vendredi 1 mars 2013

[Traduction] Paranoïa des protéines



(Traduction de "Protein Paranoia")

Les pays industrialisés en général, et ceux victimes du colonialisme britannique en particulier, dont les Etats-Unis, ont été la cible d’une immense propagande pro-protéine. On ne sait pas comment cela a commencé, ni le moment où l’espèce humaine a commencé à consommer de la chair animale, mais peut-être que cette soif de sang du lambda a été exacerbée par le fait qu’au bon vieux temps, les rois interdisaient aux paysans de chasser les « meilleurs » animaux, et donc les paysans, comme c’est toujours le cas lorsqu’on interdit quelque chose, ont réagi en en voulant encore plus. Autres exemples : la consommation d’alcool, de marijuana, et autres drogues ‘récréatives’. Dès lors, consommer de grandes quantités de chair animale était symbole de statut social, un symbole visible d’affluence, de succès et de richesse, tout comme l’est le surpoids dans certaines cultures. Les temps d’antenne sont saturés de publicité pour le tabac (jusqu’il y a peu), les hamburgers, les morceaux de poulets, les produits laitiers, l’alcool, la malbouffe, et leurs besoins de « remèdes » en résultant : brevets « médicaux » toxiques, ayant tous des effets désastreux sur la santé et la longévité humaine. Les publicités pour les nourritures saines, comme les fruits et les légumes, sont quasi inexistantes. Il est clair que les éléments détruisant la santé doivent avoir une marge de profit bien plus élevée que ceux qui sont bénéfiques, pour encourager cette furie de publicités. (La publicité moyenne de 30 secondes pendant les heures de grande écoute coûte 300.000-500.000$, sans compter le coût de production.)

Même les “végétariens” ont cette phobie des protéines dans leur nouveau mode de vie – l’héritage de décennies de conditionnement par l’industrie publicitaire. On leur demande sans cesse : « où trouves-tu tes protéines ?? ». Et bien, de quelle quantité de protéine a besoin le corps humain en réalité ?

La manière la plus simple de comprendre notre besoin réel en protéines est de considérer le bébé humain. Les protéines sont utilisées pour la construction et la maintenance du tissu ; elles ne sont pas utilisées pour l’énergie sauf des dans des conditions extrêmes. L’enfant humain développe de nouveaux tissus au rythme le plus élevé de toute sa vie ; donc ses besoins en protéine sont au maximum de sa vie entière ! Que fournit la nature pour ses besoins en protéines ? Le lait maternel humain est un liquide contenant 1% de protéines. Oui, 1% de notre régime alimentaire est assez pour assurer le taux de croissance le plus élevé, et les besoins en protéines les plus élevés de notre vie entière ! Une fois adulte, le besoin en protéines est seulement nécessaire pour assurer la maintenance, pas la croissance additionnelle ; dès lors, les besoins en protéines d’un adulte sont encore moindres ! En fait, l’AJR actuel indique que l’humain adulte a besoin d’environ 1/3 des protéines d’un enfant ; donc, l’adulte a besoin d’1/3% de son régime alimentaire moyen en protéines. Cela peut être fourni de manière adéquate par les fruits et légumes, comme indiqué dans le tableau ci-dessous, sans avoir recours à des sources concentrées : noix/graines, « fromage de fruits secs », haricots, tofu, miso, « protéines de soja texturées » etc.

Comment est-ce que la « science nutritionnelle » orthodoxe, fondée en énorme partie par les cartels agro-alimentaires, arrive à ses AJR en ce qui concerne les protéines ?

Une méthode censée évaluer la « qualité » des protéines est appelée l'"Indice d'Efficience Protéique" (IEP) et est défini comme l’apport en poids d’un animal en croissance divisé par son apport en protéines. Bien que cela soit une mesure approximative de qualité de protéine, réalisée dans des conditions spécifiques, elle fut critiquée car seule la quantité de protéines consommée au-delà de la maintenance est utilisée pour la croissance. Qui plus est, l'IEP varie en fonction de l’apport alimentaire. Ce ratio trouve son utilité avec les petits animaux, et a été également employé dans les études pour enfants [1]. Un peu de réflexion met rapidement en lumière les mensonges. Premièrement, les résultats basés sur les études d’animaux autres que les humains offrent très peu ou aucune information qui peut être appliquée à l’espèce humaine, car les besoins biochimiques et alimentaires d’espères différentes sont tout à fait différents. La nutrition du rat ne s’applique tout simplement PAS aux humains, pas plus que la recherche des effets du LSD sur les araignées pourrait être extrapolé aux humains. Ce genre de « recherches » peuvent générer des subventions lucratives pour les universités et déboucher sur bon nombre de doctorats, mais sont inutiles pour toute compréhension des véritables problèmes alimentaires humains.

En outre, lorsqu’on considère le gain de poids, cela ne se rapporte PAS à la santé optimale en quoi que ce soit. Celui qui devient le plus obèse le plus rapidement est celui en meilleure santé ? Absurde. Au contraire, l’obésité est connue pour être nuisible pour la santé, alors pourquoi est-ce qu’un gain rapide de poids serait assimilé à un bénéfice alimentaire ? Le lait de vache, vu qu’il est désigné pour un animal qui gagne environ 453 kilos durant sa première année entraînera FORCEMENT une croissance plus rapide chez l’enfant humain (qui est supposé prendre 6 kilos durant sa première année) que le lait maternel humain, car ses concentrations en protéines et en calcium sont environ 3 à 4 fois plus élevées que dans le lait maternel humain, 7 fois plus en caséine, jusqu’à 3,4 fois plus en minéraux, et les hormones de croissance bovines provoquant la croissance rapide sont présentes. De toute évidence, suralimenter n’importe quel organisme par un facteur de 4 ou plus produira FORCEMENT une « croissance » rapide, par ex. obésité, mais aucune personne censée ne pourrait considérer cela comme étant une croissance saine, ou comme indicateur de la qualité nutritive « supérieure » des boissons bovines par rapport au lait maternel humain pour les enfants.

