lundi 9 janvier 2012

[Traduction] Cruauté animale: qui doit-on blâmer ?

(Traduction de l'article de Dan Cudahy et d'Angel Flinn, "Animal Cruelty: Who is to Blame?")

J’ai écrit cet article avec Angel Flinn, qui est directrice d'éducation pour Gentle World —une communauté d’intention vegan et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition..

Cet article fut publié initialement le 23 septembre 2011 sur Care2.

-Dan Cudahy, auteur de Unpopular Vegan Essays
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Pour bon nombre d’entre nous qui sommes conscients des multiples façons dont les animaux souffrent aux mains des humains tout autour du monde, cette cruauté omniprésente est la question de justice sociale la plus importante d’entre toutes. Du dégriffage au débecquage, du découpage d’oreille à l’écourtage de queue, la souffrance que l’humain inflige aux êtres animaux utilisés pour la nourriture, pour l’habillement, pour la recherche, pour la compagnie et pour le divertissement ne semble pas avoir de limite, et les nombreuses façons brutales avec lesquelles nous forçons les animaux à succomber à nos désirs ne semblent être limitées que par la portée notre imagination.

Mais pourquoi est-ce que toute cette cruauté a-t-elle lieu ? Et que pouvons-nous faire par rapport à cette brutalité horrifiante en tant qu’individus ? Il est facile de pointer du doigt les agresseurs directs de la cruauté animale comme les vilains qui doivent être trainés en justice. Il est bien plus difficile – et pourtant bien plus significatif – de tourner cet œil critique vers soi-même et de se demander, ‘qu’est-ce que je fais pour contribuer à ça ?’ Mais c’est seulement en se posant cette question que le chemin vers l’émancipation de l’injustice barbare devient clair.

La grande majorité du temps, l’argent et les efforts des organisations de bien-être animal sont alloués pour développer de nouvelles lois et de nouveaux règlements pour répondre aux nombreux problèmes distincts relatifs à la cruauté animale, tout en essayant en même temps de forcer l’industrie à adhérer à ceux déjà en place. Comme expliqué dans "Est-ce que les campagnes anti-cruauté sont réellement efficaces ?", ces efforts échouent constamment à créer toute amélioration significative pour les animaux.

Derrière ces campagnes se trouve une hypothèse sous-entendue que l’industrie animale est responsable de la cruauté animale. Mais est-ce que cette hypothèse est justifiée ? L’industrie n’est-elle pas un simple intermédiaire mis en place pour faire le sale boulot demandé par les consommateurs de produits animaux ? Bien qu’il soit vrai que l’industrie animale soit un intermédiaire avide et agressif, son rôle est seulement celui d’un intermédiaire. De là, bien que les exploitants institutionnalisés aient certainement à répondre de leurs actes, ce sont les consommateurs qui sont principalement responsable de la cruauté animale via leurs achats de produits animaux.

Beaucoup de personnes répondront probablement que leur inquiétude n’a rien à voir avec les droits des animaux à ne pas être réduit en esclavage et tué, mais bien avec la brutalité excessive de l’industrie animale ; la violence gratuite par exemple, et la cruauté qui est infligée aux animaux avant d’être abattus et massacrés – débecquage, écornage, rognage des orteils, mulesing, castration, ablation de la queue, etc. Mais aussi longtemps que notre société continuera à traiter les animaux en tant que propriétés et marchandises économiques, notre système législatif continuera à accepter ce genre de mutilations comme un mal nécessaire pour fournir des biens et services à une population humaine grandement indifférente à ce qui est caché derrière les hangars et abattoirs lointains.

De toute façon, même si nous trouvions un moyen d’éliminer toute pratique impliquant des mutilations physiques, il est impossible de faire de l’esclavagisme et du meurtre autre chose que l’esclavagisme et du meurtre. Nous pouvons apposer des étiquettes fantaisistes sur les produits de la misère animale et les mettre en vente comme « élevé humainement », « compassion pour l’animal », « produit éthique » ou « sans culpabilité », mais l’abattage inutile reste l’abattage inutile, et aucune mesure de réglementation ne peut changer cela.

Il est compréhensible que des histoires individuelles de souffrance horrible donnent envie aux gens de rechercher les  responsables, de les trainer en justice, et de protéger les victimes potentielles du même traitement. Mais pointer du doigt les exploitants institutionnels ignore le problème fondamental – que peu importe ce que le fournisseur fait en cours de route, la consommation de produits animaux requiert qu’on prenne la vie des animaux.

Comment pouvons-nous espérer une attitude moralement décente des gens à qui l’on demande de mener à bien la tâche de mettre au monde, enfermer et au final tuer et massacrer les animaux que nous choisissons de réduire en esclavage et de manger ? Ce sont des êtres innocents que la plupart des gens préfèreraient plus tôt caresser et câliner plutôt que leur faire mal et les tuer.

Il y a quelque chose de très injuste à propos du fait que nous déléguions le travail le plus obscène de notre société à un certain nombre de personnes assez fortes mentalement pour le mener à bien, pour ensuite les dénigrer par rapport à leur déconnexion de leur sens naturel de l’empathie. Quand on y réfléchit honnêtement, la plupart d’entre nous auraient beaucoup de mal si nous devions abattre un animal – ou arracher sa peau, ou découper son corps pour en enlever les entrailles, ou de taillader sa chair pour en faire des pièces de supermarché… Et pourtant, nous continuons à demander aux autres de le faire à notre place, alors que la plupart des gens refusent de simplement regarder cela en vidéo ou d’écouter d’autres personnes le décrire.

Mais  notre dégout envers les êtres impliqués dans des actes si violents n’est pas quelque chose qui devrait être étouffé ou supprimé, comme Michael Pollan ou Julie Powell voudraient nous faire croire. Non – nous devrions être reconnaissants de la révulsion que nous ressentons lorsque nous imaginons ce qui arrive aux animaux à partir du moment où ils naissent jusqu’au moment d’arriver dans nos assiettes. Notre horreur est une réaction saine à des pratiques qui ne sont rien de moins qu’horribles.

Nous ne pouvons pas nous séparer de la dépravation simplement parce que nous avons trouvé un moyen d’éloigner les tâches ingrates de notre vue – derrière les murs des abattoirs et autres bâtiments obscurs. Et toute la déconnexion et indifférence dans le monde ne peut pas changer le fait qu’il soit impossible de distinguer l’immoralité d’une approche à la Pollan de l’immoralité de tout autre acte de violence dispensable.

