce différente est un crime passible de prison à perpétuité, souvent accompagné de torture, et s’achevant par la peine de mort. En réalité, pour la grande majorité d’entre eux, les vies qu’ils sont forcés de vivre sont tellement insupportables qu’une mort prématurée – elle-même n’étant que souffrance – pourrait en théorie servir d’espèce de délivrance miséricordieuse d’une vie de souffrance physique, psychologique et émotionnelle.

Le véganisme généralisé est le seul espoir qu’ont ces êtres non-humains d’atteindre l’émancipation de leur existence brève et brutale. Un tel changement fondamental dans notre société ne sera provoqué que par un changement radical de paradigme moral semblable à ceux qui ont résulté en abolition de l’esclavagisme humain et au droit de vote pour les femmes.

Les changements de paradigme, cependant, ne se produisent pas d’eux-mêmes. Ils sont causés par de petits groupes de gens dans la société – toujours considérés comme « radicaux » à leur époque – qui éduquent de manière persistante les autres sur des dizaines années par rapport à la nécessité de changement. En effet, William Lloyd Garrison fonda The Liberator, un journal hebdomadaire anti-esclavagisme, en 1831, et ce ne fut qu’après 34 ans et une des guerres les plus sanglantes sur le sol des Etats-Unis* que l’esclavagisme fut finalement aboli en 1865. De manière similaire, le porte-parole du mouvement pour le droit de vote des femmes fut John Stuart Mill en 1865, mais les femmes n’obtinrent le droit de vote qu’en 1918 au Royaume-Uni et en 1920 aux Etats-Unis.

* Notons que William Lloyd Garrison, les auteurs de cet article, et l’approche abolitionniste des droits des animaux rejettent la violence et ne supportent seulement que l’éducation non-violente et le dialogue raisonnable comme moyens pour une justice sociale, peu importe la cause.

Dans leurs efforts pour éduquer et s’engager dans la désobéissance civile au nom de nobles causes, les abolitionnistes et suffragistes ont enduré le ridicule, la colère, l’emprisonnement, et des menaces de mort, autant du régime lui-même que des contre-mouvements formés par des citoyens ayant un intérêt à ce que la situation actuelle soit maintenue.

Un abolitionniste ou suffragiste calme n’embêtait personne. Respecter « le choix personnel de chacun » via un silence déférent était considéré comme « modéré et respectable » par ceux dévoués au statu quo. Remettre en cause l’injustice via l’éducation morale était considéré comme « imbu », « offensant », « extrémiste » et « rebutant ».

Prenez, par exemple, la citation suivante de 1847, dans laquelle le partisan de l’esclavagisme humain, Joseph W. Lesesne, critique les militants anti-esclavagisme et le mouvement abolitionniste :

“La conduite des abolitionnistes a été des plus atroces. Aucun mot n’est assez fort pour la dénoncer. L’impudence éhontée avec laquelle ils ont piétiné la constitution, et leurs artifices mesquins et misérables pour nous priver de notre propriété d’esclaves devraient faire l’objet du mépris de toute l’Union.”

Au plus la position d’un militant est directe et sans équivoque, au plus de résistance il ou elle rencontre.

Et il en est ainsi aujourd’hui avec les vegans. Malgré le fait que nous soyons si clairement du côté de la justice pour tous les êtres sentients, nous devons nous attendre à rencontrer de la résistance la plupart du temps. En tant que solides éducateurs et militants vegans, nous devons nous attendre à être rejetés, dénaturés, et à être soumis à toute forme de traitement estimées comme les plus efficaces par ceux qui s’opposent à nous pour décourager nos efforts. Reconnaître et accepter la situation pour ce qu’elle est, et réaliser que d’autres mouvements de justice sociale ont fait face à une résistance et une critique similaire pendant de nombreuses dizaines d’années, peut également nous aider à persister dans nos efforts pendant de nombreuses dizaines d’années.

En dehors du fait d’être simplement du côté justifié d’une cause, une raison majeure pour laquelle les mouvements de justice sociale du passé ont réussi était la persistance. Réaliser que même le militantisme le plus efficace prendra des dizaines d’années, plutôt que des mois ou années, pour voir ses objectifs atteints peut nous donner la perspective dont nous avons besoin pour prévaloir au final en évitant le burnout inhérent à l’activité obsessionnelle, les attentes irréalistes, et l’accent sur le court-terme pour des résultats à court-terme. Nous devrions reconnaître qu’il peut être parfois bénéfique de faire une pause et recharger nos batteries, et que, à côté de notre plaidoyer personnel, il est important que nous nous efforçons de maintenir une bonne santé physique, mentale et émotionnelle, afin d’être aussi efficace que possible dans nos efforts pour éduquer et inspirer les autres.