En effet, le bébé humain nourri par la vache est toujours grossièrement obèse, léthargique, maussade, en proie à des éructions cutanées, souffre constamment de problèmes digestifs, pleure énormément, est lent à apprendre, et malodorant. Le concept de l'IEP est un vestige de la mentalité d’après 2e guerre mondiale de consumérisme aveugle : plus, plus, plus est toujours mieux, mieux, mieux. Le concept d'IEP, et autres dogmes nutritionnels peu orthodoxes basés sur une « logique » également erronée, a donné lieu à cette société consommant des quantités énormes de protéines indigestibles et autres « nourritures » qui ne peuvent pas être correctement digérées et utilisées par le corps. Donc, une grande quantité de ces matériaux sont stockées dans le corps sous forme de matériaux partiellement digérés et toxiques que le corps tente d’éliminer par des phénomènes fort mal compris tels que les « rhumes » et les « grippes ». Les efforts du corps pour éliminer ces toxines stockées sont –mal- interprétés comme étant des « maladies », et des médicaments hautement toxiques sont utilisés pour supprimer les efforts du corps d’auto-nettoyage et d’auto-guérison. Des analyses plus détaillées de ce processus néfaste d’interférence avec le processus naturel de nettoyage du corps, ainsi qu’une technique simple pour éliminer de manière permanente les « rhumes », « grippes » et « allergies » de sa vie, sont disponibles dans l’article : Beyond Vegetarianism: How To Permanently Eliminate "Colds/Flus" by Simple Dietary Change (Au-delà du végétarisme : Comment éliminer de manière permanente les « rhumes/grippes » par un simple changement alimentaire). 

Cette façon erronée de percevoir la réalité, de considérer SEULEMENT la quantité en ignorant systématiquement la qualité, nous a mené exactement aux désastres écologiques mondiaux qui menacent actuellement la continuité de l’existence de toute forme de vie sur cette planète. Il y a des aspects QUANTITATIFS et QUALIFICATIFS à toutes les situations, concepts et pratiques ; il faut considérer les deux aspects, autrement l’incompréhension et le désastre sont inévitables.

Un autre moyen utilisé par la pseudo science nutritionnelle pour déterminer les « besoins » en protéines s’appelle la méthode d’Equilibre Azoté. Puisque l’azote fait partie du groupe aminé [-NH2] des acides aminés dont toutes les protéines sont faites, et puisque l’azote est bien plus facile à quantifier en laboratoire que les protéines complexes, la théorie est que l’on devrait consommer assez de protéines (mesurées en azote) de sorte que la quantité ingérée soit équivalente à la quantité excrétée. (C’est semblable à la philosophie absurde Gatorade : mangez vos excrétions.) Donc, lorsqu’on se trouve en « équilibre azoté », il n’y a aucun gain ou aucune perte nette d’azote et on prétend que les tissus sont idéalement maintenus. Pour déterminer le statut en protéines d’une personne, on la soumet à un régime alimentaire réduit en protéines, ou sans protéines, et on mesure ensuite l’azote excrété pendant quelques jours et on estime ensuite que vu que cela représente le montant de protéines perdues, cela représente également le montant que la personne aurait dû ingérer durant la même période pour maintenir un poids stable. Simple et évident n’est-ce pas ? Erreur ! Malheureusement, les nutritionnistes ne savent pas que des quantités énormes de mucus et toxines basées sur les protéines sont stockées dans le corps du consommateur moyen d’aliments cuits, viande riche en protéines/œufs/produits laitiers, ou que soumettre ces personnes à ce qui est essentiellement un jeûne déclenchera un processus d’auto-nettoyage qui provoquera l’élimination du corps de grandes quantités de mucus et toxines riches en azote. Au vu de ces excrétions accélérées, les besoins en protéines de l’être humain sont grossièrement exagérés.

Toute personne ayant expérimenté un changement de régime alimentaire, ou surtout le jeûne, sait qu’une énorme quantité de déchets sont éliminés lors de tout changement positif dans le régime alimentaire, et que ces éliminations sont fortement accélérées durant un jeûne. (Un jeûne consiste à ne consommer que de l’eau, et à faire un lavement pour aider à nettoyer le côlon des déchets pour prévenir une grave auto-intoxication.) Par ailleurs, de grandes quantités de mucus sont éliminées en premier ; et au fur et à mesure que le corps se nettoie, les excrétions de mucus ralentiront nettement. Puisque les expériences sur l’« Equilibre Azoté » nutritionnel ne durent généralement pas assez de temps pour que le corps se nettoie assez pour déterminer ses réels besoins en protéines, comme en témoigne la perte d’azote constante, pas exponentiellement décroissante, les quantités estimées par cette méthode excèdent largement nos besoins réels.

En ce qui concerne les exigences en protéines, Albanese et Orto [2] admettent que « Bien que l’étude des besoins en protéines de l’humain ait suscité l’intérêt de scientifiques durant des dizaines d’années... des exigences définitives n’ont pas été établies à la satisfaction d’un grand nombre. » Ils se lamentent que la méthode d’Equilibre Azoté « ait été fréquemment étudiée, mais semble en réalité être un indicateur peu fiable d’apport satisfaisant en protéines. » Qui plus est, « les quantités de protéines nécessaires au maintien de l’équilibre azoté varient selon l’état nutritionnel du sujet. Lorsque les réserves en protéines étaient épuisées, même de petites quantités d’azote étaient suffisantes pour produire un équilibre positif. De même, on a découvert que, chez les patients ne consommant que du riz, l’équilibre azoté pouvait être maintenu avec de petites quantités de protéines – quantités qui ne semblaient pas favorables à une bonne santé. » « … la somme des données disponibles, dont l’ARJ du National Research Council, représente au mieux des tâtonnements intelligents sur les quantités de protéines qui couvriront amplement les besoins de l’humain. »[1]

« L’effet d’une faim totale (ex: véritable jeûne) sur l’excrétion d’azote a été étudié bon nombre de fois. Un rapport montre qu’une femme en bonne santé ayant volontairement suivi un jeûne a excrété durant les premiers jours une moyenne de 6 à 8 grammes d’azote, et ensuite les jours suivants, jusqu’au 26e jour, 4,26 grammes et encore plus tard 2 à 3 gramme par jour. … La réduction progressive d’excrétion d’azote, comme constaté lors des jeûnes, semi-jeûnes, ou régimes pauvres en protéines, se produit non seulement parce que les fractions de protéines facilement disponibles du corps sont progressivement épuisées mais probablement à cause de l’adaptation à l’approvisionnement réduit de nourriture ou de protéines. »[1] Etrangement, si le corps s’est réellement adapté à cet approvisionnement réduit de protéines, un approvisionnement plus élevé n’est de toute évidence pas nécessaire. Si, pour l’exemple plus haut, les 2-3 grammes/jour représentent les réels besoins en protéines du corps, après que les déchets à haute teneur en protéines aient été éliminés, alors les besoins journaliers en protéines seraient : P=N (azote) x 6.25 = 2.5 x 6.25 = 15.6 grammes/jour, nettement moins que les « tâtonnements intelligents » des AJR de 64 grammes/jour pour une femme. Cette quantité pourrait être fournie par environ 1.4 kilo de fruits et légumes.