Dans n’importe quelle cour de justice, ceux qui sont complices d’un crime sont considérés tout aussi responsables que ceux qui l’ont exécuté.

Comme exprimé de manière si éloquente par Ralph Waldo Emerson,

“Vous venez de diner, et quand bien-même l’abattoir scrupuleusement dissimulé dans la gracieuse distance des kilomètres, il y a complicité. »

Angel Flinn est directrice de Outreach for Gentle World — une communauté d’intention vegan et organisation à but non lucratif dont l’objectif est d’aider à construire une société plus paisible, en éduquant le public par rapport aux raisons de devenir vegan, les bénéfices du véganisme, et comment faire la transition.


Dan Cudahy est l’auteur de Unpopular Vegan Essays: essais impopulaires concernant la violence populaire infligée aux innocents.
 

mercredi 4 janvier 2012

[Traduction] S'attaquer aux racines du patriarcat.

(Traduction de l'article de Maya Shlayen, "Striking at the roots of patriarchy")

 

Le 6 décembre marque l’anniversaire du massacre de l’Ecole Polytechnique à Montréal. Ce jour-là en 1989, un tireur solitaire – Marc Lépine – est entré dans l’école et a spécifiquement tiré sur des femmes. Après avoir tué 14 femmes et blessé 14 autres personnes, il se suicida. Sa lettre de suicide blâmait les « féministes » d’avoir ruiné sa vie. En tant que canadiens, le pays commémorant cette tragédie, nous sommes invités à réfléchir sur la manière dont la violence contre les femmes continue d’imprégner notre culture et se répercute négativement sur nous tous.

Selon Statistics Canada, la femme moyenne ne gagne encore seulement que 71%  par rapport à un homme moyen, et cet écart n’a pas considérablement changé ces dix dernières années. La grande majorité des victimes de violence conjugales – 8 sur 10 – sont des femmes, et 1 femme sur 4 en Amérique du Nord peut s’attendre à être agressée sexuellement au cours de sa vie.

Bien que les hommes qui commettent des agressions sexuelles soient minoritaires, leurs actes se produisent dans le contexte plus grand d’une culture qui marchande sans relâche le corps féminin à chaque occasion. Des concours de bikini aux clubs de strip-tease en passant par l’utilisation de mannequins pour « vendre » des biens de consommation, le message est clair : le corps féminin existe pour le plaisir sexuel des hommes. Des êtres humains réfléchissant, respirant, ressentant, sont réduits, dans notre culture de consommation, à une fin pour les moyens de quelqu’un d’autre. Cette hypersexualisation de nos corps crée une énorme quantité de pression sur nous pour paraître et agir de manière sexy à tout moment, parce qu’on nous dit (implicitement et explicitement) que notre mesure principale de valeur réside dans notre capacité à satisfaire les hommes.

L’idée que certains corps existent pour le plaisir des autres est, bien évidemment, de l’obscénité. Et pourtant chacun de nous – homme ou femme, féministe ou pas – rejoint cette même idée, non seulement à travers notre pornification constante du corps féminin, mais également à travers quelque chose d’autre : notre consommation d’animaux et de ‘produits’ animaux. 

En vertu de leur sentience, tous les animaux – humains ou pas – se soucient de leur vie, et souhaitent éviter la souffrance et la mort. Malgré le fait de n’avoir aucun besoin nutritionnel à consommer des ‘produits’ animaux, et pour le seul intérêt de notre plaisir gastronomique, nous condamnons 665 millions d’animaux de ‘ferme’ (sans compter les poissons) à une vie misérable et hideuse, à une mort prématurée, chaque année seulement dans ce pays. Comme nous prenons le temps en ce jour pour remettre en question l’obscénité des hommes présumant propriété des corps des femmes, combien d’entre nous remettront en question la même obscénité et notion (se renforçant mutuellement) que les corps des nonhumains existent pour le plaisir des humains ?

Lorsqu’un sens de propriété sur le corps de quelqu’un d’autre se présume dès le départ, cela se traduit en un équilibre de pouvoir qui favorise invariablement le groupe dominant aux dépens des désavantagés. Nous avons tous entendus parler de cas où des hommes sont sortis d’une rencontre sexuelle avec le sentiment que tout était ok et consenti, alors que leur partenaire féminine restait avec un sentiment d’abus. Une conclusion possible à tirer ici est qu’au moins quelques hommes ont un sentiment de droit lorsqu’il s’agit de sexe, acquis tout au long d’une vie d’endoctrinement qui assimile la masculinité avec l’agression et la puissance – cette dernière étant définie, dans notre culture patriarcale, comme la capacité à la violence et à la soumission. Et c’est exactement pourquoi il est absurde de déclarer, comme certains le font, que les femmes peuvent se responsabiliser en participant à leur propre marchandisation. Bien sûr, les femmes au club de strip-tease ‘choisissent’ de travailler là. Mais ce ‘choix’ fut fait dans le contexte d’une culture dans laquelle les femmes n’ont pas les ressources économiques que les hommes ont, dans laquelle on leur a appris, dès leur plus jeune âge, que c’est leur travail de faire plaisir aux hommes ; et dans laquelle on a appris, dès leur plus jeune âge, aux hommes, qui paient pour les regarder se dégrader elles-mêmes, qu’ils ont droit à un privilège sexuel sur les femmes. L’exploitation approuvée par la victime reste de l’exploitation.

La même chose s’applique à notre relation avec les nonhumains. L’exploitation « humaine » -- qui est un terme mal approprié, car toute utilisation animale implique de la violence indicible – est un leurre qui ignore la dimension structurelle de l’exploitation en question. C'est-à-dire, les nonhumains ‘domestiqués’ sont des horreurs de la nature génétiquement manipulées qui existent dans un état permanent de vulnérabilité. Mis au monde pour leur utilisation par leurs propriétaires humains, des individus nonhumains – qui ne sont rien de moins que des biens de propriété aux yeux de la loi – sont continuellement tourmentés et abusés pendant la durée de leur courte et misérable vie, jusqu’au moment de leur abattage. Ce dernier instant – moment où nous leur volons leur vie – se traduit en une brutalité qu’aucun mot ne pourrait condamner assez fortement. L’idée que la violence hideuse infligée aux êtres vulnérables puisse être réconciliée avec quelque chose qui puisse être décrit de manière cohérente comme « humain » est de la pure fantaisie. A côté du ‘choix’ des femmes à l’auto-marchandisation dans une société patriarcale, ou le ‘choix’ des travailleurs dans une société capitaliste à peiner dans un environnement de travail abusif, l’esclavagisme « humain » des nonhumains semble être la dernière d’une série d’illusions morales servant à rassurer un groupe oppresseur par rapport à la légitimité supposée de leur oppression sur les autres.