Alors persistons sans relâche dans la lutte pour la justice à un rythme que nous pouvons maintenir aussi longtemps que nécessaire. Ne mesurons pas nos progrès en « victoires » insignifiante de bien-être, qui, pendant le peu de temps qu’elles durent, ne servent seulement qu’à perpétuer le paradigme de l’exploitation et à rendre plus à l’aise le consommateur par rapport à leurs achats de produits animaux. Mesurons à la place le progrès en terme d’augmentation de vegans éthiques, de diminution de consommation de produits animaux, l’augmentation d’alternatives véganes, et la transformation graduelle de la conscience collective, qui, il y a encore 65 ans , n’avait même pas de mot pour décrire quelqu’un comme étant ‘vegan’.

Avec le temps, la puissance irrépressible de la justice triomphera, lorsque nous surmonterons le préjudice honteux et la discrimination abjecte qui tente de justifier et maintenir le statut moral des animaux comme étant des propriétés économiques et des marchandises échangeables. Avant que ce jour n’arrive, utilisons toute opposition venant à notre rencontre pour renforcer notre ardeur, et confirmer notre objectif.

S’appuyant sur la sagesse d’une des autres grandes voix du mouvement anti-esclavagisme du 19e, Frederick Douglass,

Ceux qui professent vouloir la liberté, mais refusent l’activisme sont des gens qui veulent la récolte sans le labour de la terre, la pluie sans le tonnerre et les éclairs : ils voudraient l’océan, mais sans le terrible grondement de toutes ses eaux. Le pouvoir ne cède rien qu'on ne lui ait arraché. Il ne l'a jamais fait et ne le fera jamais. »



vendredi 30 mars 2012

[Traduction] Sur l'Action Militante Directe

(Traduction de l'essai de Dan Cudahy, avec son accord, "On Militant Direct Action")


« Il en est mille pour massacrer les branches du mal contre un qui frappe à la racine, et il se peut que celui qui consacre la plus large somme de temps et d'argent aux nécessiteux contribue le plus par sa manière de vivre à produire cette misère qu'il tâche en vain à soulager. »

~ Henry David Thoreau, Walden, Economie (Chapitre 1-E)

"Premièrement, abstenez-vous de faire du mal."
~ Inconnu

L’action directe est un terme fourre-tout pour toute action entreprise au nom des animaux dans l’intention de les secourir, les libérer, ou les sauver, individuellement ou collectivement, de l’exploitation, l’emprisonnement, l’esclavage, la torture, ou le mal infligé intentionnellement ou de la mort.

L’action directe peut être légale, comme dans le cas de l’adoption d’un chien secouru venant d’un refuge local ou du placement d’une chèvre ou d’une poule dans un sanctuaire qui lui fournira un foyer aimant et permanent.

L’action directe peut également être illégale, et va de l’intrusion lors de sauvetages (où les sauveteurs publient volontairement le sauvetage et se rendent eux-mêmes hors la loi) aux incendies criminels, dégâts matériels importants, menaces de mort, menaces non-létales et le harcèlement. Avec la possible exception des sauvetages et des violations similaires moins sérieuses de la loi, l’action directe illégale est aussi connue sous le nom d'« action militante directe » (« AMD »).

Le problème, en deux mots

Nous élevons, confinons et abattons 10 milliards d’animaux terrestres pour la nourriture annuellement (environ 317 par seconde) seulement aux Etats-Unis (environ 50 milliards partout dans le monde). La grande majorité de ces êtres innocents endurent la douleur, l’ennui insupportable, la terreur, et la misère qui se qualifient aisément comme une vie entière de torture. Ces animaux sont au moins aussi sentients et perceptuellement intelligents que n’importe quel humain.[1] Considérant la sévérité de la cruauté et l’ampleur de la  torture et de morts infligées à ces êtres sentients, c’est une atrocité et indignation morale qui dépasse largement, annuellement, n’importe quelle atrocité commise durant l’histoire de l’humanité, dont l’holocauste nazi. Comme le disait Isaac Bashevis Singer, un survivant de l’holocauste juif : « Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, la vie est un éternel Treblinka ».