De manière significative, Albanese et Orto admettent que « l’efficacité de l’utilisation de protéines est diminuée lorsque l’apport calorique est bas ou que l’approvisionnement en protéines est excessif ».[1] Une autre preuve qu’un régime élevé en protéines est inutile et auto-destructeur. Lorsqu’on gagne de l’expérience avec un régime alimentaire pauvre en protéines, à base de plantes, on finit par comprendre que les protéines concentrées, par ex celles de plus d’1% environ, ne peuvent pas être digérées correctement, et qu’on est en bien meilleure santé avec les protéines fournies par les fruits et légumes qu’en tentant d’obtenir « assez » de protéines via des sources concentrées, telles que les noix/graines, haricots, légumineuses, etc.

Une conclusion très frappante, au moins pour ceux et celles conditionnés par la culture des cowboys de croire que nous avons besoin de beaucoup de protéines, est révélée par les AJR et l’application d’un peu de calcul de secondaire. Les valeurs des AJR en protéines et énergie se trouvent ci-dessous. 

Les 4e et 6e colonnes, cependant, sont les AJR/lb du poids du corps, car cette information est capitale pour produire des comparaisons significatives pour les gens de poids différents. En omettant intentionnellement ce calcul simple et tout à fait nécessaire, les « autorités » donnent la clairement fausse impression que les besoins en protéines et calories augmentent lorsque nous grandissons ; cependant, le contraire est exactement correct. La vérité est que l’humain adulte a besoin d’environ 1/3 des protéines et ¼ des calories, sur une base grammes-par-grammes, dont il a eu besoin durant l’enfance !  Ceci est aisément fourni par les fruits et légumes. 

Contenu protéique de différents aliments (en % de protéines par pourcentage de poids)

Fruits : 0,5-1,5 %
Lait maternel : 1-1,1 %
Riz brun :  2,5 %
Riz blanc : 2%
Légumes : 0,5-3,5 %
Choux : 2-4 %

Remarque: les aliments suivants possèdent bien trop de protéines pour une digestion correcte par l'humain, et ne sont dès lors pas recommandé pour la consommation mais sont inclus pour la comparaison.

Lait de vache : 3,5 %
Haricots (cuits) : 8 %
Oeufs : 13 %
Fromage : 14-20 %
Viande : 9-30 %
Poisson : 20-28 %
Noix/graines : 10-25 %


[1]  Goodhart and Shils, Modern Nutrition in Health and Disease, Lea and Febiger, 5th ed, 1973

Mon opinion :  Article fort intéressant mais dommage qu'il n'y ait pas plus de sources, le lien en bas de page renvoyant vers plus de renseignements étant mort. Même en étant végétalien, nous avons tendance à consommer des aliments riches en protéines par peur d'une éventuelle carence. Personnellement, je pense qu'à partir du moment où les besoins en calories sont atteints, il me semble tout simplement impossible pour l'humain d'avoir une carence en protéines, même en ne se nourrissant que de fruits et légumes. N'oublions par ailleurs pas que la cuisson dénature les protéines.

Plus de ressources sur les protéines : http://www.ecologos.org/pro.htm 

mercredi 12 décembre 2012

[Traduction] Plus de place pour mourir.



(Traduction de « More room to die » de John Morlino)

Imaginez que vous êtes dans le couloir de la mort, mais innocent de tout crime. Vous accrochant à l’espoir que la légion de partisans travaillant sur votre cas réaliseront une percée avant qu’il ne soit trop tard, vous vous préparez pour une mise à jour de leur campagne. Et pourtant, les nouvelles que vous vous apprêtez à entendre feraient pâlir vos cauchemars incessants.

Le messager – parlant au nom d’un noyau de groupes de défense renommés – vous informe que votre espace de vie, de la taille d’un placard, sera agrandie d’un mètre carré et que la qualité de votre nourriture sera bientôt améliorée. Il signale aussi que, lorsque le temps sera venu, un soin particulier sera fourni pour vous assurer une méthode d’exécution moins pénible. Lorsque vous insistez sur les efforts pour obtenir votre libération, il vous avoue que lui et ses collègues ont adopté une philosophie plus pragmatique – attribuant un pourcentage grandissant de leurs ressources à des programmes destinés à « alléger la souffrance dispensable », tout en s’éloignant simultanément de l’objectif de sauver des vies.

Le scénario susmentionné ne représente, en aucun cas, l’engagement réel de ceux et celles en quête de justice pour les hommes et les femmes qui ont été injustement incarcérés. Cependant, il présente une ressemblance frappante à la transformation qui s’est produite au sein de la majorité du mouvement des droits des animaux.

Bien qu’un petit nombre d’organisations soient restées fidèles à leur conviction fondamentale que les animaux méritent de vivre libre de toute exploitation, beaucoup, dont les plus renommées, se sont alignées avec des entreprises qui profitent de l’abattage de créatures innocentes. Ce genre d’appui s’étend du soutien aux lois fédérales et initiatives de vote qui enrichiraient soi-disant les vies des animaux de ferme condamnés, au placement littéral d’un cachet d’approbation sur le produit fini, du moment que ça soit « humain ».

Pour avoir une idée de cette métamorphose, considérez le contenu de « APig’s Tail », un film d’animation de quatre minutes pour les enfants créé par la Humane Society of the United States (HSUS).

Sorti le 24 octobre 2012, le dessin animé raconte l’histoire d’un porcelet s’échappant d’une ferme industrielle, où vivre dans un cageot de gestation est la norme pour les truies enceintes, et se conclut par son arrivée dans ce qu’elle croit être un havre sûr. « Un endroit », dit-elle, « où un cochon peut être un cochon. » Ce à quoi lui répond son régisseur : « Et un fermier peut être un fermier. » Le ciel se remplit de rayons de soleil  et s’en suivent des sourires. Ce qui n’est pas mentionné dans le script c’est que sa vie là-bas s’arrêtera prématurément et violemment.

Grâce à son département commercial bien rôdé ; des avoirs approchant le quart du milliard de dollars ; et du personnel supplémentaire incluant d’anciens défenseurs des animaux et un vice-président élevant des porcs pour une grande chaine de magasins d’épicerie, l’incarnation moderne de HSUS a fabriqué une identité à la Zelig aux yeux du public. Ce faisant, elle est capable d’opérer dans l’espace compris entre deux factions souvent polarisées : ceux qui soutiennent les politiques de bien-être animal et ceux qui croient à l’abolition de l’exploitation animale par l’homme.

En flouant la distinction entre ces deux doctrines, HSUS, ainsi que les autres groupes faisant la promotion du mythe de l’abattage/élevage humain, offre une sortie facile à quiconque envisage un mode de vie guidé par les principes de non-violence et compassion inconditionnelle. Et des milliards d’animaux en paient le prix ultime.