La connexion entre la patriarcat et l’exploitation des nonhumains devient surtout évidente si nous nous penchons sur l’utilisation des animaux femelles. Les poules, qui pondraient seulement quelques œufs par an dans la nature, ont été génétiquement manipulées par les humains afin de pondre des centaines d’œufs par an. Puisque la ponte épuise les nutriments de leurs corps, leur utilité pour les humains dépend de la mesure à laquelle leur système de reproduction féminin peut être exploité, et leur corps blessé. Et une fois que leur productivité chute à une fraction de leur vie naturelle, elles sont abattues. 

De même, les vaches ‘laitières’ sont exploitées pour leur capacité à produire du lait. Puisque les vaches, comme tous les mammifères, doivent donner naissance avant de pouvoir produire du lait, elles sont maitrisées, tous les ans, sur un « support à viol », où elles seront artificiellement inséminées. Lorsque leur bébé vient au monde, il ou elle sera enlevé, et le lait maternel qui était destiné au bébé est à la place volé par les humains. La douleur atroce que cause cette séparation autant pour la mère que pour le veau, et l’agonie de la traite agressive qui suit, sont bien au-delà de ce que de simples mots pourraient rendre justice. De manière intéressante, ce lait – destiné à aider le veau à gagner des centaines de livres en l’espace de quelques mois – a un fort contenu en graisse saturée et en hormone, qui est lié à une oestrogénicité accrue et à la croissance de tumeur liée au cancer du sein chez les femmes. Nous exploitons les seins des bovines pour obtenir un « produit » qui nuit aux seins des humaines.

Si vous êtes féministe, et que vous n’êtes pas vegan – pourquoi ne l’êtes-vous pas ? Si vous êtes contre l’exploitation des vulnérables, et que vous n’êtes pas vegan – pourquoi ne l’êtes-vous pas ? Si la justice et la non-violence vous importent, et que vous n’êtes pas vegan – pourquoi ne l’êtes-vous pas ?

Condamner la violence gratuite contre un groupe désemparé est facile à faire quand c’est quelqu’un d’autre qui le fait. Mais si nous voulons un jour régler le foutoir chaotique qu’est notre monde, il incombe à chacun d’entre nous de réévaluer et de rejeter en fin de compte le paradigme ‘force fait loi’ de la violence et de la domination que nous avons fini par accepter comme étant « l’ordre naturel des choses ». Toutes les formes d’injustice sont liées et se renforcent mutuellement. Aussi longtemps que nous tolérerons l’oppression de n’importe quelle sorte, nous tolérerons nécessairement – et renforceront – l’oppression de toute sorte.

Ce 6 décembre, dites « non » à la violence contre les femmes en rejetant la notion que certains corps existent pour le plaisir des autres. Dites « non » au patriarcat en rejetant la violence patriarcale à sa racine. 

Féministe ? Devenez vegan.

Maya Shlayen

mardi 3 janvier 2012

L'abolitionnisme et la politique des petits pas.

L’approche abolitionniste des droits des animaux établit que l’éducation végane créative et non-violente est le moyen le plus efficace si on souhaite un jour supprimer le statut de propriété des animaux.

Le message dominant transmis actuellement au public est qu’on peut être un omnivore plus consciencieux si on consomme certains produits provenant d’animaux traités « humainement », c’est le message classique transmis par les welfaristes et les grandes associations des « droits » des animaux.

Un autre message que l’on retrouve souvent est qu’il faut viser le véganisme mais qu’en attendant, ou si on pense qu’on aura pas la force d’y arriver, il est préférable de consommer des produits plus humains. Ou qu’être végétarien aide les animaux. Le véganisme est présenté comme un moyen supplémentaire de réduire la souffrance animale et peut-être même optionnel. Comme une sorte d’étape ultime, comme une pureté, qu’il serait difficile d’atteindre et réservé aux gens forts d’esprit. Je trouve personnellement ce point très problématique et c’est ce qui différencie radicalement l’éducation végane abolitionniste du neo-welfarisme.

De là existe une grande incompréhension par rapport à ce qu’est réellement l’éducation végane abolitionniste.

Le point central présenté dans le message abolitionniste est que le véganisme est la norme minimale de décence à adopter si on est pour les droits des animaux et que tous les produits soi-disant « heureux » ne sont qu’une illusion et non seulement n’apportent significativement rien du tout au bien-être animal que les gens s’imaginent mais ne sont en plus pas justifiables moralement si on est pour leurs droits. Il n’y a également pas de promotion du végétarisme car il n’y a aucune distinction morale entre la viande et les produits laitiers/œufs : cela reste de l'exploitation.

Si les gens sont intéressés par le message, ils iront vers le véganisme. Qu’ils veuillent d’abord commencer par supprimer la viande, puis le poisson, puis le lait, ou qu’ils décident plutôt de passer par des produits soi-disant "humains" en attendant (je leur ferai remarquer que tout cela reste de l'exploitation) : cela ne change rien au niveau du message à faire passer. Peut-être qu’ils n’y arriveront pas du jour au lendemain. Peut-être qu’ils n’y arriveront même pas du tout, pour x raisons et excuses invoquées. Ils peuvent adopter la politique des petits pas qu’ils veulent (et les groupes welfaristes et neo-welfaristes encouragement malheureusement cela, en présentant le véganisme comme quelque chose d'optionnel), mais au moins le message principal est passé : l’utilisation des animaux est le problème, le traitement n’en est qu’un symptôme, l’omnivore consciencieux est un mythe, le végétarisme n’est pas moralement justifiable.

Qu’ils deviennent végétariens après 1 mois, abandonnent le fromage après 1 an, pour être au final vegan dans 5 ans, ou font au contraire la transition en 1 semaine, cela ne change rien au point de vue du message à faire passer. Je ne peux pas dire que je suis devenu vegan "du jour au lendemain" mais à partir du moment où j’ai reçu ce message clair, que toute utilisation des animaux ne peut être justifiée moralement et que les produits « heureux », le traitement, sont une illusion si on est pour leurs droits, je m’y suis dirigé à mon rythme (et ça m'a pris au final une semaine le temps de remplacer les produits animaux chez moi, c'est très facile quand on se concentre sur les victimes et non sur soi-même). Et il est tout à fait possible de faire passer ce message de manière créative et non-violente. Ce n’est pas un message agressif.