Il n’est pas étonnant que les gens qui sont au courant des détails horribles de l’agriculture animale et autres formes d’exploitation soient outrés et veuillent désespérément faire quelque chose, quasi n’importe quoi, pour stopper cette violence extrême et cette insanité. Bien que l’outrage immense soit une réponse entièrement appropriée, elle doit être canalisée en action efficace.

Cet holocauste perpétuel n’est pas apparu soudainement de nulle part, et il ne s’arrêtera probablement pas soudainement non plus. Il est né d’une combinaison désastreuse de 1) siècles de profonds préjugés sociaux et culturels envers les êtres non-humains sentients, et 2) d’avancées technologiques en constante augmentation, de capacité industrielle, de population humaine grandissante, et de demande économique durant le 20e siècle et continuant au 21e. Le désastre environnemental de l’agriculture animale [ndt: anglais], générant une grave pollution des eaux et de l’air, production de gaz à effet de serre, déforestation, et pénuries d’eau potable, deviendra de plus en plus évident au fur et à mesure que la population humaine augmente et que l’industrialisation et la technologie de l’exploitation animale se développe en Asie. Vu cette propagation à l’Asie, le nombre de victimes innocentes non-humaines de cet holocauste perpétuel augmentera probablement par dizaine de milliards dans les dizaines d’années à venir, en assumant qu’aucun mouvement abolitionniste vegan fort, populaire, non-violent ne se développe bientôt.

La solution, en deux mots

Nous mettrons fin à cette atrocité seulement en mettant fin au préjugé envers les non-humains sentients par des années ou dizaines d’années d’éducation végane [2] aboutissant au final au véganisme répandu en tant que norme minimale de décence dans les sociétés industrialisées.

Nous ne pouvons réguler l’holocauste perpétuel de milliards ; l’holocauste doit être aboli. Nous ne pouvons forcer l’abolition sur une société qui ne comprend pas les principes sous-jacents et les fondements rationnels et moraux des droits des animaux abolitionnistes et le préjudice du spécisme. Toute tentative de force, de menace, de vandalisme, ou de terreur ne fera que se retourner contre nous, provoquer de la résistance, et mettra fin au dialogue rationnel et moral. Nous ne pouvons éduquer les gens par rapport au véganisme pro-sociétal, sain et non-violent alors que nous les menaçons, vandalisons, terrorisons ou sommes « en guerre » avec eux. Il en serait ainsi même si un pourcentage relativement élevé (disons 30%) de la population était végane. C’est surtout vrai lorsque seul un très petit pourcentage (environ 1%) de la société est végane.

“Une chose à la fois”

Certains partisans célèbres de l’AMD (qui sont forcément des opposants de l’approche abolitionniste établie par le professeur Gary Francione) appellent péjorativement l’approche abolitionniste de l’éducation végane, l’approche « une chose à la fois » et déclarent qu’il faudra des siècles pour qu’une telle approche fonctionne, si elle fonctionne un jour. Mais la phrase « une chose à la fois » déforme de manière extravagante l’éducation végane telle que conçue par les abolitionnistes.

« Une chose à la fois » suppose un modèle de croissance linéaire prévisible et ridiculement lent de l’éducation végane et du véganisme. Cependant, lorsque nous examinons les modèles de croissance typiques des changements sociaux de l’histoire, c’est la théorie du chaos qui les décrit le mieux. Tout comme le climat, qui est un exemple classique expliquant comment la théorie du chaos peut décrire des phénomènes complexes, le changement social comprend des millions de petites variables, à la fois potentielles et actuelles. L’interaction de ces variables est imprévisible et peut être significativement influencé sur le long terme par des changements relativement minimes à un moment donné. Lorsqu’un changement significatif ou un « point de basculement » survient, le changement peut devenir exponentiel, pas linéaire, par nature. L’éducation végane créative, non-violente – semblable aux efforts éducationnels des cinq dernières décennies aux Etats-Unis visant à réduire ou éliminer la cigarette, le racisme, le sexisme, et la conduite en état d’ébriété – est le genre de changement social qui est imprévisible et non-linéaire. [3]

Pour une idée générale de croissance non-linéaire, considérez que 10.000 vegans généreront de nouveaux vegans à un taux dix fois plus élevé que mille vegans le feraient. Une centaine de millier de vegans généreront de nouveaux vegans à un taux cent fois plus élevé qu’un millier de vegans le feraient, et ainsi de suite. Donc au plus on trouvera de vegans dans une société, au plus rapidement les non-vegans deviendront vegans. La description péjorative « une chose à la fois » de l’éducation végane omet de prendre en considération à la fois la nature imprévisible et exponentielle du changement social en général et de l’éducation végane en particulier. Considérer l’éducation végane non-violente comme étant une méthode « une chose à la fois » est au mieux naïf et complètement malhonnête au pire.