Si j’ai appris une chose des dizaines d’année de militantisme pour les droits humains et des animaux, c’est que l’honnêteté est l’ingrédient de base de tout mouvement de justice social fructueux. Mais, avec un nombre croissant d’organisations craignant de faire peur à leurs sympathisants en leur demandant de faire un changement significatif dans leurs vies – comme en devenant vegan – la vérité sans fard est souvent visiblement absente de leurs campagnes. Le résultat inévitable est une série de « victoires » creuses célébrées sous le couvert du progrès.

En adoptant cette stratégie, le mouvement des droits des animaux s’est vendu au rabais, ainsi que les animaux. Et bien qu’il soit possible d’inverser cette tendance, cela arrivera seulement si et lorsque les activistes commenceront à faire confiance à leur audience, plutôt que de la sous-estimer,

Ma confiance en la capacité du public à confronter et à répondre positivement à la vérité provient des retours que j’ai reçu des dizaines d’enfants et d’adultes qui ont assisté à mes présentations axées sur la compassion.

Lorsqu’on leur demande d’identifier les cas dans lesquels les vies des animaux sont compromises par le comportement humain, des élèves de primaire ont, sans erreur, débité un nombre incalculable d’exemples, dont l’abattage des animaux pour la nourriture, les vêtements, l’amusement, l’expérimentation et la commodité. Les mots d’une fille de 9 ans suggérant que nous « arrachions la saison de chasse du calendrier » restent gravés dans ma mémoire.

La réponse d’un élève m’a également laissé un souvenir impérissable. A la fin de la classe, on m’a posé une série de questions, allant de « Est-ce que tu as eu des animaux de compagnie en grandissant ? » à « Est-ce que tu manges de la viande ? ». Ma réponse à la seconde question fut « Non », suivi par l’explication que j’étais vegan. En réponse à la première, j’ai parlé avec enthousiasme du chien du voisinage avec qui j’ai vécu pendant 17 ans. Après avoir étudié mes réponses, un jeune garçon a levé la main et a déclaré : « Tu as décidé de ne plus manger d’animaux car tu aimais ton ami, le chien. »

De toutes les expériences d’apprentissage que j’ai eu, une en particulier a été la plus révélatrice, il y a une dizaine d’année de cela. Durant une discussion en cours sur la validité des droits des animaux, un étudiant qui s’identifiait en tant que « chasseur » dominait la conversation en remettant en question quiconque n’allait pas en son sens. Dans le but de changer cette dynamique, j’ai partagé mon parcours menant à mes principes de non-violence et de compassion inconditionnelle. On aurait pu entendre une mouche voler.

A la fin du cours, plusieurs étudiants sont restés pour parler avec moi. Ce n’est qu’après qu’ils soient partis que j’ai remarqué que le chasseur patientait près de la porte depuis le début. Je n’aurai jamais pu deviner ce qui s’est passé ensuite.

Il a commencé par me remercier du respect que je lui avais témoigné durant le cours pour finir par me parler du conflit interne qui le rongeait. Tous ses amis étaient des chasseurs, mais il ne voulait plus tuer d’animaux. Craignant d’être ridiculisé et rejeté, il a gardé ses sentiments pour lui.

Pendant près d’une heure, nous avons parlé de l’amitié, des valeurs, et du courage d’avoir ses propres convictions. Et bien que je ne puis être certain de la manière dont il a résolu son dilemme, personne ne m’a jamais serré les mains avec autant de sincérité.

Quiconque a pris la responsabilité de devenir une voix pour ceux qui ne peuvent pas parler pour se défendre sait que ce n’est pas chose facile. Et placer la barre plus bas n’arrangera rien. Dans mes moments de réflexion, je me demande parfois ce que nous demanderaient les animaux ?

Le pari, ici, est que ce ne serait pas : plus de place pour mourir.

jeudi 25 octobre 2012

[Traduction] L'invasion des profanateurs de mouvement



L'invasion des profanateurs de mouvement
Une cause de justice sociale devient la proie de la doctrine du "mal nécessaire"

Par James LaVeck

Vous ne savez jamais lorsqu’une agence de relation publique est efficace ; vous verrez juste vos points de vue changer lentement. – Directeur de Relation Publique

Peu d’entre nous réalisent que certaines industries américaines déboursent des centaines de millions de dollars à des firmes de relations publiques chargées de la suppression de tous les obstacles quelconques à l’acquisition de profit. En haut de la liste de ces obstacles on trouve les mouvements de base de justice sociale.

Dans un article de 2002 sur leur site du Centre pour les médias et la démocratie, les auteurs et activistes sociaux John Stauber et Sheldon Rampton décrivaient les activités de MBD, l’une de ces firmes de relations publiques impliquées dans le démantèlement des mouvements citoyens préoccupés par des problèmes allant des pluies acides, de la dioxine, de la biotechnologie et des déchets toxiques, à l’apartheid, l’énergie nucléaire, les espèces en voie de disparition et les marées noires.

« Leur méthode préférée », écrivent Stauber et Rampton, « est une stratégie ‘diviser pour régner’ fortement dépendante de la ‘co-optation’ : premièrement, identifiez les ‘radicaux’ qui ne sont pas disposés à faire des compromis et qui demandent des changements fondamentaux pour redresser le problème. Ensuite, identifiez les ‘réalistes’ – typiquement, les organisations avec des budgets et des employés significatifs travaillant dans le même domaine relatif du problème concerné, comme les radicaux. Ensuite, approchez ces réalistes, souvent via un tiers, commencez un dialogue et passez finalement un marché, une solution ‘gagnant-gagnant’ qui marginalise et exclut les radicaux et leurs demandes. »

« Ensuite, accompagné des réalistes, rencontrez les ‘idéalistes’ qui ont été mis au courant du problème via le travail des radicaux. Convainquez les idéalistes qu’une solution ‘gagnant-gagnant’ approuvée par les réalistes est la meilleure pour la communauté dans son ensemble. Une fois cela accompli, les ‘radicaux’ peuvent être exclus comme extrémistes, le correctif de relation publique est fait, et l’arrangement peut être présenté aux médias pour faire apparaître la corporation et ses partenaires ‘modérés’ sans but lucratif comme héroïques pour avoir solutionner le problème. Résultat : l’industrie pourrait être amenée à faire certaines petites concessions ou temporaires, mais les préoccupations fondamentales soulevées par les ‘radicaux’ sont balayées. »

Qu’est-ce que ce scénario troublant a à voir avec les militants des animaux et notre mouvement pour mettre fin à l’exploitation d’êtres sentients ? Et bien, il s’avère que la première fois que Stauber et Rampton ont écrit sur MDB, c’était en référence à une présentation donnée par Ronald Duchin – le ‘D’ dans MBD – à nul autre que l’association des éleveurs (voir page 66 de Toxic Sludge is Good for you : Lies, Damn Lies and the public relation industry). C’était en 1991, et Duchin, un diplomé de l’Army War College et ancien assistant spécial au Secrétariat de la Défense, décrivait la stratégie la plus efficace pour « s’occuper’ de l’irritant le plus ennuyeux de l’industrie de la viande : nous.