Un stand de nourriture végane est par exemple une excellente forme d’activisme, permettant aux gens de voir qu’il existe bel et bien des alternatives, qu’on peut manger de bonnes choses en se passant de produits animaux, en les informant par exemple sur la nutrition végane pour démonter le mythe qu’on ne peut pas se passer de produits animaux pour être en bonne santé. Il y a beaucoup de manières de faire passer ce message.

Et l’éducation végane aide les gens dans ce sens, en leur proposant des alternatives aux produits animaux. Et non des produits « heureux » en attendant.

Chaque personne aura son propre parcours vers le véganisme. Certains ne le feront pas et ricaneront, certains s’arrêteront au végétarisme en pensant bien faire et continueront à exploiter les animaux, certains continueront à manger du fromage et participeront également à leur exploitation, là n’est pas la question. Mais le message sera clair : le véganisme sera présenté comme la norme minimale de décence à adopter et non comme un moyen optionnel pour aider les animaux et ne sera plus vu au final comme quelque chose d’extrême mais bien comme la norme si on est pour les droits des animaux.



A lire également :



(31/03/2015 J'ai édité cet article pour plus de clarté) 

vendredi 30 décembre 2011

[Traduction] Le mythe de la vache sacrée indienne et de l'exploitation respectueuse.

(Traduction de l'article de Corey Wrenn, "The myth of India's sacred cow and reverent exploitation")

  
L'Inde est souvent citée comme un lieu d'harmonie et de respect entre les animaux humains et nonhumains. La vache étant considérée comme sacrée par les hindous, beaucoup en Inde renoncent à manger du bœuf et tirent une inspiration religieuse de la vache. Faire du mal ou tuer une vache peut même entraîner l'emprisonnement ou d'autres actions punitives. Malheureusement, le rôle plus précis que joue la vache dans la culture indienne remet en question cette notion de coexistence respectueuse.

La réalité est que les vaches indiennes restent des propriétés, et donc, leurs intérêts sont invariablement secondaires à ceux des animaux humains, peu importe leur frivolité. Vu l'augmentation exponentielle de la consommation de produits d'animaux nonhumains du à l'occidentalisation, l'exploitation de la vache indienne augmente également alors que les protections traditionnelles pour la vache s'effritent.

Viande.

L'abattage du bétail est en réalité légal dans beaucoup d'états indiens. Au pays de la vache sacrée, au moins 14 millions de tête de bétail ont été abattues pour la viande en 2004. Tous ces animaux abattus pour la viande sont des animaux laitiers et utilisés pour le travail, fatigués ou leur progéniture. Qui plus est, au fur et à mesure que le régime alimentaire occidental se normalise et est subsidié en Inde, la consommation de chair de vache devient de moins en moins taboue.

Produits laitiers.

L'élevage industriel devient la norme en Inde pour répondre à la demande croissante créée par une population grandissante et par l'évolution du goût et des marchés de la globalisation. Cela signifie que de plus en plus d'animaux nonhumains sont élevés et exploités en tant que ressources. Les vaches indiennes utilisées pour les produits laitiers souffrent de façon très similaire par rapport à celles utilisées en occident. Les vaches indiennes doivent endurer les maladies, les infections, les injections hormonales, la production excessive de lait, la séparation immédiate avec leur progéniture, l'insémination artificielle et de multiples grossesses. Les veaux sont séparés de leurs mères et se voient refuser le lait maternel. Les veaux mâles sont souvent laissés à l'agonie avec leur pattes et leurs bouches entravées pour prévenir leur échappée ou qu'ils pleurent ce qui distrairait leurs mères travailleuses. D'autres sont simplement attachés, ce qui mène souvent à l'étranglement lorsque les bébés s'emmêlent en s'efforçant de rejoindre leurs mères. Beaucoup de veaux sont laissés à l'abandon ou sont utilisés pour leur peau et leur viande. Malheureusement, la forte signification religieuse du lait de vache et l'aggravation occidentale de la demande en lait pourraient aggraver les efforts pour contester la dépendance humaine aux produits d'animaux nonhumains.

Cuir.

L'Inde est un des plus grands producteurs de cuir au monde. Le traitement du bétail indien utilisé pour le cuir a été fortement documenté et publié par PETA. Le bétail est souvent délibérément blessé ou empoisonné vu que le bétail sain n'est pas légalement éligible pour l'abattage. Le transport vers l'abattoir implique des marches exténuantes et un transport exigu en véhicule dans des chaleurs épouvantables sans nourriture ou eau. Les vaches sont forcées à obéir à l'aide de bâtons, fouets, en leur brisant la queue, et en frottant des piments sur leurs yeux. A la fin du voyage, le bétail est abattu à la vue de tous les autres.

Errants.

Le bétail errant est souvent laissé à l'abandon dans les rues et taudis de grandes villes. Le bétail en liberté sont soumis à des blessures par automobiles, à la malnutrition, et à l'absence de soins vétérinaires. De plus en plus, ces animaux sont considérés comme une nuisance et rassemblés pour être éliminés.

Le mythe de l'utilisation respectueuse

L'image de la vache sacrée indienne est exemplaire de la relation idéalisée entre les animaux humains et nonhumains qui perpétuent la fantaisie que les animaux nonhumains apprécient en quelque sorte leur exploitation ou en tirent du bénéfice. En réalité, les vaches indiennes (et autres animaux nonhumains supposés "respectés" ou "révérés" par les humains dans toutes les cultures) restent des propriétés et sont de plus en plus traitées comme de simples ressources. Qui plus est, le petit traitement préférentiel qui est attribué à la vache n'est pas fourni aux autres espèces. L'Inde a des problèmes critiques de surpopulation d'animaux de compagnie, d'extinction de la faune, d'animaux nonhumains utilisés pour le tourisme, le divertissement, et une consommation mendiée et grandissante d'autres animaux nonhumains et de leurs produits. La globalisation continue à remettre en cause la culture indienne, désintégrant les traditions religieuses et autres styles de vie qui ont le potentiel de respecter les animaux nonhumains en tant que personnes. Vu ces difficultés, nous devons être particulièrement attentifs aux normes occidentales envahissantes de domination et d'exploitation et méfiants vis-à-vis des notions imaginaires de l'animal nonhumain joyeusement exploité, traité respectueusement ou utilisé humainement. 