Deux barrières à l’éducation végane : l’action directe militante et le welfarisme.

Comme je l’ai d’ailleurs écrit en long et en large sur ce blog, le welfarisme est une barrière sérieuse à l’éducation végane non-violente et à l’abolition car il identifie le traitement au lieu de l’utilisation, la souffrance au lieu de l’exploitation et l’abattage, comme le problème à résoudre. En ‘acceptant’ l’utilisation et l’exploitation des animaux, le welfarisme n’a pas besoin du véganisme ou de l’abolition. De cette manière, le welfarisme renforcera toujours le paradigme de l’exploitation et sera un atout longue durée de la survie de l’industrie.

L’AMD est également un obstacle sérieux à l’éducation végane créative et non-violente et à l’abolition. Comme l’a dit le professeur Gary Francione, nous vivons dans une société où la consommation de produits animaux est encore considérée comme étant aussi naturel et normal que de boire de l’eau et de respirer de l’air. Dans une telle société extrêmement spéciste, l’infraction de la loi, les dégâts aux propriétés, ou la violence envers les exploitants d’animaux ne peuvent qu'être considérés comme bizarres et anti-sociaux. Encore une fois, nous ne pouvons éduquer ou avoir un dialogue raisonnable avec des gens qui ont peur de nous, qui nous voient comme anti-sociaux, ou qui ne veulent pas être associés à un petit mouvement qui menace ou attaque d’autres citoyens respectueux des lois. Qui plus est, l’éducation végane créative et non-violente possède l’incontestable supériorité morale. Les exploitants d’animaux peuvent nous ignorer ; mais si nous sommes non-violents et respectueux de la loi, ils n’ont absolument aucune revendication morale que ce soit envers nous. L’AMD sape cette autorité et influence morale en fournissant aux exploitants d’animaux des objections morales contre les militants des ‘droits des animaux’. Dans une société fortement spéciste, l’AMD sape l’autorité morale bien plus qu’elle ne le ferait autrement.

Les similitudes entre l’action militante directe et le neo-welfarisme

L’AMD et le welfarisme ont beaucoup en commun :

1) La motivation autant pour l’AMD que pour le welfarisme est enracinée dans un fort sentiment d’urgence et de désir de voir des résultats immédiats, ou une « solution rapide », mais tous les deux ignorent le fait que le problème – qui est le préjugé culturel du spécisme approuvé par 99% de la société – est non seulement immunisé à ce genre de solutions rapides, mais est aidé par ce genre de tentatives agissant comme barrière à l’éducation végane non-violente.


Le welfarisme s’attaque aux branches du traitement via des réformes, clamant des ‘victoires’ et des ‘résultats’ superficiels dans un monde législatif dominé par les industries où ce genre de lois sont passées et abrogées tel le changement des saisons. Qui plus est, le welfarisme renforce la structure légale et le paradigme réglementé des droits de propriété sur lequel est fondé l’exploitation animale.

L’AMD s’attaque aux branches des exploitants individuels et des compagnies d’exploitation. En de rares occasions, les partisans de l’AMD peuvent crier soi-disant ‘victoire’ lorsque leur cible doit déménager à un autre endroit ou est remplacée par la compétition. Cependant, même pour ces rares cas où des compagnies individuelles doivent mettre clé sous porte, la compétition arrive inlassablement pour satisfaire la demande. Qui plus est, l’AMD éloigne beaucoup de personnes qui seraient autrement ouvertes à l’éducation végane créative et non-violente.

2) Ils jouent tous les deux sur la force de l’industrie. (Par “industrie” dans cet essai, je veux dire toutes les industries de l’exploitation animale dans leur ensemble.)

L’industrie est puissante en matière de politique, législation, et en affaires. L’industrie a également la coopération complète et le dévouement de l’application des lois à chaque niveau du gouvernement, de la police locale jusqu’aux agences fédérales et la garde nationale.

Le welfarisme s’attaque à l’industrie en matière de politique, législation et arrangement, gaspillant des millions de dollars et des milliers d’heures dans de ridicules efforts pour réguler un holocauste de milliards de victimes innocentes annuellement, renforçant le système qu’il tente de réguler.