Duchin recommandait le plan en trois étape suivant :

1)      Isoler les radicaux
2)      « Cultiver » les idéalistes et les « éduquer » pour en faire des « réalistes »
3)      Coopter les opportunistes à être d’accord avec l’industrie

Duchin reconnaissait dans son discours qu’il était difficile de travailler avec les idéalistes, dû à leur altruisme inhérent et au fait qu’ils ne gagnent personnellement rien à maintenir leur point de vue, le public a tendance à les croire. Il offrit ensuite aux éleveurs une stratégie habile. Il déclara que si l’on peut en quelque sorte convaincre les idéalistes que leur opposition à un produit ou à une industrie causait par inadvertance du tort à quelqu’un, ils ne pourrait pas vivre avec la contradiction et seraient forcés de changer leur point de vue, pour adopter une position plus « réaliste ».
 
Duchin expliqua ensuite aux éleveurs la manière de travailler avec les « opportunistes » du mouvement, des personnes qu’il décrit comme s’engageant dans l’activisme pour « la visibilité, le pouvoir, les partisans et, peut-être, l’emploi… La manière de traiter avec les opportunistes est de leur fournir au minimum la perception d’une victoire partielle. »

L’adoption généralisée des oeufs “libre-parcours" ? Quelques places à la table du groupe chargé de développer des normes pour la production d’agneau « compassionnelle » ? Du veau « rose » non enfermé ? Aujourd’hui, ce genre de développements sont largement caractérisés comme des victoires par les organisations réputées comme fermement opposées à l’exploitation animale.

La fraude de la gentillesse humaine

Ce n’est pas agréable de penser à la possibilité que notre mouvement puisse être en train d’être co-opté et neutralisé selon un plan aménagé par une firme de consultance pour l’industrie de la viande il y a 15 ans de cela. Mais pour les industries d’exploitation animale, des milliards de dollars sont en jeu, et il va de soi qu’elles investiront d’importantes ressources pour la protection de leurs intérêts, et elles vont jouer pour gagner. Pensez à la manière dont la pression incessante pour engranger toujours plus de profits, trimestre après trimestre, peut conduire les dirigeants d’entreprise dans une frénésie hyper-concurrentielle. Résultat, on peut régulièrement lire des cas d’espionnage industriel, de campagnes de dénigrement médiatique, de tentatives de corruption de leaders politiques, de scandales financiers et de conflits de pouvoir. Il y a-t-il une quelconque raison de croire que les gens pris dans un tel système puissent être moins impitoyables lorsqu’ils ont affaire à un mouvement citoyen qui vise à leur faire faire faillite ?

Stauber et Rampton, après des années d’investigation des activités de l’industrie de relation publique, mettent en évidence la tendance des activistes à nier la possibilité que nous soyons dupés, « les activistes aiment croire que nous sommes trop engagés dans nos causes, trop terre-à-terre et conscients, pour être amenés à la soumission involontaire en s’asseyant à la même table et en partenariat avec l’ennemi. » Mais selon la guru de l’industrie de relation publique, Denise Deegan, note Stauber, « L’industrie continue de considérer cette sorte de ‘dialogue’ comme sa méthode la plus efficace pour gérer les activistes. »

Le travail de Stauber et Rampton est très éloigné de la théorie de salon. Elle est plutôt dérivée de l’étude exhaustive de l’histoire des mouvements de base qui, comme le mouvement animal, ont tenté de confronter l’abus de l’industrie. Ils ont étudié, par exemple, la manière dont la firme de relation publique MBD est sortie grandie d’une campagne victorieuse pour neutraliser un boycott massif de la corporation Nestlé. A la fin des années 70, Nestlé tentait de persuader des millions de femmes du tiers-monde d’utiliser des formules synthétiques pour nourrissons au lieu de donner le sein à leur bébé. « Dans la croyance militante, » font remarquer Stauber et Rampton, « ce boycott est présenté comme une victoire majeure, mais dans le monde des affaires, on considère que l’industrie l’a vraiment emporté en coupant l’herbe sous le pied de la campagne. En faisant des concessions sélectives aux activistes, Nestlé réussit à négocier la fin du boycott. Plus tard, les activistes furent consternés de découvrir que ses pratiques de marketing de préparations pour nourrissons continuaient seulement sous un autre nom. Les enfants du tiers-monde continuent à mourir, mais aujourd’hui leur sort reçoit peu d’attention, et les activistes ont découvert qu’un boycott, une fois terminé, ne redémarre pas facilement. »

Traduisez cela au mouvement animal, et l’appel au boycott est, tout simplement, l’éducation végane. Lorsque nous passons d’une demande à éliminer la consommation de produit animaux, à l’approbation publique de produits animaux « humains », n’annulons-nous pas, au final, notre propre boycott ? Pensez-y. « Un boycott, une fois terminé, ne redémarre pas facilement. »

Jouer jusqu’au Gagnant-Gagnant

Donc c’est sérieux. Parcourons cela encore une fois et réfléchissons à la manière dont les développements récents dans le mouvement animal pourraient être cartographiés sur le livre de jeu de l’industrie de relation publique, comme résumé par Stauber et Rampton.

Premièrement, identifiez les ‘radicaux’ qui ne sont pas disposés à faire des compromis et qui demandent des changements fondamentaux pour redresser le problème.

En théorie, cela pourrait être quiconque croyant que les animaux ont des droits, que les exploiter est immoral, et que la solution est d’encourager les gens à boycotter les produits animaux, avec un but à long-terme pour abolir le statut de propriété des animaux. Nous ne parlons pas de tactiques radicales mais d’idées radicales. Nous parlons de communauté, d’éducateurs, d’investigateurs amateurs, de protestants, d’avocats, de bloggeurs, d’artistes, de soignants, de sauveteurs d’animaux, de marchands, d’écrivains, de distributeurs de tracts, de personnes du clergé, de diététiciens, d’anciens agriculteurs, d’éducateurs, d’étudiants, de bénévoles dans des sanctuaires, d’instructeurs de yoga, d’adolescents, de musiciens, de docteurs, et toutes sortes d’activistes de tous les jours qui pratiquent le véganisme comme expression de non-violence gandhienne, comme refus de coopérer en quoi que ce soit avec ceux qui profitent de l’oppression des autres.

Ensuite, identifiez les ‘réalistes’ – typiquement, les organisations avec des budgets et des employés significatifs travaillant dans le même domaine relatif du problème concerné, comme les radicaux.

En théorie, cela pourrait être un nombre de grandes organisations multi-millionaires de protection animale avec des campagnes significatives pour les animaux de ferme.