Au lieu de glorifier des exemples fautifs comme la vache indienne, qui ne servent qu'à masquer et perpétuer l'exploitation, nous devrions au lieu de ça promouvoir le véganisme. Le véganisme respecte les animaux nonhumains comme des personnes et refuse leur exploitation peu importe l'endroit, la religion, la culture ou l'espèce. Et, la compassion et la justice, partie intégrante du véganisme, ne sont pas un mythe.
 
Corey Wrenn 

[Traduction] Chère Hermione

(Traduction de l'article de Maya Shlayen, "Dear Hermione")


Chère Hermione,


En tant que fans de longue date, nous voudrions te remercier pour ta participation dans le combat contre le Seigneur Voldemort, et, partant de là, pour ton combat contre le paradigme ‘force fait loi’ qu’il représentait. Ta position ferme et implacable en faveur de la justice sociale nous a amenés (moldus) à examiner les allées et venues de notre propre monde. En tant que fans de ta personnalité et encore plus grands fans de la justice sociale en général, cependant, nous souhaiterions attirer ton attention sur ce qui, nous estimons, a été un angle mort récurrent tout au long de ta vie jusqu’à maintenant : ton inconsistance dans ton opposition contre l’exploitation injuste.


Avec l’apparition de Dobby durant ta deuxième année à Poudlard, nous faisons la connaissance des ‘elfes de maison’ : elfes domestiqués que les magiciens (humains) exploitent comme serviteurs obligés. Dans la mesure où les elfes de maison sont forcés de faire un travail pour lequel ils ne reçoivent pas de compensation, ils sont, en réalité, des esclaves. Privés de toute puissance (ils ne peuvent pas être des ‘porteurs de baguette’, par exemple), la domestication et l’exploitation ultérieure des elfes sont si profondément enracinés dans le monde des sorciers que tant les magiciens que les elfes prennent ça pour acquis, comme l’ordre ‘naturel’ des choses. Des siècles (si pas des millénaires) de servitude et d’esclavagisme ont engendré la dépendance des elfes de maison. En effet, le bon elfe de maison est si docile et asservi qu’il fera tout ce que son maitre lui demande – peu importe si ça fait du mal à l’elfe.


Pourtant, même si toi et Dumbledore (parmi d’autres) reconnaissez cette injustice qu’est l’esclavagisme des elfes, vous ne voyez pas votre propre complicité dans l’exploitation des nonhumains ailleurs : avec Dumbledore, toi et d’autres magiciens et magiciennes bien intentionnés portez de la laine qui provient de l’exploitation de moutons. C'est-à-dire, le mouton domestique est un animal qui, suite à une reproduction sélective, est devenu complètement dépendant du contrôle humain pour sa survie. Comme tous les nonhumains domestiqués, le mouton a évolué, au fil de millénaires de soumission humaine, pour être tellement à notre merci qu’il n’est plus capable de vivre indépendamment dans la nature. Et comme les magiciens, qui tirent un avantage de la docilité des elfes de maison afin d’exploiter ce groupe en question, nous tous (magiciens tout comme moldus) tirons un avantage d’animaux domestiqués (dont le mouton) dans le but de les exploiter pour nos fins – même lorsque c’est préjudiciable pour eux que nous le fassions.


Les humains ont élevés les moutons pour qu’ils aient une peau anormalement ridée et de là ont des quantités excessives de laine sur leur corps, créant un ‘besoin’ artificiel de les tondre – une action qui en soi est souvent stressante et traumatique pour les animaux. Mais du fait qu’ils soient si vulnérables et dépendants de nous, les animaux domestiques, comme les elfes de maison, n’ont pas d’autre choix que d’endurer toutes les utilisations qu’on fait d’eux. Il y a quelque chose d’étrange lorsque Dumbledore dit à Harry (à la fin de ta cinquième année à Poudlard) que les elfes de maison méritent plus de respect (par ex, que nous ne devrions pas nous attaquer aux vulnérables simplement parce que nous le pouvons) alors que lui-même porte un pull de laine en hiver. 


L’une des caractéristiques déterminantes de l’esclavagisme à travers les âges a été le traitement des esclaves exclusivement comme moyens pour les fins de quelqu’un d’autre, la vie et le bien-être de l’esclave n’ayant aucune valeur intrinsèque – un point qui te fut illustré plutôt artistiquement juste avant ta cinquième année, sur l’affichage mural de têtes tranchées d’elfes à la retraite dans la maison de Black. Cruel qu’il puisse être sans aucun doute de retirer la vie d’un être sentient, à quoi bon garder en vie un esclave qui n’est plus utile ? La propriété, après tout, est ce qui n’a de valeur externe ou extrinsèque. Pourtant, cette réalité ne semble pas te perturber plus que ça, puisque, pendant que tu prêches au sujet des droits des elfes lors du déjeuner à Poudlard, tu ne daignes avoir une pensée pour les vaches laitières dont l’exploitation a permis de fournir le beurre que tu étends sur ta tartine !


Bien sûr, comme tous les mammifères, les vaches laitières doivent donner la vie pour donner du lait – un fait dont les fermiers laitiers profitent en inséminant artificiellement leurs vaches annuellement. Lorsque les veaux sont nés, ils sont rapidement enlevés à leur mère (une action qui résulte en stress inimaginable et en traumatisme pour la mère et le veau), et le lait qui était destiné à la base pour eux est volé à la place par les humains. Ses filles  la remplaceront comme machines à lait, et ses fils (puisqu’ils ne peuvent ni donner du lait ni produire de descendance) seront envoyés prématurément à l’abattoir, où ils seront ‘préparés’ en viande de veau. Après des cycles répétés de mise enceinte traumatisante, de lactation forcée et de deuil, la mère ‘utilisée’ sera également envoyée à l’abattoir. La vie et le bien-être des vaches laitières, alors, comme celle de l’elfe de maison, n’a pas de valeur intrinsèque et n’est pas prise en considération au-delà de son utilité comme machine à lait, même si un tel traitement la prive invariablement de sa liberté, de son confort, et de son autonomie qu’elle désire tellement, comme tous les êtres sentients. Encore une fois, l’injustice de traiter un ‘autre’ sentient comme notre propriété est claire. Quelle ironie, alors, quand en dénonçant l’esclavagisme des elfes, tu sembles passer à côté de ce lien crucial et ne renonce pas également à l’exploitation de tous les nonhumains sentients !