L’AMD recrute généralement de petits groupes de jeunes sans formation ni expérience pour attaquer l’industrie contre quelques unes des organisations répressives les plus hautement qualifiées et expérimentées au monde. Ce déséquilibre en matière de connaissance, capacité et expérience se traduit régulièrement en de jeunes personnes passant des années en prison pendant que l’industrie grandit et prospère annuellement, presque toujours imperturbée par même les plus sérieuses attaques d’AMD.

3) Ils ignorent tous deux les faiblesses de l’industrie. La faiblesse de l’industrie est qu’elle est moralement déplorable et écologiquement désastreuse (encore une fois, le désastre écologique deviendra de plus en plus évident au fur et à mesure que les marchés asiatiques augmenteront la demande en produits animaux).

Le welfarisme détourne les ressources des efforts généralisés d’éducation végane. C’est  l’éducation végane non-violente, générale qui est capable d’attaquer efficacement la faiblesse de l’industrie et de mettre à genoux le géant avec le temps. Et encore une fois, le welfarisme renforce également la structure légale et le paradigme réglementé des droits de propriété sur lequel est fondé l’exploitation animale.

L’AMD détourne également les ressources des efforts d’éducation végane en 1) détournant l’attention publique percevant les militants vegans comme modèles pro-sociaux à suivre, pour les considérer au lieu de ça comme des vandales et criminels anti-sociaux à enfermer, et 2) provoquant l’emprisonnement de jeunes militants vegan pendant des mois voir des années. En outre, comme mentionné ci-dessus, l’AMD mine l’autorité morale claire en faisant baisser l’opinion publique des militants des animaux comme étant une simple faction politique violente comme les autres à « contrôler », « gérer », et à réprimer. Dans une société spéciste, ces actions sont une barrière significative à l’éducation végane non-violente.

4) Le welfarisme et l’AMD s’attaquent tous les deux à l’offre plutôt qu’à la demande. L’une des choses les plus importantes à se rappeler est ceci : Aussi longtemps que les gens voudront consommer des produits animaux, on trouvera des fournisseurs pour satisfaire cette demande. Oui, les fournisseurs peuvent manufacturer certaines autres demandes via la publicité, la baisse de prix, et la qualité des produits, mais en fin de compte, l’atrocité morale est fondamentalement axée sur la demande. Ce sont notre famille, nos amis, et nos connaissances non-véganes qui sont la cause de cette atrocité ; les fournisseurs sont simplement l’intermédiaire engagés pour faire le sale boulot.

Le welfarisme se concentre sur la réforme des méthodes que les fournisseurs utilisent pour produire leurs produits. Habituellement, les réformes de bien-être suggérées par les organisation welfaristes comme PETA, Farm Sanctuary, et HSUS sont des réformes qui sont  de toute façon dans les meilleurs intérêts des fournisseurs. Mais même dans les quelques cas où l’industrie est uniformément opposée aux réformes ou lorsque les réformes ne sont pas dans le meilleur intérêt de l’industrie (et les cas encore plus rares où de telles réformes sont réellement implémentées et appliquées), l’industrie est très résiliente et peut se délocaliser dans une autre juridiction ou trouver d’autres manières de contourner ce genre de réformes. S’attaquer aux fournisseurs, comme le fait le welfarisme, revient à s’attaquer aux branches. S’attaquer à la demande, comme le fait l’éducation végane non-violente, revient à s’attaquer à la racine.

L’AMD cherche à dissuader ou faire fermer les fournisseurs. Mais encore une fois, aussi longtemps que la demande existe, les fournisseurs déménageront simplement ou seront remplacés par de nouveaux fournisseurs et l’application de la loi sera encore plus sévère. L’AMD agit comme une barrière contre l’éducation végane non-violente car, si l’AMD reçoit l’attention des médias, c’est presque toujours une couverture spéciste, qui se concentre sur le « malheur de fournisseurs travaillant dur, qui essayent juste de gagner leur vie en fournissant ce que le public demande ». (Le « public », bien évidemment, est notre famille, amis et connaissances non-véganes.) Qui sera le mauvais dans la presse ? Les militants des animaux. Qui sera le gentil ? Les exploitants recevant la sympathie du public. Encore une fois, s’attaquer aux fournisseurs, comme le fait l’AMD, revient à s’attaquer aux branches. S’attaquer à la demande, comme le fait l’éducation végane non-violente, revient à s’attaquer à la racine.