Ensuite, approchez ces réalistes, souvent via un tiers, commencez un dialogue et passez finalement un marché, une solution ‘gagnant-gagnant’ qui marginalise et exclut les radicaux et leurs demandes. 

En théorie, cela pourrait être une offre faite par quelqu’un comme John Mackey, chef de direction de Whole Foods, l’un des plus grands distributeurs aussi bien de viande que de produits bio, pour développer un partenariat avec les militants des animaux et les « visionnaires » de l’industrie de la viande pour développer de nouvelles normes pour l’exploitation « humaine » des animaux. Cependant, pour y participer, les « réalistes » doivent de facto contredire leur propre position que les animaux non-humains sentients ne devraient être pas être utilisés à des fins humaines, pour négocier les détails de leur exploitation avec ceux qui s’occuperont de leur abattage et qui en tireront profit, ce qui porte gravement atteinte à l’intégrité de ce principe fondamental.

Maintenant, via les efforts combinés de l’industrie et des organisations des animaux participantes, la réponse « raisonnable » de la personne ayant pris connaissance de la situation des animaux de ferme ne devient pas le véganisme, pas la réduction de la consommation de viande, produits laitiers et œufs, mais plutôt l’achat de produits animaux « humains ».

Pendant ce temps, l’objet du dialogue public se déplace irrévocablement de la moralité douteuse qu’est l’utilisation et l’abattage d’animaux, vers une argumentation élaborée, sans fin, sur la manière de le faire – les conditions, le traitement, les normes et la régulation.

Dans ce nouveau cadre, les appels au public des militants pour le boycott de tous les produits animaux, pour la non-participation à l’exploitation, n’ont pas leur place. Un tel discours est maintenant un embarras pour les groupes militants participants, et une blague pour l’industrie de la viande. Un tel discours est maintenant relégué au royaume du « radicalisme ».

Ensuite, accompagné des réalistes, rencontrez les ‘idéalistes’ qui ont été mis au courant du problème via le travail des radicaux. Convainquez les idéalistes qu’une solution ‘gagnant-gagnant’ approuvée par les réalistes est la meilleure pour la communauté dans son ensemble.

En théorie, cela pourrait être les petites organisations idéalistes qui sont convaincues de rejoindre les grandes organisations pour endosser la « mini-révolution » des normes ‘humaines’. Ensemble, elles persuadent les éducateurs de première ligne et les activistes citoyens que plaidoyer seulement pour le véganisme n’est plus la bonne approche. Les activistes doivent maintenant simultanément soutenir la viande ‘humaine’ et les œufs ‘libre-parcours’ comme une prétendue étape transitoire pour les gens qui n’abandonneront pas la consommation de produits animaux aujourd’hui. Agir autrement, soutient-on, équivaut à abandonner les milliards d’animaux pris en ce moment au piège du système existant de l’industrie de la viande.

Confrontés à cette « contradiction » apparente, un grand nombre d’idéalistes du mouvement changent leurs points de vue et commence à adopter une position plus « réaliste », une application classique de la formule de Duchin ‘changer les idéalistes en réalistes’. Ce nouveau « réalisme » comprend le plaidoyer public pour un comportement non-vegan – consommation de produits animaux « humains » -- à côté d’un plaidoyer public pour un comportement vegan – boycott de tous les produits animaux. Etrangement, ces nouveaux idéalistes transformés commencent même à se décrire comme des « réalistes », et ceux qui s’accrochent à leurs propres valeurs anciennes de ne pas participer sont décrits comme des « puristes » et « absolutistes », parfois même comme des « égoïstes » ou « pharisaïques » dans leur « rigidité morale ».

Rencontrer les gens où ils se trouvent.

Il est frappant, et profondément troublant, de voir combien cette nouvelle manière de réfléchir sur nous-mêmes et notre plaidoyer se conforme si parfaitement à la feuille de route pour notre futur de Mr.Duchin, et la manière dont elle fait écho de manière si précise au « dilemme » de John Mackey (vegan), qui explique qu’il perdrait son poste de directeur exécutif chez Whole Foods, la base même de sa capacité à faire une différence, s’il imposait ses valeurs personnelles et privait ses clients de la possibilité d’acheter une grande variété de produits animaux. Par conséquent, vu sa préoccupation pour les animaux, Mackey est moralement obligé de faire ce qu’il doit faire afin de maintenir sa position au sommet, et d’utiliser le pouvoir qu’il a pour créer une nouvelle ligne de produits animaux « humains », tout en travaillant avec les groupes militants pour les animaux pour convaincre le public de les acheter – donc, de la bouche même de Mackey, « ouvrant la voie sur une toute nouvelle façon pour les gens de se rapporter aux animaux de ferme, le bien-être des animaux devenant l’objectif le plus important. »

De même, certains dirigeants des groupes militants participants pourraient raisonner que, s’ils « imposaient » le véganisme et l’abolition de l’exploitation animale au public en refusant de leur offrir une alternative « humaine » de produits animaux, eux aussi perdraient leur argent et les membres qui selon eux sont la base de leur capacité à faire la différence. Plutôt, afin d’avoir du poids et de la crédibilité vis-à-vis de la plus grande marge de donateurs, législateurs, journalistes et autres personnes ordinaires, ils se doivent de « rencontrer les gens où ils se trouvent », et de leur offrir des « options ». Ils semblent croire qu’ils sont, en réalité, moralement obligés de travailler avec l’industrie pour développer un marché de produits animaux « humains » qui déclarent-ils aideront le public et l’industrie à s’éloigner des formes de torture animale les plus énormes.

Afin de voir où cette nouvelle approche « rencontrer les gens où ils se trouvent » mène notre mouvement, nous n’avons qu’à observer le dernier plan d’étiquetage, celui lancé en Australie par une organisation animale internationale. Il est appelé « Choix Humain » (Human Choice), et les communiqués de presse citent avec enthousiasme que le nouvel étiquetage « garantira au consommateur que l’animal a été traité avec respect et avec soin, de la naissance jusqu’à la mort…. L’étiquetage Choix Humain indiquera que l’animal a eu la plus belle vie et la plus belle mort offerte à n’importe quel animal de ferme…. En somme, ils vivent leur vie comme ils le feraient à la ferme du Vieux MacDonald… »

Choix Humain ? Ferme du Vieux MacDonald ? Voyez comme les rôles s’inversent ? Le plaidoyer pour les animaux n’a plus rien à voir avec l’éthique et la justice sociale – ça a maintenant à voir avec le choix du consommateur. La vente de viande n’a plus rien à voir avec la marchandisation, l’exploitation et le profit – ça a maintenant à voir avec le bien-être animal. Le véganisme n’est plus maintenant un impératif moral – c’est maintenant un choix de vie délicieusement excentrique.