En plus des similitudes économiques et légales communes à toutes les institutions injustes, l’esclavagisme des elfes et l’exploitation animale partagent pourtant encore une caractéristique : la psychologie sociale sous laquelle elles sont toutes les deux perpétuées. Les elfes de maison, après des siècles (millénaires ?) de servitude et de lavage de cerveau, ont perdu tout semblant d’indépendance et de désir d’autonomie, prenant pour acquis leur statut de propriété comme ‘normal’ et même désirable. Les magiciens et magiciennes, qui bénéficient d’une telle discrimination, pointent souvent le contentement des elfes comme ‘preuve’ que de telles pratiques ne sont pas injustes. Comment pourrait-ce être de l’esclavagisme’ lorsque les elfes eux-mêmes apprécient cela ?


Il est intéressant de noter que lorsque Ron fait cette même observation lors de ta quatrième année, tu répliques immédiatement, « c’est parce qu’ils sont incultes et endoctrinés ! » En d’autres mots, tu peux voir que l’oppression des elfes est bien plus compliquée que de simplement déterminer si ils sont ‘heureux’ ou non ou complices de leur exploitation.


Les dix dernières années ont connu la croissance du mouvement de l’exploitation animale ‘humaine’ : œufs plein-air, lait bio, et autres labels ‘bien-être’. Outre le fait que ces mots sont des schémas de marketing qui ne se traduisent pas en meilleures normes de bien-être pour les animaux, la réalité est que même s’il était possible d’exploiter les animaux ‘humainement’, ça ne résoudrait pas la question de base de quelle justification avons-nous pour les utiliser comme moyens pour nos fins en premier lieu ? Comme la complicité des elfes de maison dans leur propre esclavagisme, l’exploitation animale ‘humaine’ omet de prendre en considération la soumission et la violence sur laquelle se base notre relation entière avec les nonhumains domestiques en premier lieu. Que ça soit la complicité des elfes de maison dans leur propre esclavagisme, l’exploitation ‘humaine’ des nonhumains domestiques, le ‘choix’ des travailleurs dans une société capitaliste à peiner dans des conditions industrielles démoralisantes, ou toute autre institution injuste à propos de laquelle nous nous mentons à nous-mêmes, de tels systèmes ignorent les inégalités structurelles qui rendent le ‘choix’ et l’exploitation humaine’ sans aucun sens. La véritable justice, alors, ne vient pas en plaçant un autocollant souriant sur l’exploitation, mais en démontant les structures hiérarchiques sous-jacentes qui créent et perpétuent l’injustice en premier lieu.


Bien que tes premiers efforts pour attirer l’attention sur le calvaire des elfes de maison soient accueillis en ridicule, au moins certains magiciens et magiciennes reconnaissent que quelque chose est fondamentalement malsain par rapport au paradigme entier des ‘elfes comme propriétés’. Ceux qui se sont rangés du côté de Dumbledore (et de Harry) dans le combat contre le Seigneur Voldemort reconnaissent que le paradigme hiérarchique entier du magicien sur le moldu, de l’homme sur la créature était fondamentalement injuste.
De même, nous tous (magiciens, magiciennes ou moldus) sommes d’accord qu’il est malsain d’infliger des souffrances ‘inutiles’ aux animaux. Et pourtant notre utilisation la plus significative numériquement (par ex pour la nourriture) ne peut être considérée comme ‘nécessaire’ selon toute définition cohérente de ce mot. L’association américaine des diététiciens (l’une des plus grandes organisations scientifiques en matière de nutrition au monde) déclare :


"La  position  de  l’Association  américaine   de   diététique   est   que   les  alimentations    végétariennes    bien conçues  (y  compris  végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur  le  plan  nutritionnel  et  peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. Les    alimentations    végétariennes bien conçues sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la  grossesse,  l’allaitement,  la  petite enfance,  l’enfance  et  l’adolescence, ainsi que pour les sportifs."


La meilleure justification que nous avons pour infliger souffrance et mort à des milliards de nonhumains sentients est qu’ils ont bon gout, et que c’est pratique et habituel pour nous de le faire. Il n’y a aucune nécessité impliquée. Comme les magiciens bien-intentionnés qui maintiennent que les elfes de maison ‘apprécient’ d’être asservis, nous n’arrivons pas à appliquer nos propres convictions morales à leurs conclusions logiques : nous continuons à manger, porter et utiliser des nonhumains quand ce n’est pas nécessaire pour nous de le faire, et nous nous racontons toutes sortes d’histoire pour nous convaincre que c’est soi-disant correct.


En tant que vos fans dévoués, et sincères demandeurs de justice sociale et de non-violence, nous aimerions faire une proposition : nous demandons que tu considères de devenir vegan. Le véganisme signifie qu’on ne mange plus, ne portons plus, ou d’une autre manière n’exploitons plus les animaux nonhumains pour nos bénéfices humains. Plus qu’une question de régime alimentaire ou de style de vie, le véganisme est un rejet de principe du statut de propriété des animaux nonhumains – une forme vivante de protestation contre la violence massive commise contre les plus vulnérables d’entre nous. Etre vegan est incroyablement facile, et la norme minimale de décence que nous devons aux nonhumains en regard de notre estimation qu’il est immoral de leur infliger souffrance et mort inutile.


Vivre sa vie en tant que vegan et s’engager dans l’abolition de l’exploitation animale n’est ni misanthrope ou myope. Le spécisme (discrimination basée sur l’espèce) est inextricablement lié à nombre d’autres formes de violence, et comme l’exploitation des elfes de maison, l’exploitation des nonhumains est en soi un symptôme d’un monde hiérarchique dans lequel l’injustice prendre une myriade de formes. Aussi longtemps que nous massacrerons des milliards d’êtres sans défense simplement parce que nous le pouvons, nous ne traiterons pas mieux nos frères humains, et tout discours de ‘justice’ ou de ‘paix mondiale’ restera juste cela  -- des mots vides au vent.


Aussi intelligente et bien-intentionnée que tu ne puisses l'être sans aucun doute, tu sembles toi aussi être victime de la pensée confuse et embrouillée qui arrive souvent lorsque l’on vit dans un monde violent. Peut-être, si tu avais pris du recul et fait plus attention au problème, tu aurais fait le lien : si il est immoral que les magiciens exploitent des nonhumains magiques, alors il est immoral pour chacun de nous (moldus et magiciens compris) de domestiquer et exploiter des nonhumains sentients de manière générale.