Les abolitionnistes sont opposés à la violence.

Les welfaristes, neo ou traditionnels, acceptent et promeuvent la violence envers des êtres non-humains innocents en promouvant, plutôt qu’en rejetant entièrement, la régulation et la réforme de l’exploitation et de l’abattage des animaux, soit en tant qu’"étape" (fausse et confuse) vers l’élimination de l’utilisation animale, soit en tant que méthode permanente d’exploitation. Les abolitionnistes rejettent entièrement la violence de toutes les réformes de bien-être, peu importe si la réforme de bien-être est (faussement) perçue comme un ‘pas’ vers quelque chose d’autre ou comme une méthode permanente d’exploitation.

Les partisans de l’AMD acceptent et promeuvent des actions illégales, impliquant dégâts matériels,  menaces, harcèlement, ou dégâts psychologiques, qui sont ou bien violentes ou potentiellement violentes pour les gens. Les abolitionnistes rejettent entièrement la violence et le comportement anti-social, aliénant, de l’AMD, ses menaces et sa rhétorique.

Les abolitionnistes promeuvent le véganisme et seulement l’éducation végane créative, non-violente comme moyen d’atteindre la généralisation du véganisme. L’abolitionnisme est l’extension logique des mouvements de droits civiques et de paix. La non-violence est un principe de base indispensable de l’abolitionnisme. L’éducation végane créative, non-violente est pro-sociale.

Le véganisme est pro-social, modéré, et pacifique. Premièrement, abstenez-vous de faire du mal : devenez vegan, et encouragez les autres à en faire de même. Le welfarisme et l’AMD sont tous les deux nuisibles et contreproductifs ; évitez les.
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Notes:

[1] Les espèces semblent grandement varier par rapport à leur sensibilité relative à la douleur physique et psychologique, avec certaines espèces bien plus sensibles que d’autres. De même, certaines parties du corps sont bien plus sensibles que d’autres, dépendant des espèces. De façon commode, la plupart d’entre nous nous considérons comme étant les plus sensibles, mais on a toutes les raisons de penser que les humains se situent quelque part dans la gamme autre que la « plus sensible », aussi bien en douleur physique que psychologique, dont la terreur.

L’intelligence perceptuelle est en contraste avec l’intelligence conceptuelle (ou l’intelligence abstraite/symbolique/linguistique). Bien que la métaphore soit loin d’être parfaite, on pourrait considérer l’intelligence conceptuelle comme le fait d’avoir un « livre de connaissance » sur la manière de jouer au golf ou au baseball, incluant la connaissance conceptuelle du maniement d'un club ou d'une batte. En contraste, l’intelligence perceptuelle est comme le fait d'avoir la coordination main-œil pour bien jouer au golf ou au baseball. De ce sens-là, les non-humains sont souvent plus perceptuellement intelligents que les humains. De toute évidence pas au golf et au baseball, mais dans la conscience environnementale et leur capacité perceptuelle et athlétique pour la prédation ou l’évaluation et la prévention de dangers, les animaux s’épanouissent.

[2] L’éducation végane créative, non-violente, c’est apprendre et informer les gens par rapport à ce qu’est le véganisme, pourquoi on voudrait le devenir, pourquoi le véganisme est une base morale ou une norme minimale de décence, et comment le devenir de manière facile, nutritive, délicieuse, et accomplie, ce qui inclut la cuisine végane, des recettes véganes, des produits vegans, des alternatives aux produits animaux, et des informations nutritionnelles. Devenir vegan est facile et très enrichissant. Tout ce que cela demande c’est une connaissance pour démarrer, et tout le reste du raffinement.

[3] Fumer, le racisme, le sexisme, et la conduite en état d’ébriété, bien qu’encore bien présents en 2009, ont considérablement baissés durant les 40 ou 50 dernières années via des efforts d’éducation sociale. Les plus âgés d’entre nous se rappelleront probablement les attitudes généralisées par rapport à ces croyances et activités dans les années 60 et reconnaitront un contraste significatif avec les attitudes généralisées d’aujourd’hui. Nous avons encore beaucoup de progrès à faire concernant la cigarette, le racisme, le sexisme et la conduite en état d’ébriété, mais on ne peut nier qu’un progrès significatif ait eu lieu en contraste avec les attitudes des années 60 dans ces domaines.