Ce qui nous amène à la conclusion de Stauber et Rampton : une fois cela accompli, les ‘radicaux’ peuvent être exclus comme extrémistes, le correctif de relation publique est fait, et l’arrangement peut être présenté aux médias pour faire apparaître la corporation et ses partenaires ‘modérés’ sans but lucratif comme héroïques pour avoir solutionner le problème. Résultat : l’industrie pourrait être amenée à faire certaines petites concessions ou temporaires, mais les préoccupations fondamentales soulevées par les ‘radicaux’ sont balayées. »

Le complexe du bien-être animal industriel

Que notre mouvement en soit à son état actuel en totalité ou en partie par les machinations de l’industrie de relation publique, ou qu’il s’auto-détruise simplement de son propre chef, nous devrions être choqués et profondément préoccupés que la structure du mouvement animal d’aujourd’hui ressemble si étroitement à la vision de compromis, division et faiblesse morale mise en avant par un consultant en relation publique de l’industrie de la viande il y a si longtemps. Peu importe la manière dont cela a été accompli, il est indéniable que le pare-feu de précision linguistique, pensée critique et intégrité philosophique nécessaire pour protéger notre mouvement d’une telle dégradation a été pratiquement démoli.

Il est troublant de penser à la manière dont les choses ont pu aller si loin si vite, mais il va de soi que Mr. Duchin et ses semblables ne se sont pas tournés les pouces ses 15 dernières années. Pendant que les organisations animales et l’industrie de la viande mélangent leurs affaires dans un enchevêtrement de plus en plus déconcertant, leur langage, valeurs, intérêts et buts deviennent indiscernables, créant une sorte de « complexe du bien-être animal industriel » dans lequel les « joueurs » -- figures dominantes de l’industrie et entreprises du mouvement animal – se rencontreront régulièrement en privé pour négocier le prix de la préoccupation du public pour la souffrance animale.

L’industrie gagnera l’appui d’organisations animales pour un tableau de plus en plus bizarre de produits « humains » et de pratiques « compatissantes ». Les groupes de défense animale gagneront une poignée de « victoires partielles » ainsi que quelques pourboires comme le parrainage de conférences et de nombreuses opportunités publicitaires. En rendant le processus si ordonné et rationnel, en le réduisant à quelques joueurs clés avec une compréhension tacite de l’accord, toutes les parties concernées recevront un approvisionnement régulier de ce dont ils ont besoin pour continuer à grandir à un rythme rapide. Plus d’argent. Plus de clients/membres. Plus de connexions politiques. Plus de capacité à dicter les termes du discours public.

Les rouages de ce complexe hypothétique s’emboitent confortablement dans la culture Orwellienne de notre société post 9/11, dans laquelle les droits civils et la primauté du droit sont systématiquement sapés au nom de la protection de notre « liberté ». Au centre de tout cela se trouve notre acceptation de la doctrine du « mal nécessaire », qui nous amène à l’encontre de nos valeurs fondamentales et rationalise notre complicité dans des actes de violence et d’injustice commis contre les autres – actes qui sont souvent décrits comme « tristes » et « regrettables », mais, soyons réalistes, inévitables et absolument nécessaires si nous voulons accomplir notre mission vertueuse. Sous la doctrine du mal nécessaire, il n’y a rien de fondamentalement immoral à incarcérer indéfiniment des milliers de personnes suspectées, mais pas accusées, jugées ou condamnées d’un crime quelconque, dans un réseau mondial de prisons secrètes, et même à les torturer – du moment que ca l’est pour de nobles raisons, et selon les « normes » appropriées.

Considérez le parallélisme de ces deux passages, le premier du New York Times, et le second du site web d’une nouvelle campagne de marketing de l’industrie animale en Angleterre :

Bien que la C.I.A. a essuyé des critiques par rapport à l’utilisation de techniques brutales, un fonctionnaire supérieur du renseignement a déclaré que les détenus n’avaient pas été maltraités. On leur a fourni des soins dentaires et de la vue ainsi que le Coran, tapis de prière et horloges pour organiser les prières, a déclaré le fonctionnaire. On leur a également fourni de la lecture, des DVD’s et un accès à un équipement pour s’exercer.

Ce n’est pas du veau provenant de silos bondés à peine éclairés. Ces animaux profitent d’une vie bien remplie, avec beaucoup d’espace et de lumière, à l’intérieur de bâtiments appropriés pendant l’hiver et à l’extérieur dans les prés le reste de l’année ; un régime alimentaire varié ; et les soins d’une vache nourricière lorsqu’il y en a.

Oui, de pauvres veaux orphelins destinés au couteau du boucher vont maintenant être amoureusement nourris par une « mère nourricière » avant que leur vie ne soit prématurément étouffée. Et pour que personne ne se sente mal vis-à-vis de la brièveté de l’existence des veaux, l’industrie fait gentiment remarquer qu’ « avec une espérance de vie de six mois, ils vivent deux fois plus longtemps que même le plus lent des poulets en croissance ; ils ont la même espérance de vie qu’un bon cochon bio, et plus longue que beaucoup d’agneaux bio. »

Donc ceux qui consomment la chair de ces veaux dorlotés sont en réalité des humanitaires solutionnant un « problème de bien-être animal ». En mangeant la descendance mâle non-désirée des vaches laitières, nous épargnerons à ces nouveau-nés malchanceux l’alternative moralement répugnante, une vie plus courte et plus brutale dans un cageot. On ne peut s’empêcher de se rappeler la citation attribuée  à un lieutenant de l’armée durant la guerre du Vietnam qui a déclaré, « Il fallait que nous détruisions le village, pour le sauver. »




Selon un article de journal, neuf jours après le lancement de cette campagne de « bon veau », les ventes de veau dans une chaine de supermarché anglaise ont augmenté de 45 pourcents. Remarquablement, le site web de la campagne mentionne l’appui et le logo d’une grande et respectée organisation des droits des animaux européenne dont le nom commence avec le mot « compassion ».

Ainsi, un boycott depuis des décennies a été pratiquement neutralisé. Pensez aux nombres de personnes et au temps qu’il a fallu pour éduquer le public sur les raisons pour lesquelles la consommation de veau devrait être taboue. Combien de veau spécialement étiqueté « bon veau » mangera une personne avant que la distinction ne s’efface, et que cela devienne simplement bon de manger du veau ?

Encore une fois, les préoccupations fondamentales de notre mouvement – astucieusement balayées.

L’art de la compassion implacable.