Nous espérons que cette lettre te parvienne en bonne santé, et que nous t’avons stimulé à réfléchir de manière critique à une sérieuse question de justice sociale. Nous t’invitons à nous rendre visite en ligne pour en apprendre plus :




          Sincèrement,


Le mouvement abolitionniste des droits des animaux

Maya Shlayen

jeudi 29 décembre 2011

[Traduction] Est-ce que le véganisme est un choix ?

(Traduction de l'article de Rob Johnson, "Is veganism a choice?")

 

Il y a deux sortes de choix libres dans la vie:
(a)    Les choix où vous pouvez exercer vos libertés de base sans aucun aspect d’obligation dans les deux cas (comme décider si vous mangerez à l’extérieur, ou à la maison ce soir).
(b)   Les choix où vous avez autant de liberté de choisir que dans le cas (a), mais où il y a une obligation morale de ne pas opter pour l’un des choix. Donc nous avons la liberté de faire un choix, mais nous choisissons de ne pas le faire car nous verrions ça comme moralement odieux.
Beaucoup voient le véganisme comme une question de choix (a). Il n’y a aucune obligation légale pour nous dans les deux cas, et ‘l’option non-végane’ est largement disponible dans la plupart des domaines de la vie. Par conséquent, au mieux, les gens relient le véganisme à une question de préférence personnelle – un choix.
Aussi courante que soit cette pensée, c’est une erreur irrationnelle.
Pensez à n’importe quel ‘choix’ qui tombe dans la catégorie (b). Un exemple classique est le choix d’acheter oui ou non des esclaves humains. L’esclavagisme existe toujours dans beaucoup de pays dans le monde. Il est surtout répandu dans certains pays du tiers-monde – et si on devait vivre dans un de ces endroits, on aurait certainement le choix d’acheter ou non une personne servant d’esclave contre son gré (si les finances le permettent). Comme j’espère que le montre cet exemple extrême, si nous avions le choix d’acheter un enfant noir devant obéir à nos désirs frivoles, nous choisirions de ne pas le faire sur base de la décence morale de base. (b) est un ‘choix’ dans le sens lâche.
En effet, il est impossible d’estimer que cette situation soit un exemple de préférence personnelle, aussi longtemps que nous jugeons n’importe quelle action comme moralement problématique (l’idée de l’esclavagisme est on ne peut plus basique comme principe moral). Donc le choix d’acheter d’autres personnes pour les utiliser comme esclaves détient l’obligation morale implicite que nous ne devrions pas le faire, *même si* le choix de le faire était aussi libre tant en juridiction légale qu’en acceptation sociale (comme ce l’était un peu partout sur la planète il y a plusieurs dizaines d’années de cela)
Suivre la raison
Considérant que le véganisme est un choix basé sur l’éthique, pour faire un jugement éclairé déterminant si c’est une décision de type (a) ou (b), nous devons premièrement oublier cette acceptation légale et sociale de l’utilisation animale. Après tout, nous avons déjà vu que des activités acceptables peuvent être considérées comme extrêmement immorales (comme l’esclavagisme). Le changement social et légal sont des choses qui devraient (et ont toujours) découler de la moralité, pas l’inverse. Mais une fois que nous retirons l’excuse sociale et légale, qu’est-ce qui reste qui pourrait faire du véganisme un choix (a) ?
Après tout, si un animal est sentient, il est un individu qui expérimente sa propre vie. La seule justification morale pour l’enlever à son environnement naturel (sans son consentement formel, ce qu’on ne peut pas obtenir des animaux nonhumains), ou pour le tuer, ou pour l’utiliser comme ressource pour notre plaisir, était s’il y avait une raison quelconque pour différencier les humains et les autres espèces à cet effet. Mais quelle justification pourrait-il y avoir ?
Un intérêt à continuer à vivre, à ne pas être torturé, à vivre sa propre vie. La caractéristique pertinente pour demander ces intérêts est la sentience : la capacité à expérimenter votre propre vie et de ressentir ce qui vous arrive. Rien de plus, rien de moins. Et les animaux ont cette caractéristique, que nous aimions cela ou pas. Donc, justifier un désir d’utiliser les animaux comme esclaves et comme ressources, et de les tuer à la fin de leur ‘utilisation’ ne peut pas être différencié du désir de faire la même chose à tout autre individu sentient (comme les humains) si nous réfléchissons rationnellement et sans préjugés. Vu que notre principe moral le plus basique dénonce l’esclavagisme de certains individus sentients (les humains), alors nous n’avons pas vraiment de ‘choix’ si ce n’est d’étendre ce principe à toutes les races ou espèces qui sont sentientes. C’est la chose rationnelle à faire. Et les excuses racistes ou spécistes (aussi différentes qu’elles soient) n’y changent rien.
Si nous écoutons les attitudes sociétales d’aujourd’hui, ainsi que la loi sociétale, elles nous diront que nous pensons actuellement que c’est ok de faire des différences basées sur des préjugés. Mais, il y a deux cent ans, elles nous disaient la même chose – seulement à l’époque le préjugé était entre des races différentes d’humains plutôt que des espèces différentes d’animaux sentients. Nous devons rejeter cette méthode  pour juger nos actions, car nous savons qu’elle est viciée. Se concentrer sur le raisonnement cohérent, rationnel est la voie à suivre.
La légalité ne dissout pas le raisonnement cohérent
Le véganisme n’est pas un choix (a). Ca ne l’est tout simplement pas. Ce n’est pas un cas de préférence personnelle, à moins que nous nous cachions lâchement derrière une acceptation sociale ou des règles juridiques – concepts qui n’ont jamais été faits pour guider le développement de la moralité. Est-ce que cela veut dire que je vais forcer les gens à devenir vegan ? Non. Cela tient à peu près autant que l’utilisation pragmatique de brûler des abattoirs – une méthode aussi irrationnelle que les groupes qui en sont responsables, vêtus de leurs cagoules, et un désir désespéré d’être des rebelles.
Je pense, (et l’histoire est de mon côté) que les gens finiront par faire ce qui est juste. Le spécisme connaîtra le même sort que le racisme, le sexisme, comme l’homophobie devrait le connaître d’un jour à l’autre. Le préjugé est irrationnel et les humains intelligents tendent vers le rationnel. Le reste suit. Mais ce mouvement commence avec vous – la loi et la société changeront lorsque des individus formeront la fondation pour ce changement, et cela (à un niveau très simple) demande à chacun de nous de ‘choisir’ de devenir vegan et à dire aux autres personnes pourquoi nous le faisons. Loin d’être une préférence personnelle ou une opinion, c’est une obligation morale. Ne nous soustrayons pas à cette obligation. Commençons 2012 comme nous entendons continuer pour le restant de notre vie.
Rob Johnson

mercredi 28 décembre 2011

[Traduction] La construction de notre identité de l'espèce.

(Traduction de l'article de Javier Moreno, "The construction of our species identity")


‘D’où viennent les saucisses ?’ m’a demandé mon fils de 5 ans, récemment.
‘Des cochons’, je répondis. ‘Oui’, dit-il, un petit peu impatiemment… ‘mais d’où est-ce que les cochons les ont ?’

Judy Rumbold, The Guardian, 28.2.2001.

« Une cage est une boite faite de barres en métal ou en bois.
Elle est utilisée pour enfermer des animaux. Le lion est enfermé dans une cage. »
Apprendre à accepter l’esclavagisme animal 

La façon dont nous construisons notre identité, consciemment et inconsciemment, détermine la manière dont nous voyons et interagissons avec les autres. La construction de l’identité sexuelle joue un rôle fondamental dans notre vie. Basé sur cette construction, certains rôles seront associés et influenceront, de façon presque toujours décisive, la forme dans laquelle nous nous voyons et voyons le reste. Cependant, dans ce cas-ci, je ne veux pas me concentrer sur la construction de notre identité sexuelle, mais sur notre identité ‘de l’espèce’ et comment elle détermine la manière dont nous nous voyons et les individus des autres espèces.

"La viande fait partie des animaux que l’on mange.
La viande de bœuf, d’agneau, de poulet et de lapin est vendue chez le boucher."
Apprendre à accepter notre vision d’eux en tant que nourriture. 

Depuis l’enfance, nous intériorisons l’identité de l’espèce via le processus d’apprentissage et de socialisation, nous différenciant du reste des animaux. Dans cette catégorisation, nous apprenons à faire la différence entre humain/animal ou personne/animal. Cette différenciation fictive, vu que les humains sont aussi des animaux, jouera un rôle essentiel dans la vision que nous avons des autres animaux en tant qu’êtres inférieurs qui sont à notre disposition. En refusant notre animalité, nous construisons une place privilégiée pour notre espèce, qui établit automatiquement une hiérarchie pyramidale dans laquelle les humains sont au sommet, et où tout le reste sera construit sur cette base. Par exemple, chaque animal se verra assigné une fonction pour notre bénéfice : certains seront notre nourriture, d’autres fourniront des vêtements et d’autres seront nos compagnons.

Les livres d’enfants sont de bons exemples pour prouver comment nous intériorisons la vision des animaux comme inférieurs ou comme ressources. Les exercices mettront l’accent sur la différenciation  humain/animal ou personne/animale, ou demanderont à l’enfant de relier la nourriture avec l’animal qui nous la fournit : vache-lait, saucisse-cochon, steak-vache, laine-mouton… Bien que cela puisse paraître « normal », ce processus d’apprentissage est presque déterminant car il fait que nous assumons et intériorisons une vision des animaux en tant que choses et non en tant que sujets. Je ne veux pas continuer à développer l’impact de ces exemples ; jetez juste un œil aux cahiers d’exercices des enfants ou aux exercices d’écriture.

On doit mentionner les visites organisées dans les soi-disant fermes scolaires. Des enfants innocents sont apparemment emmenés dans ces endroits pour y voir les fournisseurs de notre nourriture. Evidemment, on ne les emmène pas aux abattoirs dans lesquels tous les animaux des fermes scolaires finiront ; nous leur ferons voir que les animaux sont heureux de « nous donner » ces produits et qu’ils assument et acceptent ce rôle. 

"Que donnent les poules ?"
Chaque animal « nous donne » un produit.

 L’aspect surprenant de ces cases est l’empathie que beaucoup de filles et garçons montrent envers ces animaux, établissant une relation d’égal à égal et ignorant que le poulet avec lequel ils ont joué ou le veau envers lequel ils ont montré tant d’amour seront massacrés et réduis en pièce pour leur nourriture qui leur sera servie à la maison ou à la cantine. En fait, un enfant peut parfois faire ce lien, résultant habituellement en une sorte de réalisation traumatique. Soudainement, il associe la viande dans son assiette à l’ami avec qui il a joué, et ça devient terrifiant : il refuse de manger son ami. Bien que je connaisse des familles qui ont respecté la décision d’un garçon ou d’une fille dans ce sens, la situation habituelle est que quelques jours après le traumatisme, on l’aidera à comprendre que les animaux ne souffrent pas, mais que c’est nécessaire. En gros, ils sont là pour ça.

Comme le dit Joan Dunayer « nous nous mentons à nous-mêmes et à chacun d’entre nous, à propos de notre espèce et des autres. Un langage trompeur perpétue le spécisme. Comme le sexisme ou le racisme… le spécisme ne peut survivre sans mensonges ».

Et donc nous grandissons, arrivant à un point où nous ne questionnons pas qu’ils soient convertis en nourriture, qu’ils passent leurs vies enfermés dans des zoos ou des cirques pour nous amuser, qu’ils soient séparés de leur famille (oui, ils créent aussi des lien émotionnels, même si vous pouvez penser que c’est incroyable), qu’ils soient dépecés et convertis en vêtements, ou qu’ils soient soumis à toutes sortes de torture et tués derrière les murs de laboratoires pour une base indiscutable de notre avancement scientifique.

Le temps de brûler cet endroit fictif que nous avons construit est arrivé. Il est temps de faire un exercice humble et honnête avec nous-mêmes, et de descendre du sommet sur lequel nous pensons être, et cesser d'accepter, soutenir et financer le plus grand holocauste de tous les temps. Il est temps de nous reconnaître en tant qu’autre animal et reconnaître le reste des animaux comme des sujets qui méritent autant de respect que chacun de nous.

 Il est urgent d’apprendre à désapprendre, et de remettre en question toute cette structure de domination et de soumission que nous avons créé. Le temps compte, et les abattoirs, les fermes et autres centres d’exploitation ne se reposent pas. Les vies de milliards de victimes innocentes en dépendent.

Par Javier Moreno
Co-fondateur d’Animal Equality