Dans cette nouvelle ère, pour être un militant vegan, pour encourage avec succès les autres à boycotter la participation dans l’exploitation des animaux, il faut faire bien plus qu’exposer les gens à l’injustice de l’exploitation animale, que les aider à surmonter la force de leurs propres habitudes personnelles, à résister à la pression familiale et sociale, et à voir à travers les mensonges scandaleux de l’industrie de la viande. Maintenant, il faut également discréditer le caractère fallacieux des brevets de produits animaux « heureux » appuyés et promus avec enthousiasme, et même dans certains cas développés par un nombre d’organisations qui sont essentiellement le visage public du plaidoyer animal.

Si l’abolition de l’exploitation est notre but ultime, comme on le déclare souvent, et si le véganisme est l’expression personnelle la plus puissante de l’opposition à l’exploitation animale, pourquoi diable est-ce qu’une quelconque organisation animale aiderait à rendre le travail des activistes et éducateurs vegan tellement plus difficiles ?

Déjà maintenant, les bénévoles dans les sanctuaires, les éducateurs et les activistes vegan en première ligne font état de membres du public, qui confrontés à la réalité de l’exploitation animale, indiquent de plus en plus qu’ils exprimeront leur préoccupation pour les animaux de ferme, non pas en boycottant ou en réduisant leur consommation de produits animaux, mais bien en achetant des produits animaux étiquetés « humains ». Whole Foods, sans surprise, est d’ailleurs souvent mentionné.

Les produits animaux « humains » semblent être l’antidote quasi parfait au conflit intérieur provoqué par la sensibilisation de sa propre complicité dans l’exploitation des animaux. Mais malheureusement, en échangeant une vérité sacrée pour un mensonge astucieux, les étiquettes « humain » tournent en dérision un authentique moment de conscience.

Si nous sortons de la mentalité du complexe du bien-être animal industriel, et choisissons à la place de cela de modéliser notre approche sur les mouvements de justice sociale fructueux du passé, il devient évident que notre travail est d’investiguer et d’exposer sans relâche l’exploitation de l’industrie ; de sauver des animaux et leur offrir un refuge ; d’éduquer le public sur qui sont les animaux et pourquoi il est immoral de les utiliser et de les tuer ; et de créer et promouvoir des idées, produits, valeurs sociales, pratiques commerciales, traditions, œuvres, langages, philosophie, et lois qui sont entièrement non-violents, qui ne participent ou ne renforcent en rien la légitimité de l’exploitation de n’importe quel être.

Un tel moyen, ayant fait ses preuves, de travailler à un changement paisible est aussi pratique que puissant, et convient bien à la dignité de la cause que nous servons. Elle parle à ce qu’il y a de mieux dans la nature humaine, et produit des vagues toujours plus grandes de changement. Chaque personne qui se joint signifie un sursis pour un grand nombre d’animaux, prend part à la réserve commune de créativité et de sagesse, et devient un autre gardien d’une vision non contaminée par le pessimisme ou l’intérêt personnel. Cela renforce naturellement notre mouvement sans diluer la force ou la clarté de notre message, et gagne le respect de ce grand nombre de personnes qui sont prêtes à écouter et à apprendre, mais ne sont pas vraiment prêtes à rejoindre notre cause. Pour elles – les personnes qui traversent l’incertitude ou la transition d’un mode de vie – nous offrons respectueusement des opportunités d’en apprendre plus tout en expérimentant la joie de notre culture non-violente, ainsi qu’un encouragement constant à réduire leur consommation de produits de souffrance. Avec le temps, en transformant de plus en plus de vies individuelles, nous pouvons, et pourrons, transformer une société entière.

En arpentant ce chemin, nous pouvons être confiants que chaque pas en avant, petit ou grand, est un pas dans la bonne direction, un pas vers la libération d’un nombre incalculable d’êtres d’une vie d’exploitation et de souffrance. Et rassurez-vous, sous la pression croissance de l’indignation du public vis-à-vis de la cruauté et des injustices que notre travail expose sans relâche, l’industrie de la viande n’aura d’autre choix que de répondre en « améliorant » leurs pratiques. Si l’histoire nous apprend quelque chose, dans de nombreux cas ses déclarations d’avoir améliorer les choses pour les animaux ne seront rien de plus que des inventions égocentriques. Mais parfois, les changements qu’elle fera réduiront bel et bien la souffrance que les animaux endurent avant l’abattage, et bien entendu, nous sommes tous d’accord que c’est une bonne chose.
Mais nous n’avons pas à prendre part aux illusions des nouveaux systèmes améliorés d’exploitation de l’industrie, et nous n’avons certainement pas à mettre nos noms et à la crédibilité de notre mouvement sur les produits douteux qui en résultent. Laissons l’industrie payer des personnes qui se décrivent comme des défenseurs des animaux en étant des concepteurs d’abattoir telles que Temple Grandin faire cela. Et laissons ce genre d’apologistes professionnels « s’attribuer le mérite » de créer des méthodes plus efficaces et plus rentables pour « tuer avec compassion ».

N’oublions pas, il y a une raison pour laquelle les organisations des droits de l’homme ne développent pas ou n’appuient pas des méthodes « humaines » de torture et d’exécution de prisonniers politiques, et pour laquelle les défenseurs des droits de l’enfant ne collaborent pas avec l’industrie internationale de la pornographie pour développer des normes et des étiquettes spéciales pour des films qui font un usage « compatissant » d’adolescents fugueurs. Faire ce genre de chose revient à introduire une ambiguïté morale dans des situations où les frontières entre ce qui est moral et immoral ne doivent jamais être floues. Être l’agent d’un tel flou revient à devenir soi-même complice de la violence et de l’abus.

Soyons clair. Lorsque nous soutenons la consommation de n’importe quel produit animal, nous n’encourageons pas seulement un acte que nous savons immoral – ne floutons pas seulement la limite entre ce qui est moral et immoral – nous ignorons également en toute connaissance de cause la contribution massive de l’agriculture animale au réchauffement climatique, à la fin dans le monde, aux maladies chroniques, à l’abus des travailleurs, à la désertification et à la pauvreté dans le tiers-monde. Ne soyons pas trop prompts à assumer que les autres ne sont pas prêts à absorber la force des vérités qui vont de soi pour nous-mêmes. Le monde a vu assez de cynisme à ce jour, et est prêt pour quelque chose de nouveau. Partageons librement aux autres la meilleure vérité que nous possédons, et faisons-le avec le courage, l’altruisme et l’intégrité des idéalistes impénitents qui ont pavé le chemin avant nous – ceux dont les mots et actions historiques ont redéfini les limites du potentiel humain.

Un principe est un principe, et en aucun cas il ne peut être dilué par notre incapacité à le vivre en pratique. Nous devons nous efforcer d’y parvenir, et l’effort devrait être conscient, délibéré et difficile. -- Gandhi

James LaVeck est le cofondateur de l’organisation artistique et éducative sans but lucratif Tribe of Heart et producteur de film primé dont les documentaires sont The Witness et Peaceable Kingdom: The Journey Home.